Réédition 1976/2018: 福居良トリオ (Fukui Ryo Trio) – ジーナリィ (Scenery)

La coqueluche jazz modal-bop YouTube sur une nouvelle étiquette vinyle!

Album : Scenery ジーナリィ
Artiste : Fukui Ryo Trio 福居良トリオ

V.O. : 1976; vinyle; Japon; Trio Records; PA-7148

En Test : 2018; vinyle 180g

Étiquette : We Release Jazz; WRJ001LTD

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La musique d’inspiration internationale est un cas spécial au Japon. Depuis la fin du 19e siècle est arrivée l’influence du reste de la planète côté arts. On peut le voir en musique avec l’arrivée progressive du classique, de l’écriture musicale occidentale, et plus tard du jazz dans les années 1930. Avec la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de ces influences de l’Ouest sont devenues illégales, étant la musique de l’Ennemi. Après la guerre, le Japon conserva un certain protectionnisme sain, mais continua de s’ouvrir sur le monde. Beaucoup des pièces musicales dans des styles plus occidentaux se doivent de conserver un certain style japonais. Par exemple, le grand Takeshi « Terry » Terauchi, un des meilleurs guitaristes de style rockabilly surf, emprunte un style de jeu au Koto et lorsque ses chansons, jugées trop occidentales, ne pouvaient plus être enseignées à l’école, il reprit dans son style rock des grandes chansons classiques japonaises.

Il y a eu donc un très grand engouement pour la musique jazz, mais cette dernière n’a jamais été mise à l’avant. Arriva Ryo Fukui (1948-2016) qui aimait ce genre de musique, mais n’avait rien d’un musicien. Autodidacte, il décida d’apprendre à jouer le piano par lui-même, et avec sa passion, devint un des meilleurs pianistes jazz d’improvisation en direct. Ses quelques albums en disent bien peu sur son illustre carrière, assez grande pour qu’il puisse s’ouvrir son propre club jazz, le Slowboat dans sa ville de Sapporo natale. Sa qualité de musicien est telle, tout en restant totalement cachée à la face du monde, qu’un simple vidéo de son premier album apparut sur YouTube en 2015, et depuis, cette copie numérique est rendue à plus de 6 millions d’écoutes au moment de la publication de ce billet.

Avec une telle folie, l’étiquette suisse WRWTFWW (We Release Whatever The Fuck We Want – le meilleur nom d’étiquette!) se dit qu’il était temps de diversifier ses activités et démarra une branche, WRJ (We Release Jazz), dont les deux premières offrandes sont les deux premiers disques de Fukui Ryo. Et quelle version! Autant je vous avais précédemment parlé de rock japonais qui n’avait pas une qualité exemplaire de bande maîtresse, autant celle-ci est tout simplement exceptionnelle! Récupérée des bandes à demi-vitesse, WRJ a mis tous les efforts nécessaires afin d’obtenir la version ultime de ses albums. Le disque pour Scenery est tout simplement parfait! Une superbe qualité sonore, un parfait écrin qui sied un tel bijou de disque.

Si vous aimez le jazz cool, modal et bop, sautez sur les quelques copies restantes de ce disque, vous n’allez pas le regretter!

Réédition 1970/2017: 吐痙唾舐汰伽藍沙箱 – 溶け出したガラス箱

Melting Glass Box est réédité!

Album : 溶け出したガラス箱 Melting Glass Box
Artiste : 吐痙唾舐汰伽藍沙箱 Tokedashita Garasubako
Membres du groupe : 西岡たかし Nishioka Takashi, 木田高介 Kida Takasuke, 斉藤哲夫 Saito Tetsuo

