Le monde underground: vinyles pour DJ

Nul n’est prophète en son pays ! Troisième article de la section les souris dansent, cette fois-ci un style musical qui ne se retrouvera certainement jamais chez Fréquences ou dans peu ou prou de disquaires, à part les spécialisés.

 

There’s a big dark town
It’s a place I’ve found
There’s a world going on
Underground

Tom Waits, Underground

Parfois, des artistes font danser des milliers de personnes à travers des dizaines de villes, composent de nouvelles chansons chaque jour, envoient des nouvelles bombes à leurs admirateurs régulièrement, ont des dizaines de milliers de personnes qui suivent leurs nouvelles offrandes. Habituellement, ces personnes sont méconnues à part par les fous de cette scène en particulier.

Album : Iznogoud 06 (Tzigan Power et La Foule RMX)
Artiste : Zone-33 (Ataka et Zim)

Format : Disque vinyle 12″ simple 45 tours

Bienvenue dans le monde du hardtek, tribe, electrocore et autre musique de danse sur les stéroïdes ! Il y a 30 ans, il y avait la scène rave qui faisait dans ce qu’on a surnommé la techno, avec pour les plus gros spectacles une ou deux grosses scènes de musique plus commerciale, une scène de musique happy hardcore pour ceux qui aimaient quand ça déménage et une scène de musique ambiante pour se donner des massages. Ces nuits existent toujours, dorénavant séparées en microscènes avec des styles différents. Les plus extrêmes de ces scènes roulent sur ce qui est surnommé du 180 bpm, soit des chansons roulant à 180 pulsations par seconde de rythme. Par comparaison, les plus rapides des chansons des clubs en règle générale sont 130 bpm, ce qui est un bon tiers plus lent.

Une des dichotomies incroyables de ce monde est qu’ils n’ont jamais laissé tomber la scène des vinyles! Depuis le début de la scène rave dans les années 80, les DJ ont fait leur programmation musicale à travers des vinyles. Aujourd’hui, malgré la prolifération des appareils et consoles pour DJ, c’est encore en vinyle que ça se passe pour une bonne partie des DJ de profession. C’est d’autant plus fou que bien entendu, il n’y a rien d’analogique dans ces compositions, tout est fait numériquement avec des logiciels de production musicale, parfois même des trackers, système archaïque des années 80 ayant eu ses heures de gloire avec les premiers ordinateurs de type Amiga. Et malgré tous ces moyens numériques permettant de réaliser des mix parfaits avec des sources parfaites, il n’y a eu aucune année de répit pour la gravure des disques vinyle, même dans les années 90, 00 et 10. Malgré le fait qu’il y a des systèmes de son où la basse compte pour plusieurs milliers de watts, où les tables tournantes sont dans un milieu où tout le monde saute, danse, crie, a des effets Larsen de retour de son vers l’aiguille, avec du poids de plusieurs dizaines de kilos à trimballer par le DJ chaque soir, sur des aiguilles qu’il faut changer aux quelques semaines, beaucoup de DJ prennent malgré tout la peine de travailler en totalité ou en partie avec des vinyles. C’est le pire environnement pour jouer un vinyle, mais ce dernier règne en maître, le temps d’une nuit! Et ce n’est bien entendu pas tous les styles musicaux dont l’engouement vinyle a été préservé. Certains styles, comme le Goa, n’ont plus beaucoup d’adeptes analogiques. Un des plus cocasses est le mouvement scratch, dont le but est de faire des nouvelles sonorités avec les disques vinyle, n’utilise dorénavant habituellement les tables que comme instrument de musique, avec un disque de contrôle sur la platine qui est lue et reconnue par le logiciel, qui fait numériquement jouer la musique de façon synchronisée avec le « jeu » du joueur de table tournante (turntablist). C’est le monde à l’envers! Les maîtres du scratch sont rendus numériques tandis que les DJ de vitesses extrêmes sont restés analogiques!

Album : Voodoo Box 06 (Very Bad Things et Rock The House)
Artiste : Zone-33 (Ataka et Zim)

Format : Disque vinyle 12″ simple 45 tours

Revenons à la scène d’irréductibles vinyleux. Pourquoi ? Ces disques n’ont qu’un seul but : faire danser. Et ce monde musical souterrain a compris qu’il est préférable réaliser des disques avec une parfaite qualité, habituellement en 45 tours et à fort volume, avec une gravure aux sonorités maximale, que d’avoir des versions louches provenant de MP3 ou d’autre provenance inacceptable pour faire jouer dans une salle de 10 000 personnes. Ça tombe bien, les disques vinyle sont particulièrement adaptés pour faire jouer des basses hyper présentes, des aigus ponctuels, des fréquences fortes sans compression, un disque vinyle, c’est fait pour faire danser, ces styles musicaux capitalisent particulièrement sur les forces des disques. Les DJ ne désirent pas que les niveaux des différentes fréquences changent pendant leur mix, ils désirent que le disque reste le plus stable possible, ce qui est impossible avec les niveaux maximisés qu’on retrouve avec les versions numériques. C’est pour ça que les DJ ne vont habituellement accepter que des disques avec cinq à dix minutes de musique par face, avec un volume maximisé au point où les aiguilles de gravure des maisons de production ont une durée de vie tronquée de moitié lorsqu’elles sont utilisées pour graver des disques pour ces spectacles. C’est à ce point violent. Les sillons sont profonds pour ne pas que le disque saute, le volume maximal est dans le tapis, c’est là, c’est présent.