V.O. : 1970; vinyle; URC Records; URG-4003

En Test : 2017; vinyle en encart

Étiquette : Pony Canyon; URC Records; PCJA-00070

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Le rock psychédélique et l’expérimentation musicale n’existent pas qu’en Europe et en Amérique. Au contraire, des très grands rockeurs ont fait dans l’expérimental au Japon. Hélas peu connus ici, ces grands de la musique suivent tout le mouvement expérimental de rubans et de rock mondial, leur ajoutant une touche japonaise très prisée. Le groupe est d’ailleurs décrit par l’étiquette Light In The Attic comme étant du rock acide folklorique japonais avec des guitares électriques folles et plein d’effets psychédéliques ajoutés pour la forme. Le groupe Tokedashita Garasubako, comprenant des musiciens de studio qui se rencontrèrent le temps de cet album, est un bel exemple de folie parfaitement adaptée au début des années 70. Après le psychédélisme « peace and love » des années 60, c’est le tour aux guitares électriques d’être à l’avant-plan.

Pour la qualité de l’album, le disque est rempli d’effets de rubans, ce qui a réduit considérablement la qualité de la source. On peut aussi penser aux années que la source a passé sur les tablettes, ce qui n’a pas amélioré son sort. De plus, leur but n’a jamais particulièrement été de faire de la très grande qualité de source, malgré qu’ils soient tout de même restés loin de la limite du « lo-fi ». La sonorité est donc grinçante, les aigus crispent légèrement l’oreille de temps à autre. Pour le reste, c’est un superbe travail d’archivage, surtout que le disque est un chef-d’œuvre du genre.

On achète tous les autres disques des rééditions de Pony Canyon si on aime le genre. Dépaysement et découvertes garantis!

Réédition 1996/RSD2018: Swans – Die Tür ist zu

Zénith ou nadir du groupe noise Swans!

Album: Die Tür ist zu
Artiste: Swans

V.O.: 1996; CD; Allemagne seul.; Rough Trade; RTD 157.3140.2

En Test: 2018; Vinyle double (3 faces); RSD (2500 copies initiales)

Étiquette: Young God Records; YG62

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Swans est un groupe de noise Américain, d’abord connu pour son côté avant-gardiste et rock industriel assumé, avant de se convertir tranquillement au post-rock. Comme tous les disques convertissant son style musical, on va avoir des gens qui aiment, d’autres qui haïssent. Mais on ne laisse pas indifférent. En tant que tel, les admirateurs du pur industriel n’aiment pas du tout cet album, qui a d’ailleurs été produit pour le marché Allemand. Mais les fous du post-rock, eux, y voient le sommet de leur carrière. On retrouve donc dans ce disque un côté faisant penser un peu à du Suuns, un autre faisant penser à du Sunn O))). Il y a un peu de noise, un peu de shoegaze, un peu de tout.

Et cette version vinyle a été réalisée avec toute la déférence nécessaire pour un tel album. La sonorité est forte, lourde, l’environnement est pesant, les sonorités sont pures, on se sent presque libéré et joyeux malgré l’intensité. C’est bien évidemment très compressé, mais c’est plus les chansons qui le nécessitent, c’est un choix artistique. On le remarque bien avec certains très forts coups de cymbales, des mouvements qui augmentent et réduisent. Le disque n’est pas du tout plat, et on se fait surprendre par le disque. Très belle conversion en vinyle de la part de Young God.

 

Réédition 1991/RSD2018: Florian Fricke – …spielt Mozart

Tout ne peut pas être krautrock!

Album : Florian Fricke spielt Mozart
Artiste : Florian Fricke

V.O. : 1991; CD (Allemagne seulement); Bell Records; BLR 84 901

En Test : 2018 RSD; Vinyle double 45RPM (1000 copies)

Étiquette : One Way Static (distr. Light In The Attic); OWS28

Ce disque n’est hélas plus disponible chez Fréquences

Ce n’est pas rare que des musiciens s’intéressent à tous genres de musique. On peut le voir avec Justin Timberlake et sa passion pour la musique rap, partagée avec joie avec Jimmy Fallon. On peut aussi discerner la joie presque enfantine apparaître aux visages des grands de la pop lorsqu’ils découvrent ou font découvrir des artistes totalement hors champ. On se rappellera aussi la joie d’entendre Marc Hervieux chanter des pièces populaires au karaoké, ou les albums disco d’André Gagnon et les albums de réinterprétations de succès populaires d’Angèle Dubeau. J’aime beaucoup rappeler aux gens que lorsqu’on aime la musique, on aime la musique! Pas seulement un genre! On peut trouver un côté esthète absolument sublime à l’introduction de I’m Like A Bird de Nelly Furtado, voir le côté totalement classique de la guitare de Nothing Else Matters de Metallica. Un musicien est d’abord un amateur de musique. Florian Fricke n’est pas du tout une exception.

Le groupe de musique krautrock Popol Vuh est reconnu à travers le monde pour son apport à la musique dès la fin des années 60 jusqu’à la mort de son créateur, Florian Fricke (1944-2001). On se rappellera entre autres la filmographie de Werner Herzog, qui possède plus d’une trame sonore de ce grand groupe musical. Le groupe a démarré sa vie avec Fricke d’abord aux synthétiseurs Moog, ensuite au piano. Il a d’ailleurs étudié le piano aux conservatoires de Munich et de Freiburg. Ce n’est donc pas inusité d’avoir un disque de musique purement classique avec Fricke au piano. Je me limite beaucoup à son propos, mais je vous invite à explorer son extraordinaire univers musical, parfois liturgique, parfois païen, parfois collaboratif (Amon Düül, Tangerine Dream), parfois carrément disjoncté avec des explorations dans le monde du jazz libre.

Dans cet album, on retrouve deux sonates, un rondo et un adagio de Mozart. Pièces relativement connues du répertoire mozartien, elles sont parfaitement interprétées, peut-être d’une façon un peu monocorde, mais avec la fougue d’un passionné qui peut enfin se permettre de jouer les pièces du monde lyrique préromantique de Mozart qu’il apprécie particulièrement. En fait, avec toute la qualité du monde, sur un disque double à 45 tours, avec un prix dérisoire pour un tel album, c’est un peu le problème lié à l’album : il est monocorde! Beaucoup de la complexité d’amplitude est reléguée aux oubliettes, aux dépens d’un volume un peu trop normalisé pour moi. Ça et quelques débris bien collés sur le disque (tout le monde, à vos appareils à nettoyage) font que ce n’est pas un grand disque. Ça va tout de même rester un très grand disque historiquement parlant, mais j’ai un doute que la source du disque n’a pas permis de rendre justice à la qualité de la musique. Sinon c’est un très beau disque à écouter et à chérir dans sa collection!

Réédition 2005/2014: The Prodigy – Their Law: The Singles 1990-2005

Les originaux du Big Beat Hardcore, sur vinyle!

Artiste: The Prodigy
Album: Their Law: The Singles 1990-2005

V.O.: 2005 CD double, XL Recordings XLCD 190

En Test: 2014 Vinyle double en encart

Étiquette: XL Recordings
XLLP190

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De dire que The Prodigy a été une influence est un euphémisme. Cette sonorité incroyable provenant de Grande-Bretagne a dépoussiéré une génération entière. Le côté plus crasse de The Prodigy faisant contrepartie au côté plus propre de The Chemical Brothers, plus artistique-expérimental de Future Sounds Of London. Auparavant, dans les années 80, la sonorité européenne était plutôt reconnue comme ayant peu de basses, dont ces dernières étaient représentées par des clics dans les aigus (pour reprendre la phrase de Moroder «but I knew I needed a click, so we put the click»). Non contents de cet état de fait, les groupes de Breakbeat y mettent toute la gomme dès 1989 et créent le Big Beat. De la basse, vous en voulez? The Prodigy en ajoute une couche avec ses paroles violentes, des vidéoclips décoiffant et faisant polémique, un style carrément sale.