Et en même temps, les disques ayant une production limitée, on a toujours une très haute qualité. Parfois, on ne peut avoir qu’une vingtaine de copies d’un disque sur la planète et ce ne sont que des disques épreuves (test press); d’autres fois, pour des disques avec plus de portée, on va avoir une centaine de copies. Plus que ça et ça devient commercial tel que pour les grandes vedettes… mais pour mon article, on est loin du commerce, ces disques ne sont habituellement pas distribués, ou sont distribués à travers des sites spécialisés pour DJ de ce type de musique précisément. Personne n’obtient réellement beaucoup d’argent à faire des chansons, c’est surtout une passion. Ce sont des disques souterrains pour une scène souterraine, faisant plaisir à une centaine de passionnés à travers la planète, qui eux font danser des dizaines de milliers de personnes.

 

 

Album : Tekiteazy 05
Artistes : Zone-33 (Alchymist);
– Format C : \ (Recl4im Your Br4in);
– Melly (Invaderz (Proto 37), Vulcan Death Grip)

Format : Disque vinyle de compilation 33 tours

Trois disques des artistes montréalais Ataka et Zim, deux albums pour DJ et un album-compilation de Melly avec deux artistes invités. Trois disques qui n’ont pas joué beaucoup à Montréal parce que ce n’est qu’en Europe que ce genre de musique fonctionne réellement sur les pistes de danse marginales. Et trois disques bien différents. Si vous portez attention, vous remarquerez que je n’ai pas mis ma table tournante à 45 tours pour Voodoo Box 06, simplement parce que je trouve que la chanson Very Bad Things est meilleure à 33 tours qu’à 45 tours!

Oubliez aussi de les acheter à Montréal. Vous pouvez peut-être avoir quelques copies de leurs dernières offrandes lorsqu’ils sont à Montréal, mais ils n’en ont pas beaucoup, c’est vraiment pour les quelques DJ qui vont en acheter. Sinon, ça se trouve parfois sur Internet lorsque ce n’est pas épuisé. Le mieux est d’écouter les Soundcloud des artistes ou d’acheter les chansons sur des services de musique en continu. Et le summum, c’est d’aller se défoncer les tympans dans des soirées où ils jouent du hardfloor ou d’autres styles musicaux faits pour danser.

Et la qualité est exceptionnelle ! Numérique à outrance. Subtilité approximative. Mais oubliez le bruit de fond, oubliez le popcorn, oubliez les défauts de gravure, oubliez les mauvais disques à cause que le moule est émoussé, quand il y en a un, il n’a pas le temps de se dégrader par les multiples copies qu’il grave. Oubliez aussi les jargonneries de vente, le moins dispendieux la copie peut être, le mieux c’est! Exactement comme ça devrait l’être pour des disques vinyles. Lorsque j’entends des disques commerciaux à 60$ qui ne sont pas foutus de jouer adéquatement, je pense à ces disques et me dis qu’il y en a qui se remplissent les poches!

Rétrospective Pierre Henry

Le chemin de croix d’un grand homme : Pierre Henry.

Album : Les Jerks électroniques de la Messe pour le temps présent et Musiques Concrètes pour Maurice Béjart
Artistes : Pierre Henry, Michel Colombier

En Test : 1968 Vinyle (Canada)

Étiquette : Philips
836.893

1968. On aperçoit la face cachée de la lune. L’année d’après, des humains iront sur la lune. Le peace and love vogue de bon train. Les Beatles sortent leur album blanc avec leur infâme Revolution 9. Cette même année, Michel Colombier et Pierre Henry forment un duo improbable afin de sortir une pièce musicale liant le côté psyché rock cinématographique de Colombier et le côté concret électroacoustique de Henry. Succès mondial aussi improbable qu’incroyable! Aujourd’hui, ce genre de pièce serait plus considérée comme une œuvre naïve liant du yé-yé à du glitch… mais il faut se rapporter à ce moment où la musique classique fait place à la musique contemporaine, actuelle, concrète, électronique, dodécaphoniste, où par expérimentation, on tente de découvrir des nouvelles sonorités, où la musicalité est remise en cause. Et cette pièce, naïve, est juste assez populaire pour propulser cet album dans les tops de la planète et révolutionner la conception musicale des amateurs de musique. Si on pousse un peu plus loin, le succès foudroyant de Psyché Rock, la deuxième pièce de l’œuvre, est basé sur Louie Louie, pièce des années 50. On a donc droit à une pièce rétro, actuelle (pour 1968) et futuriste avec les «jerks» de Henry. Quelle chanson! Pièce qui d’ailleurs a été reprise par des DJ, pour le thème de Futurama.

Mais cet album a un autre bon goût : celui d’être une compilation. Beaucoup n’écoutaient que ces quelques pièces. Mais d’autres se laissaient séduire par les autres pièces, datant de 1963, mais ayant été endisquées entre 1963 et 1967. Un extrait accessible du Voyage pour terminer cette face A, quelques pièces «rock» provenant de La Reine Verte. Mais ce qui a touché les mélomanes, les audiophiles, les poètes et les gens ouverts d’esprit au plus haut point, c’est les Variations pour une Porte et un Soupir, pièce austère s’il en est une, dont le matériel de base est composé d’enregistrements de bruits de porte et d’un soupir électronique. Mon papa est un grand fanatique de musique contemporaine et cette pièce est une des dernières qui m’a accroché sur ce disque, du haut de mes douze ans. Mais quand j’ai compris. Ouf!

Et avec ce disque, je vous présente ma collection favorite!

Album : Le Voyage – D’après le Livre des Morts Tibétains
Artiste : Pierre Henry

En Test : 1967 Vinyle (1ère version)

Étiquette : Philips (Prospective 21º siēcle)
836 899 DSY

La collection métallique de Philips, la série Prospective 21e siècle, est la série à avoir! Cette collection de musique concrète, électroacoustique et électronique de Philips n’est pas du tout abordable, n’est pas du tout accessible et n’est absolument pas composée de pièces de grande écoute. Il s’agit de toute l’expérimentation du monde, allant des Percussions de Strasbourg à de la musique actuelle norvégienne, à du Xenakis, du François Bayle et bien entendu de plusieurs Henry. En fait, Philips a, durant ces années, offert ses presses afin d’exposer de la musique inexposable, le tout géré par Bayle et Henry. Un peu avant et un peu après, ils ont offert ces pièces dans des pochettes normales. Mais pour ces cinq années, on a eu droit à des pochettes métalliques incroyables, ainsi que des gravures hors du commun.

Pour des disques de musique expérimentale, dont la majeure partie se retrouvait dans des magasins à un dollar, c’est rendu quasi impossible de les acheter. On parle de prix allant d’un dollar à plusieurs centaines de dollars pour quelques-uns de ces monstres. Soit on passe à côté parce que la musique n’a aucun intérêt à un admirateur de pop, soit on tombe des nues et saute sur chacune des trouvailles, même si on les possède déjà!

Mais de quoi on parle ici? On parle de découverte musicale, parfois très rébarbative, parfois relativement expérimentale. La deuxième pièce, par exemple, est une étude sur un effet Larsen (les feedback de micros). On ne peut s’attendre à quelque chose de simple d’accès avec ce genre de musique. Les disques de cette collection nous suggèrent d’ailleurs de les écouter dans l’obscurité et à fort volume. Je dirais que les gens qui sont prêts à faire le saut dans un tel inconnu sont peu, mais seront heureux.

Album : Variations pour une porte et un soupir
Artiste : Pierre Henry

En Test : 1967 Vinyle (1ère édition, 3e version)

Étiquette : Philips (Prospective 21º siēcle)
836 898 DSY

Et ici, mon disque. Le mien. Celui qui a changé ma vie. Je vous en avais parlé plus haut. Il s’agit d’un disque qui plaît à mon côté audiophile, mélomane, artistique, mon côté expérimental, mon côté passionné de bandes magnétiques, c’est la totale! Et si vous désirez réellement savoir ce qu’était le flower power du temps, et à quel point l’expérimentation était la totale, l’introduction du disque a été écrite par Maurice Béjart lui-même, et oui, des danseurs contemporains ont dansé sur une telle œuvre!

Mais… c’est vraiment une porte et un soupir? Oui! Très peu d’instruments de plus! Il ne s’agit principalement que d’une porte grinçante, jouée comme d’un instrument, et du soupir électronique que je vous parais précédemment. Et la composition a été effectuée à l’aide de travail sur des bandes magnétiques. On peut d’ailleurs sur certaines bandes entendre du kissing, soit qu’avec tout le dynamisme de cette pièce, le magnétisme est si fort sur la bande qu’elle s’est imprimé un tour avant et un tour après le moment où on est supposée l’entendre! Rendu à ce point, ça fait partie de l’œuvre à mon avis. Il y a parfois quelques autres instruments, mais ils sont excessivement rares.

Je vous ai fait un retour dans le temps sur cet article. En fait, les Variations sont réellement la première pièce d’un cycle conceptuel, allant de pièces relativement joyeuses jusqu’aux râles et à la mort; Le Voyage débute avec la mort elle-même et un retour sur l’idéologie des Variations et poursuit en transe, en étude sur la mort, sur l’immobilisme de la mort physique, mais l’exploration infinie divine; finalement, La Messe nous les présente sommairement, mais célèbre la vie à travers une messe nous incitant à apprécier la vie pendant qu’elle passe. Il y a plusieurs autres rapprochements à faire dans l’imposante œuvre de Henry, dont ses Évangiles, œuvre imposante de jeunesse en une douzaine de disques, chantée et bien évidemment en musique concrète, voire de la non-musique religieuse, très en vogue et émule d’Olivier Messiaen. Et si j’avance dans le temps, il y a d’autres œuvres incroyables que je ne peux passer sous silence. La Messe de Liverpool, le Cortical Art (composé à l’aide d’un électroencéphalogramme!), son Voyage Initiatique ou même ses pièces plus récentes, parce que si, M. Henry a continué de composer jusqu’à sa mort! Mais vous comprendrez mon cheminement de rétrospective mortuaire en faisant un petit chemin de croix pour cet incroyable compositeur qui a révolutionné la musique. Ceci dit, je ne peux passer sous silence une dernière collaboration, une dernière messe de 1969.

Album : Ceremony – An Electronic Mass
Artistes : Spooky Tooth, Pierre Henry

V.O. : 1969 Vinyle (UK)

En Test : 1970 Vinyle (Canada)

Étiquette : Polydor
2334 002

Acheter la version CD chez Fréquences

Pour ce dernier disque, on va dans une messe rock progressif. Parfois, la musique nous frappe, mais parfois, c’est la pochette. Cette pochette frappe autant l’imaginaire que la musique nous donne une messe déjantée, retravaillée aux rubans, effets électroacoustiques et autres ajouts impressionnants de Henry. On parle de musique incroyable avec musiciens fous, mis presque en sourdine par les effets spéciaux qui nous donnent toute la perspective nécessaire à l’écoute de l’œuvre. Si vous désirez savoir ce que ça donne de prendre du LCD, écoutez Ceremony.