Ici, à part pour les fanatiques du style, on a surtout connu ces groupes à travers le jeu wipEout XL, version Nord-Américaine de wipEout 2097, nous faisant découvrir des premières pistes de Future Sound of London, Fluke, The Chemical Brothers, Underworld, Daft Punk, Orbital, Leftfield et bien entendu The Prodigy, le tout en version instrumentale. La trame sonore est encore une référence en la matière aujourd’hui. Le disque de compilation Their Law, sortie en 2005, est sorti lors du creux où peu de disques vinyle se faisaient produire. C’est un peu normal qu’on eût uniquement accès à une version CD, et il était temps que XL Recordings y remédie. On avait en effet droit à plusieurs des disques de The Prodigy en vinyle. Surtout que le style se prête parfaitement au vinyle!

D’ailleurs, pour la qualité, si je compare avec The Fat Of The Land, on a des versions des chansons légèrement plus compressées et respirant moins. Il faut dire que, compilation oblige, ils ont mis environ 20 minutes de musique par face, ce qui est énorme pour ce style musical. Le disque, superbe d’ailleurs, a un peu trop de bruit de fond, mais ce n’est pas trop problématique, on l’oublie bien vite quand la musique démarre, à tue-tête, avec tout ce qu’on s’attendrait d’avoir comme basse tonitruante et déchaussante son caisson d’extrêmes-graves, au grand malheur de ses voisins, qui peuvent bien sonner ou frapper du balai, on ne les entendra juste pas, ni les policiers qui vont passer pour demander de baisser le volume. Comme je disais, il y a de la compression, mais elle n’est pas du tout déplacée, les moments doux sont contrebalancés par l’extrême pression de la défonce qui les suit. Les boums de basse ne modifiant pas le niveau des aigus. Si on compare la version vinyle et la version numérique, on ne revient plus au numérique tellement cette dernière est compressée en comparaison!

Sur ce, je dois aller mettre de la glace sur mes oreilles! Et XL, la prochaine fois, faites une compilation en quatre disques et mettez-y tous les succès du CD double, pas uniquement le premier disque!

Réédition 1994/2018: Soul Jazz Records Brasil

Une des premières compilations de Soul Jazz Records, rééditée juste pour nos oreilles!

Album: Brasil

V.O.: 1994 CD
Soul Jazz Records SJR CD22

1998 Vinyle
Soul Jazz Records SJR LP 022

En Test: 2018 Vinyle en encart; Rematricé

Étiquette: Soul Jazz Records
SJR LP405

Soul Jazz Records possède une réputation de qualité incroyable. L’étiquette de Grande-Bretagne, encore une autre spécialisée dans la réédition de succès, prennent le temps de faire une recherche exemplaire et de pousser vers le maximum de qualité. Rares sont leurs erreurs lors de la production de leurs disques. On peut penser à leurs séries Disco et Punk 45, avec grands livres en prime. Mais Soul Jazz Records, au début, faisait aussi parfois ses enregistrements.

Brasil est un de ces albums où ils ont réalisé l’enregistrement, non content d’avoir des artistes locaux à réimprimer dans une compilation. Il s’agit d’un de leurs premiers disques de compilation d’ailleurs, leurs disques précédents étant composés principalement de simples. On a droit sur ce disque à un éventail de styles musicaux courant à Rio de Janeiro, styles passant de la bossanova à la MPB (Musique Populaire du Brésil). Ce disque est un des précurseurs de la vague de découverte de musique brésilienne dans les pays européens. On comptera entre autres dans les grands disques subséquents poussant vers un style similaire l’excellente compilation Bossa Très… Jazz de l’étiquette Yellow Productions avec de la musique électro, brésilienne et japonaise. N’empêche que Brasil est tout un numéro. Peut-être ont-ils forcé un peu la note sur la pseudo-authenticité avec instruments de percussions locales, mais on leur pardonnera.