Et maintenant, parce que vous me lisez afin de savoir si les vinyles valent la peine…

Ouf, c’est tout un sujet, il n’y en aura pas de faciles! Commençons avec La Messe. C’est un album principalement populaire. Le médium du vinyle est bien utilisé sur ce disque. Beaucoup de qualité en règle générale, mais il sonne légèrement sourd, sonorité yé-yé presque nécessaire. Les extraits sont très bien enregistrés, mais très légèrement moins bien que les disques dont ils sont issus. C’est un très beau disque à avoir et il y a une raison pour laquelle il a été vendu en grande quantité, c’est qu’il est hautement satisfaisant. Si vous n’avez qu’à en avoir un, c’est celui-ci que vous devriez avoir. Le Voyage, c’est plus difficile. Le disque est parfaitement gravé, c’est impossible de demander mieux, mais c’est impossible à reproduire adéquatement aussi! Fréquences pures, instruments sans harmoniques, études sur les résonances outrancières, instruments à sonorité sourde exacerbée, le tout sur des faces vraiment remplies, dont une quantité de vinyle est laissée libre à la fin afin de conserver les hautes fréquences intactes. Sur ce genre de disque, on va entendre le popcorn et le bruit de fond, c’est immanquable. Les Variations, c’est mieux dans le sens que c’est un des meilleurs disques que je possède côté qualité, mon côté audiophile en reçoit pleinement pour son argent, mais aussi c’est un disque qui possède amplement son lot de difficultés. Y a-t-il quelque chose de plus difficile à reproduire que des graves et les aigus-chocs d’un grincement de porte? Si vous désirez faire perdre la boule à votre table tournante, c’est un parfait disque pour ça! Même les bandes magnétiques d’origine arrivent à leur limite, c’est dire à quel point l’œuvre est exigeante. Et finalement, Ceremony, c’est de la difficulté outrancière aussi. Jubilation, avec son milieu de pièce introspectif avec juste les bonnes fréquences afin de faire ressortir tout le popcorn de votre disque, et Confession avec ses coups de marteau, qui termine la première face dans un crescendo assourdissant en toute fin de disque, comment faire paniquer n’importe quelle aiguille! Reste que le disque, avec son progressive rock «monotone» tend à bien cacher les imperfections sur ce disque, on s’en sort quand même assez bien.

En résumé, les disques sont parfaitement bien réalisés. Mais le matériel est impossible à bien rendre! La seule chose que je puisse vous recommander c’est d’avoir les disques les plus propres que vous pouvez trouver, parce qu’il n’y en aura pas de facile!

1973: Sonny Terry & Brownie McGhee: Sonny & Brownie

Un duo de musiciens de blues qui nous en met plein la vue!

Album : Sonny & Brownie
Artistes : Sonny Terry & Brownie McGhee

En Test : 1973 Vinyle avec pochette en encart (Canada)

Étiquette : A&M Records
SP 4379

Acheter le CD de compilation «Absolutely The Best» the Sonny et Brownie chez Fréquences

Ces deux bluesmen sont comme un vieux couple, ils ont toujours joué ensemble. En 1973, lors de la sortie de ce disque, ça faisait déjà 15 ans qu’ils endisquaient ensemble et déjà plus de 30 ans qu’ils faisaient des concerts ensemble! Entre autres, le duo a été connu dans les groupes de renaissance Folk lors de la 2e guerre mondiale. Les deux musiciens ayant leur lot de malchance en jeunesse, un ayant contracté la polio lui faisant perdre l’usage d’une jambe et l’autre devenant aveugle. Ces problèmes les obligeant à prendre la route et jouer de la musique afin de subvenir à leurs besoins.

C’est difficile de sélectionner un meilleur disque afin de représenter ce prolifique duo. Les deux musiciens sont au sommet de leur forme, le disque a été enregistré de main de maître dans les studios Paramount, le tout avec des musiciens de support incroyables dont Sugarcane Harris et Arlo Guthrie entre autres.

Et pour la qualité, c’est certain que ce n’est pas la version MoFi du disque, sortie en 95. Aussi, c’est certain que le disque est de facture 70’s : le côté stéréo est omniprésent, les voix sont inégales et plus sourdes qu’elles devraient l’être. Toutefois, le disque est parfaitement adéquat. Vous pouvez être chanceux et avoir une version très propre du disque comme moi, qui sait, mais mon disque, une fois bien nettoyé, n’a aucun popcorn et très peu de bruit de fond. Les instruments sont propres, doux, déférents. Ce n’est pas du tout le même genre de blues sale et crasse des Stones avec Blue & Lonesome, c’est l’envers de la pièce, plus folk, plus américana, plus swing et blues piedmont, plus traditionnel. C’est le genre de disque qu’on peut écouter et être avec les musiciens dans le studio. Une perle du genre. A-t-on réellement besoin d’une version plus pure du disque afin de l’apprécier?

On achète si on aime Big Joe Williams, Sonny Boy Williamson, Charlie Musselwhite, Willie Dixon.

Réédition 2014: Incredible Bongo Band – Bongo Rock

Qu’ont en commun Grandmaster Flash, Jay-Z & Kanye West, Aphex Twin, Moby, The Roots et des centaines d’autres artistes dans les 40 dernières années?

Album: Bongo Rock
Artiste: Incredible Bongo Band

V.O.: 1973 Vinyle, Pride PRD-0028

En Test: 2014 Vinyle 180g

Étiquette: Mr Bongo
MRBLP118

Ce disque n’est plus disponible chez Fréquences. Demandez quand même si ça se trouve, ou attendez des arrivages, qui sait (mais je n’attendrais pas nécessairement)

Gagnant du disque le moins susceptible de révolutionner la musique, Incredible Bongo Band n’est pas un groupe malgré son nom! C’est pas mal le projet de Michael Viner qui a eu une demande d’une chanson pour un film d’horreur obscur. La chanson est devenue #1 au Canada alors il a reçu la demande de faire un disque entier, ce qu’il produisit à Vancouver avec l’aide de musiciens de studio pas mal au hasard. Tout est rigoureusement faux dans ce disque et de toute façon c’était prévu pour se faire imprimer en quelques copies et disparaître sans laisser de traces.

On se déplace deux ans plus tard dans le Bronx… DJ Kool Herc crée le principe du breakbeat, avec les break-dancers, les b-boys, les b-girls… et éventuellement, en 1975, il tombe sur Apache de Incredible Bongo Band, pour lequel il fait jouer deux disques en succession afin de faire poursuivre le break de Apache aussi longtemps que les danseurs dansent sur la chanson. Et à partir de ce moment, cette version louche d’un disque sans succès de Apache devint l’hymne du Bronx! Tous les partys se l’arrachent, tous les DJ l’utilisent, tout le monde le fait jouer, le hip hop est créé, le breakdancing est créé et tout le monde désire utiliser ce disque. Bien entendu, le hip hop serait arrivé malgré cette chanson, mais la planète aurait été bien différente aujourd’hui sans cette simple chanson, deuxième du disque.

On revient aujourd’hui… et cette chanson est encore utilisée! En fait, elle est tellement utilisée qu’un excellent documentaire a été tourné à son sujet et sur l’influence que ce disque a eu sur la musique: Sample This par Dan Forrer. Encore aujourd’hui, on utilise ce même rythme. Et pour le reste de l’album, c’est entre psychotronique et excellent, tout dépendant.

Côté qualité, la version originale du disque est très difficile à trouver à cause que les DJ du Bronx les ont carrément usés à la corde. Pour les peu de copies restant, c’est à des prix ridicules. L’étiquette et magasin de disque indépendant britannique Mr Bongo a décidé en 2014 de faire une version ultime du disque, à partir des bandes originales. Quelle version! Nul besoin de payer des centaines de dollars pour l’original quand on peut avoir une telle version pour le tiers du prix! Le disque répond parfaitement à la demande, est de superbe qualité, est beau, est fidèle à l’original et il sonne comme une tonne de briques. Wow!

Voilà qui met fin à ma semaine éditions 70s et moins. J’espère que vous avez aimé la gamme de disques de ces années. Retour à la programmation normale la semaine prochaine!

 

1973: Mike Oldfield – Tubular Bells

Est-ce que Tubular Bells a réellement besoin de présentation?

Album: Tubular Bells
Artiste: Mike Oldfield

En test: 1973 Vinyle (V.O. US)

Étiquette: Virgin
VR 13-105

Acheter le CD chez Fréquences

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C’est le genre de disque qui réapparaît régulièrement au fil des arrivages. Soyez patients si vous désirez une version vintage.

Album ayant frappé l’imaginaire de la planète, découvert via le film l’Exorciste en Amérique du Nord, le premier disque de Virgin Records, pièce ayant eu droit à des documentaires, des reprises, des études, nommez-les. Le tout avec un compositeur-interprète de génie ne cherchant pas à être la vedette, la très grosse majeure partie des instruments étant joués par Oldfield lui-même en multiples sessions sur le même ruban.

Et ce n’est pas rien. La pièce de plus de 45 minutes (25 et 23 minutes) fait pâlir d’envie les plus grands albums de progressive rock avec des mouvements allant du thème du début du disque jusqu’à la fin de la première face avec l’introduction des instruments individuellement en plus de 7 minutes, dont les fameux carillons tubulaires dans une apothéose d’instruments, avec chœurs en prime. Même la 2e partie, qu’on aurait pu penser reléguée en second plan, qui a été composée sur une beaucoup plus longue période, se révèle être impressionnante, avec multiples mouvements dont la partie carrément précurseur du death métal débutant vers le premier tiers de la face B avec les harmonies de lead guitars et les voix gutturales.

C’est le genre de disque qui faut avoir la bonne version. Un disque de plus de 20 minutes par face, en vinyle, ce n’est pas simple à jouer. Il y a 16 pistes en surimpression qui sont toutes utilisées à quelques endroits du disque. Parfois, les disques s’emballent, ne sont juste pas capables de reproduire toute la gamme musicale. C’est sans compter le transfert provenant du ruban qui peut être déficient parfois à la source. Je dirais que si vous désirez une version ultime, c’est le ruban en 7 1/2 pouces par seconde Virgin VGN 13105F que vous devez avoir. Mais sinon, le mieux est probablement de rechercher la version originale Virgin V2001, la version japonaise d’origine ou la version de 1997 en 180g… ou en sortant des vinyles, la nouvelle version de 2009 produite numériquement à travers les fichiers de production du SACD. Je ne vous recommande d’ailleurs pas la version japonaise récente: d’abord, elle est hors de prix, ensuite, elle provient des fichiers numériques. C’est aussi le genre de disque qu’on peut trouver partout, à peu de frais, et de qualité satisfaisante. Nul besoin de chercher la copie … La majeure partie des versions, tant qu’elle a été bien entretenue, va vous procurer amplement de joie et les versions audiophile sont plus des attrapes nigaud que des vraies versions audiophile.