Et pour l’enregistrement, on a tout un enregistrement! Le matriçage du disque de 2018 n’a rien à envier de personne, la qualité est simplement impressionnante, les basses sont présentes sans trop, les instruments sont francs et naturels, le dynamisme est parfait. Si tous les disques étaient comme ça, je n’aurais aucun travail à faire! Un peu de numérique dans la sonorité, mais c’est si peu qu’il faut vraiment chercher les problèmes pour le remarquer.

Réédition RSD 1969/2017: Shocking Blue – At Home

She’s Got It, yeah baby en vinyle bleu!

Album: At Home
Artiste: Shocking Blue

V.O.: 1969 Vinyle en encart
Pink Elephant (Pays-Bas)
888.001

En Test: 2017 Vinyle bleu, étendu, en encart RSD
Reprise de la version 2010 vinyle 180g

Étiquette: Music On Vinyl, Red Bullet
MOVLP119, RB 33195

Shocking Blue est un groupe de La Haye qui a eu un certain succès avec la chanson Venus, reprise une quinzaine d’années plus tard par Bananarama. Dans les faits divers, la chanson Venus n’apparaît pas dans la version originale de l’album, mais bien dans les versions internationales de l’album. C’est d’ailleurs un méli-mélo de versions de cet album qui nous est présentée dans tous les pays, parfois avec, parfois sans Venus. Dans les autres chansons connues de cet album, on compte Long and Lonesome Road, reprise dans Je suis fatigué de Quest Pistols ainsi que des reprises de Nirvana et des échantillonnages par The Prodigy de Love Buzz. Bref : un groupe qui a composé des chansons qui ont fait le tour de la planète, mais un groupe musical qui n’a connu aucune notoriété réelle.

At Home est leur deuxième album, leur premier avec Mariska Veres au chant, celui qui a eu le plus de succès. Mais ça s’arrête un peu là pour le groupe. Et ce n’est pas par manque de qualité, les chansons proposées sont un rock psychédélique assumé, cernant parfaitement l’année du Flower Power, une excellente qualité d’interprétation. Même si on ne reconnaît réellement que Venus dans le lot, reste que le reste de l’album est très solide.

Et cette version… ultime? Il s’agit ici exactement de la même mouture que la version 2010, provenant de la numérisation des bandes maîtresses. On y retrouve les mêmes défauts numériques, y compris un saut numérique à la fin le la deuxième piste, des blancs numériques entre chaque piste. Et à vouloir ajouter du matériel, Music On Vinyl a mis aux alentours de 25 minutes de musique sur la première face, et une vingtaine sur la deuxième, le tout avec le volume maximisé, alors la première face est plus faible qualitativement parlant (et en volume) que la deuxième. La chanson Venus étant la chanson connue du lot, d’une autre session, elle eut droit à un traitement légèrement différent. Elle détonne donc un peu. Autant la qualité du produit est habituellement excellente, autant ça sonne faible, friable, criard, surtout la cithare, surtout dans The Butterfly And I. On n’a pas réellement d’âme sur la version, ce qui est dommage. Très dommage.

On achète si on aime Jefferson Airplane, The Animals, The Mamas And The Papas.

 

 

1990/2016, 2015: Jean Leloup – L’amour est sans pitié, À Paradis City

Petite rétrospective vinyle Jean Leloup.

Un de nos grands, passionné, nerd musical, capoté de composition, Jean Leloup nous a habitués à une qualité de produit. Fort de sa participation au Festival International de la Chanson de Granby et à Starmania, il signa avec Audiogram dès son premier album, qui est accessible en vinyle, mais qui est une « erreur de jeunesse ». Très rapidement, ses vraies couleurs apparaissent avec L’amour est sans pitié.

Album : L’amour est sans pitié
Artiste : Jean Leloup

V.O. : 1993 CD
Audiogram
ADCD 10036

En test : 2016 Vinyle RSD

Étiquette : Audiogram, Sony Music
AD 10036

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Il existe trois écoles de pensées : une qui considère que L’amour est sans pitié est son meilleur album, l’autre, Le Dôme et un dernier qui considère que Les Fourmis est le summum. Encore aujourd’hui, on connaît un bon tiers des chansons de L’amour par cœur, on reconnaît les chansons aux premières notes, il y a un côté sale affaire dans tous ces albums, aucun filtre, paroles limite subversives à haut débit, des compositions à couper à la machette rouillée, et à faire passer la douleur au vin rouge qui tache et aux dattes fraîches.