Donc qualité … Ça va dépendre réellement de ce que vous allez trouver. Et attendez-vous tout de même à des bruits étranges, ça fait partie du lot de cette pièce unique d’anthologie. Mais ouf! Quel disque! Même ma petite version US simplette est incroyable.

1977: Musiques de l’O.N.F. Volume 1

L’Office National du Film n’est pas qu’un espace d’exploration pour les cinéastes. C’est aussi un espace d’exploration pour les compositeurs.

Album: Musiques de l’O.N.F. Volume 1: Musique sans image

Artistes variés

En test: Vinyle double 1977

Étiquette: Office National du Film du Canada

Ce disque a été acheté chez Fréquences il y a déjà deux bonnes années. Vous pouvez probablement en trouver une copie en-ligne.

L’ONF est une mine d’or d’exploration. Et je parle ici bien entendu des musiciens et des compositeurs. On peut penser à René Lussier par exemple qui est collaborateur pour les trames sonores de films depuis près de 40 ans.

Mais on peut aussi écrire livres et livres sur les techniques exploratoires musicales de l’ONF. Entre autres, le film permettant de recevoir de l’image mais aussi du son à travers différentes techniques d’impression de l’onde musicale, il n’en fallait pas plus pour que Norman McLaren travaille sur un procédé créatif de son gratté et de son photographié. Cet album est un hommage aux grands musiciens de la période de 1952 à 1971 qui ont marqué les films de l’ONF.

C’est expérimental! Et malgré que bien des chansons peuvent sonner électronique, elles sont surtout visuelles et peinturées. D’autres sont travaillées au ruban magnétique. Certaines sont des collages de sons ambiants. Et finalement, il y a la dernière chanson, Metadata, produite avec l’aide du Conseil National de Recherche du Canada, qui est la première expérimentation d’un ordinateur produisant des sonorités, le tout ensuite mixé en studio avec une trame sonore instrumentale. ceux qui me connaissent savent à quel point je suis un capoté des premiers balbutiements de synthèse informatique. J’ai été un des crackpots qui a demandé à Nadia Magnenat-Thalmann et Daniel Thalmann une copie VHS de leur film Vol de Rêve, question d’avoir la meilleure qualité possible de ce film incroyable. Alors pour moi, d’avoir une copie de Metadata en vinyle, c’est le pied… Mais c’est expérimental!

Et côté sonorité, c’est une compilation de pièces composées dans les années 52 à 71… prévues pour jouer sur film, parfois carrément composées sur film… et pièces qui sont voulues à pousser l’enveloppe, de musique contemporaine et (je ne crois pas vous l’avoir dit, vous m’en excuserez) expérimentale. Bref: le disque a un peu de bruit de fond il n’est pas totalement propre, il a une sonorité habituellement très sourde. Même les bandes ou films maîtres sont rendus à plusieurs générations, retravaillés avec les moyens du bord. Mais c’est de l’anthologie, c’est des techniques d’essais incroyables et c’est le pied à écouter, pour le peu que vous aimez la musique concrète.

On achète si on aime Pierre Henry, Iannis Xenakis, Edgard Varèse, Karlheinz Stockhausen.

Réimpression 1967: Gilles Vigneault – Jack Monnoloy

Il faut bien célébrer la journée des Patriotes avec un de nos grands.

Album: Jack Monnoloy
Artiste: Gilles Vigneault

V.O.: 1962 Vinyle Columbia
FL-292 (Mono)/FS-538 (Stéréo)

En Test: 1967 Vinyle

Étiquette: Harmonie / Columbia
KHF 90082

Ce disque est disponible au gré des arrivages de Fréquences. Amusez-vous avec des rééditions CD ou des versions que vous retrouverez certainement un jour ou l’autre.

C’est quand même amusant d’écrire réimpression 1967 … et c’est aussi pourquoi les disques vinyles, c’est génial! On peut y retrouver de nos plus grands, en qualité exceptionnelle, pour quelques dollars. Comme d’aucuns aiment bouquiner, moi, c’est les disques que je recherche. Que ce soit de la pop à un million de copies ou de la musique réalisée par un passionné gravé en 200 copies.

Mais ce disque … c’est de la musique populaire d’ici. C’est notre ADN. C’est un disque spectacle du début 60, c’est un disque qui a gagné le Grand Prix du disque Canadien CKAC. Tous ceux qui aiment la musique d’ici connaissent ces chansons et je suis certain qu’il n’y a pas eu que trois copies de ce disque. Tout le monde devait l’avoir. En fait, je me rappelle la pochette originale de 1962 de mon enfance.

Et côté qualité… c’est impeccable. C’est juste impeccable. La voix est superbe, les instruments sont beaux, tout est chaleureux, c’est bon enfant, le petit auditoire est respectueux et clair. C’est certain que les coupures niveau bande magnétique sont un peu brouillonnes lorsqu’il y en a (subtil comme une tonne de briques) et qu’il faut s’attendre à du popcorn sur un tel album célébrant son 50e anniversaire. Reste que ça n’empêche aucunement l’écoute du disque et d’être ému et amusé par les paroles de Vigneault, et d’adorer les exceptionnels musiciens.