Et on est chanceux, fort de la sortie vinyle de À Paradis City par Dare To Care, Audiogram en association avec Sony Music sortent enfin L’amour est sans pitié ainsi que Le Dôme en vinyle, ce dernier vinyle double! Ne va rester que nos Fourmis nationales et on va être comblés!

Et ont-ils fait un bon travail ? Oui, c’est un album édition limitée 1000 exemplaires sortis pour le Record Store Day 2016, ils sont rendus très rares. C’est une version 180g, les matrices n’ont pas eu le temps de s’user sur le disque, il est impeccable côté qualité. Pour le contenu musical le disque est très beau, Audiogram a pris le temps de réaliser une belle version pour son 23e anniversaire, autant la guitare électrique est forte et grinçante, autant la guitare acoustique est naturelle et belle, le rythme est fort et bon, la voix en a vu d’autres comme il se doit avec The Wolf. Il y a un côté de ma personne qui aurait préféré un rematriçage avec un côté plus moderne à la compression, le disque étant très similaire au CD et son côté ’90s date légèrement. Mais en même temps, quelle belle écoute ! Si vous pouvez vous le procurer, c’est un univers différent que ce qu’on peut retrouver sur CD, et c’est définitivement une meilleure sonorité que la version en streaming.

Et pour Le Dôme ? Six longues années après l’énorme succès de L’amour, John The Wolf nous revient avec un autre énorme succès. Cet album tombe dans un entre-deux entre avoir vraiment peu de musique par face ou d’avoir une qualité réduite. Ils ont préféré conserver toute la qualité et nous obliger à avoir quatre faces. Je vote pour ça aussi! Après un très bon La Vallée des Réputations (pas encore disponible en vinyle), Jean Leloup quitte le milieu musical avec Exit, son « dernier spectacle », mais revient après deux petites années en tant que Jean Leclerc (son vrai nom de famille) avec Mexico, comme premier disque d’une nouvelle étiquette, La Grosse Boîte, gérée par Dare To Care records. À partir de ce moment, nous avons droit à tous les disques en vinyle! Son suivant, Mille Excuses Milady est aussi disponible en vinyle double… et après six longues années de hiatus pour la deuxième fois…

Album : À Paradis City
Artiste : Jean Leloup

En Test : 2015 Vinyle

Étiquette : La Grosse Boîte, Dare To Care Records
BOITE-45-LP, DTCLP-4445

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Ce disque a connu un succès retentissant, devenant à sa sortie le #1 des ventes au Canada! Le tout, malgré son style musical, plus posé et moins de party que les disques susmentionnés. C’est un disque avec une sonorité simili en direct, avec un style beaucoup plus sous-sol empoussiéré, bar louche. La musique suit les paroles, enfin! Et Dare To Care n’a pas fait dans la propreté côté sonorité non plus, c’est un peu l’équivalent de Blue And Lonesome des Rolling Stones, c’est crasseux jusqu’aux replis des cordes de guitare. C’est le disque à découvrir! À mon avis, on va se rappeler de ces derniers disques comme des grands vins, des disques à écouter en entier un peu comme ceux des Colocs, tandis qu’on va se rappeler des anciens disques comme des succès individuels.

C’est en faisant les comparatifs qu’on va voir le côté numérique et propre des premiers disques d’Audiogram, et de voir le naturel violent et crasse de Jean Leloup ressortir sur les disques de La Grosse Boîte. Je ne peux officiellement dire que c’est mieux, Audiogram, c’est tous les succès, toutes les chansons qu’on connaît par cœur, et le sacrilège d’y toucher. Tandis que ceux de La Grosse Boîte sont des disques à écouter du début à la fin. Et ce dernier disque est d’une sonorité à couper le souffle, ne vous méprenez pas, j’ai pesé mes mots avant de sortir les Stones en analogie. Prenez quelques maigres dollars de plus et achetez la version vinyle, vous ne le regretterez pas!

Réédition 1993/2015: Orbital – Orbital 2

Mortal Kombat!

Album: Orbital (2e album du nom)
Artiste: Orbital

V.O.: 1993 Vinyle double DMM
Internal / FFRR
TRULP2

En test: 2015 Vinyle double 180g

Étiquette: Warner Music Group
TRULP 2

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Dans la lignée des groupes aux noms similaires, il faut mentionner Orbital, The Orb et William Orbit, tous en musique électronique, tous actifs dans les mêmes années, britanniques. Cet album est de Orbital, qui connut un succès retentissant grâce à sa pièce musicale Halcyon+On+On notamment utilisée lors dans la finale du film Mortal Kombat, mais aussi dans bien d’autres films du moment.

C’est bien peu dire de ce duo d’Acid House, dont le succès a été obtenu avant leur premier album dans la scène Rave britannique. Succès assez retentissant pour être passés à Top Of The Pops en promo de l’album Orbital. Deux années plus tard, ils sortirent ce deuxième album, leur meilleur, et une parfaite représentation de musique de danse de ces années. Sonorité vieillie, bien entendu, synthétiseurs du moment, style du moment, mais une sonorité à faire écrouler les murs, à écouter au maximum de son amplificateur avec le caisson graves dans le tapis. Quel album incroyable, et pas seulement pour leur plus grand succès !

Côté sonorité, c’est un album avec une trop grande quantité de musique par face pour être considéré un album pour DJ, il faut se rabattre sur les simples afin d’avoir le maximum. Mais c’est aussi un album avec une sonorité exemplaire, très peu de bruit de fond, une belle qualité sur chacune des chansons. Une première face à onze minutes de musique et une simplicité de produit qui aurait pu en entrer encore plus, une deuxième face avec plus de 20 minutes de musique mixée, c’est un peu un mélange de tout et de rien, mais ça suit la progression de la version originale de 1993 et ça s’écoute superbement. Très belle réimpression de la part de Warner.

Rééditions 1974, 1982/2009, 2017: Roxy Music – Country Life & Avalon

Les pionniers rock, punk, pop, synth, mouture 2009 et 2017

Roxy Music est un groupe de musique archiméconnu, en fait, on reconnaît plus la pochette de Country Life, honnie des censeurs, que le groupe de musique. Et le style qu’ils présentent avec cette pochette ne représente pas du tout le niveau de sophistication de leur musique. Le groupe britannique, démarré en 1970 par Bryan Ferry avec entre autres Brian Eno pour les premières années est une avant-garde du mouvement punk, malgré que leurs chansons soient plutôt bon enfant et sympathiques. Eno quitta rapidement et il y eut quelques changements de cap à travers leur histoire, mais le groupe resta relativement stable avec Bryan Ferry à la voix et clavier, Phil Manzanera à la guitare, Paul Thompson à la batterie et Andy Mackay aux saxophone et hautbois.

Une des caractéristiques de Roxy Music est la qualité relativement constante de leurs offrandes. Les critiques peuvent ne pas aimer ou adorer un disque, les admirateurs vont aimer à peu près tous les disques. Même Flesh+Blood (1980) est aimé et possède son lot de bonnes chansons. N’empêche, je vais me concentrer sur deux de leurs meilleurs albums : Country Life (1974) et Avalon (1982).