Bonne journée nationale des patriotes tout le monde!

Spéciale consigne: Blue Cheese, Corridor

Troisième article sur les consignes! Cette fois-ci, du stoner et du rock planant, en belles couleurs.

Album: Blue Cheese
Artiste: Blue Cheese
Style: Stoner Rock

En Test: 2014 Vinyle Bleu

Étiquette: Kapuano Records

Page Facebook du groupe

Si vous allez à Terrebonne, vous risquez d’avoir des groupes de Terrebonne! De se déplacer ailleurs que son chez-soi et de s’ouvrir aux groupes locaux veut dire de faire des découvertes comme celle-ci, avec un Marc-Olivier qui m’a dit «non non t’achètes ça, pas de mais!». D’inviter les groupes dans d’autres villes et villages permet aussi aux magasins de disque d’avoir accès à leur stock aussi vu qu’ils en apportent en consigne. Sinon, il faut aller les découvrir nous-mêmes.

Pour la petite histoire, Kapuano Records est responsable du tout premier disque des Deuxluxes et ils sont toujours actifs sur plein de projets locaux dans la grande région. Entre autres, on peut souhaiter un premier disque vinyle de Smitty Bacalley un jour.

Pour du stoner, c’est vraiment bizarre à souhait, c’est louche, de la grosse basse pour débuter le disque, de la voix qui a vu trop de bon stock, de la grosse guitare lourde et sale, du rythme métal qui bûche. Leur disque a vu trop de compression côté vinyle et sonne un peu mince, il manque de profondeur. Ça sonne le numérique directement vers le vinyle sans autre traitement. Mais à défaut de les voir en vrai, c’est  façon d’écouter la reproduction à mon avis: en bleu avec un bon pickup.

Ouf, je viens de relire mes phrases, je devrais réellement me tenir loin du patchouli en écrivant mes critiques.

Album: Un Magicien En Toi
Artiste: Corridor
Style: Rock style 60’s lo-fi

En test: 2014 Vinyle jaune une face

Étiquette: L’Oeil du Tigre
ODT-021

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

De l’influence de Beck, de l’influence de lo-fi, Corridor est un groupe qui nous fait rocker et planer et qui cherche un feel, une ambiance, une sonorité et de fumer du bon stock plus que de tenter de bien sonner. Quand on écoute ça, c’est n’importe quoi. Et quand on a du n’importe quoi, on se rends compte que c’est réalisé avec beaucoup plus de recherche et de finition que beaucoup d’autres groupes modernes.

Leur sonorité est recherchée, leur étude sur le lo-fi est de façon surprenante très high-fi, leur retour aux sources veut dire d’utiliser des procédés, des matériaux et des outils de très haute qualité afin de conserver l’atmosphère.

Et côté disque … je ne sais pas quoi penser. C’est prévu dégradé. Il y a une dualité numérique, mais un traitement par bandes magnétiques pour la sonorité compressée avec les basses plus présentes qu’on aime. Il y a plein de musique ridicule et louche, des effets spéciaux à sortir les pilous à la place du patchouli, un disque super silencieux sur une seule face, des instruments francs mais une voix hors-scène. Bref: c’est de la basse fidélité parfaitement réussie!

En bonus, la semaine prochaine, ils sortent un troisième album, Supermercado, sur une autre étiquette, Requiem pour un twister. Ils le disent plus extrême mais plus pop. Ah, bon! En tout cas, comptez sur moi pour acheter leur prochaine offrande.


Eh voilà, trois articles sur des disques moins connus. Parfois des groupes d’un autre temps, parfois des groupes qui ont marqué un style musical, mais aussi beaucoup de groupes qui sont à découvrir sur une scène ou chez votre disquaire. Ce ne sont pas des disques qui sont recherchés par les gens, il n’y a pas un gros battage médiatique pour ces disques, ils sont méconnus sur Internet parce qu’ils ne sont connus que par leurs fans et dans leur communauté. Bref: ce sont des disques à découvrir, c’est notre ADN et nos passionnés.

J’aurais pu en sortir beaucoup plus, du plus connu comme Maryse Letarte qui a un superbe disque en consigne, du pop hommage du fantastique Martin Levac, des groupes punk à la Chahut d’ruelle, des autres disques de Of Tanz. Je vous en ai aussi sorti plusieurs précédemment, disséminés dans mes critiques et je vais continuer de le faire dans le futur.

Tout ceci n’est que le début à votre découverte. Je viens d’écrire à propos de Supermercado qui va sortir la semaine prochaine. Mais les gars de Offside jubilaient à parler de leur futur disque qui va sortir prochainement. J’avais écrit un article sur Technical Kidman il y a deux mois et ils disaient vouloir sortir un nouveau disque bientôt (ils sont en tournée constante d’ailleurs, surveillez leur Facebook). Et c’est le début de ma découverte aussi! À chaque fois que je vais chez Fréquences ou même chez n’importe quel disquaire, j’aime parler avec les gens passionnés qui s’y trouvent et j’aime leur demander ce qu’ils aiment écouter, leurs coups de coeur, leurs bands locaux, échanger avec eux. Je n’aurais probablement jamais acheté le très bon 45 tours de Offside si le band n’était pas passé en magasin. 3 articles plus loin, à 2h38 du matin, je suis en train de terminer cette série d’articles et j’ai eu vraiment trop de plaisir à écouter tous ces disques. J’ai hâte que vous me fassiez découvrir les prochains!