Album : Country Life
Artiste : Roxy Music

V.O. : 1974 Vinyle (R.-U.)
Island Records
ILPS 9303

En Test : 2009 Vinyle 180g

Étiquette : Virgin Records
509992 43649 11

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Probablement leur disque le plus connu, c’est un disque étrange alliant le glam rock, le protopunk, la pop, le oldies (pour le temps), les synthétiseurs sur des chansons presque bonbon et une voix glam donnant une impression de Ziggy Stardust avant son temps. L’album s’écoute autant avec un verre de whisky, de bourbon, un cocktail sophistiqué ou une ligne de cocaïne. Les chansons se suivent et ne se ressemblent pas, les styles semblent sortis d’un endroit louche et on comprend mieux l’obsession sur les stylistiques pin-up de leurs premiers albums, jusqu’au style Page 3 du Sun de Stranded (leur 3e album) et de Country Life.

Et la version 2009? Virgin ressortit une version rematricée en 180 g, plus de 10 ans après leur copie CD. Aucune raison apparente, bulle au cerveau de la part de Virgin probablement. Ce que je sais, c’est que l’album sonne friable et la gravure manque de finesse et de souplesse. Bruit de fond, décentrage à la face B, vagues de bruit de fond à la fin de la face A, popcorn. C’est un peu la totale. Quand je dis que je n’aime pas nécessairement les 180 g, c’est pour toutes ces raisons : un disque à grand déploiement sur 180 g va user prématurément les matrices de gravure et si la compagnie pressant le disque ne prend pas un soin exceptionnel afin de remplacer les moules régulièrement et de s’assurer qu’ils ne se sont pas détériorés dans le processus, on va se retrouver avec tous ces problèmes au fur et à mesure des gravures. Bref : je ne suis pas chanceux et hélas la qualité s’en ressent un peu. Votre copie sera probablement meilleure que la mienne. Mais il existe dorénavant la version 2017! Voyons ça avec leur offrande de 1982.

Album : Avalon
Artiste : Roxy Music

V.O. : 1982 Vinyle (R.-U.)
E.G. Records
EGHP 50

En Test : 2017 Vinyle
Universal Music Catalogue
0602537848812

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Leur deuxième disque le plus connu, si vous vous attendiez à la même chose, vous allez être définitivement déçu : exit le début du punk rock, presque exit le rock en fait, ce disque serait un parfait album de Tears for Fears ou de Thompson Twins ou même du Sade. Ils ont décidé que les années 80, c’était pour eux. Adieu aussi le côté rebelle des modèles dénudées. C’est une toute autre bête qui nous est présentée ici, c’est de la pure et dure synth pop, du smooth jazz, limite New Wave avec le petit côté rebelle du groupe punk repenti, sans trop. Regardez la pochette du disque, c’est exactement ça : c’est riche, beau, sympathique. C’est Brian Wilson avec She & Him sur In the Island versus les chansons d’origine des Beach Boys.

Et cette fois-ci, 2017 est-elle une belle année ? Le matriçage d’origine de 1982 a été produit par Bob Ludwig et c’était dans ses excellentes réalisations, c’est assez difficile de faire mieux. La tâche a été laissée à Miles Showell pour faire les versions du coffret 2017, de façon notoire, il a repris les versions numériquement et les a retravaillés en 96/24. À écouter la version d’Avalon, je crois, et quelques manquements analogiques ça et là (dont la dernière minute de While My Heart Is Still Beating) me font penser que la détérioration de beaucoup de bandes commençait à se faire sentir, d’ailleurs, selon ce que j’ai lu, la version numérique daterait carrément de dix années après que la bande maîtresse ait été créée, après, le ruban aurait été irrémédiablement dégradé! Et comme les bons pressings de Roxy Music commencent à valoir leur pesant d’or, je dirais que c’est de bonne guerre que de travailler en numérique. Côté pressing, c’est beaucoup, mais beaucoup mieux que la version 2009. Si vous pouvez, prenez les versions d’origine. Sinon, les versions 2017 sont fort honnêtes même si elles ne sont pas parfaites. Ma recommandation pour les 2017 : Stranded, Country Life, Siren, Avalon. Le reste ne vaut pas réellement la peine.