Spéciale consigne: …Of Tanz Victims, Nouveau Jazz Libre du Québec

Deuxième article de l’édition spéciale consigne! Aujourd’hui, des phares de la musique archi-(mé)connus, des bombes de leur milieu pour lesquels on doit savoir qu’ils existent. Incursion dans le monde industriel et dans le monde du jazz libre.

Album: Scanning Elle Dementia
Artiste: …Of Tanz Victims
Style: Industriel

En test: 1986 Vinyle 12″ 45 tours EP

Étiquette: Bunker Records
WRC2-4933

Voir ce qui est disponible de …Of Tanz Victims chez Fréquences

Dans les années 80, lors de l’explosion des styles musicaux, on avait tendance à tout mettre dans le lot de l’«alternatif», quand on ne savait pas réellement où les placer, est-ce de l’électronique, est-ce du rock, c’est de la musique actuelle? Alternatif est le terme à la mode. Il y avait un animateur radio qui ne se laissait pas berner: Claude Rajotte – le premier à nous sortir des groupes d’industriel tels que Einstürzende Neubauten, Cabaret Voltaire ou même des bons vieux Throbbing Gristle expérimentaux. Ensuite arrivèrent des groupes de pop industriel, tel que les Nine Inch Nails, Marilyn Manson et compagnie qui popularisèrent une version commerciale de l’industriel.

Mais à la base, c’est une musique forte, violente et dont les artistes du Québec ne sont encore une fois pas prophètes dans leur pays. …Of Tanz Victims est un des grands groupes de musique industrielle (et d’autres styles beaucoup moins classables – aucun de leur disque n’est pareil) des années 80. Même chose pour Vromb qui débuta dans les années 90, dans un style industriel plus conventionnel.

Et les disques qu’on peut retrouver chez Fréquences sont des pièces d’anthologies parfaitement enregistrées et neuves, scellées des années 80, merci à monsieur De La Carignan qui vint en apporter des copies lui-même selon Will. J’ai décidé de vous parler de Scanning Elle Dementia, un EP 45 tours. Et il n’y a rien à y redire, c’est industriel, c’est hard, c’est fort, c’est beau, ça provient de bandes magnétiques et c’est des méchantes chansons. Le disque est superbe.

Album: En direct du Suoni Per Il Popolo
Artiste: Nouveau Jazz Libre du Québec
Style: Free jazz

En test: 2014 Vinyle transparent

Étiquette: Bronze Age Records

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

Pour la petite histoire du disque, le Suoni Per Il Popolo, il s’agit d’un festival de musique d’avant-garde annuel préparé par la Casa Del Popolo et de plusieurs salles affiliées, dont la Sala Rossa juste de l’autre bord de la rue. Pour la plus grande histoire, il faut penser à l’étiquette Constellation, au groupe GY!BE et de toute cette clique artistique prolifique. Les salles, le festival, les groupes et l’idée d’avant-garde peu importe les styles musicaux, ça provient de là. Et le groupe d’origine, c’était Le Quatuor de Jazz libre du Québec avec entre autres Guy Thouin à la batterie. Ça, c’était en 1967. On remonte 45 ans plus tard et on a une collaboration d’un soir, Guy Thouin et Bryan Highbloom, avec Raymon Torchinsky, pour une soirée endiablée très loin de la musique de chansonniers.

Le genre de disque qui n’arrivera plus jamais. Et le genre d’étiquette qui a décidé qu’eux, c’est en vinyle que ça se passe, pour l’objet d’art. Les trois offrandes de Bronze Age Records sont des disques uniques, produits par Joseph Torchinsky avec passion. C’est aussi le genre de disque enregistré en direct qui déménage solidement. Très belle production, très beau disque et de la superbe musique.

Suite et fin de cette trilogie sur les disques en consigne demain!

Spéciale consigne: Le Queb autodistribué: Offside, Un Premier Mai, Résurrection!

Ceci est précisément pourquoi j’achète des disques. Oui, j’adore les disques des grandes étiquettes, oui j’achète en quantité industrielle les Bowie, Zeppelin, Lily Allen, Marie-Mai, Bélanger de ce monde, neufs ou usagés, et je les adore! Mais pour moi, la musique, c’est les petites étiquettes et les autoproduits, ceux qui ont la passion et vivent de spectacles. Ceux qui s’essaient, tant bien que mal. Le futur artiste de demain, ou non.

En simplifiant beaucoup, les distributeurs fournissent habituellement les disques aux boutiques, à renfort de boîtes de disques commandées par le magasin. Mais supposons qu’il y a un groupe qui n’est pas distribué, on fait quoi? Bienvenue au merveilleux monde de la consigne! Des promoteurs, des musiciens, des managers de groupes qui passent dans une ville vont habituellement avoir du matériel à vendre lors de leur spectacle. Parfois aussi, c’est une étiquette régie par des passionnés qui préfère rester petit mais faire tout eux-mêmes. Il est de bonne guerre, parfois, de laisser en consigne quelques copies de leurs disques au magasin de disque local. Parfois le magasin va accepter, parfois non.

Cet article est un hommage à ce qu’on peut retrouver en consigne et en petite distribution. Parfois, c’est disponible chez Fréquences, parfois non. Chaque magasin supportant le concept possède ses propres consignes et elles sont différentes pour chaque endroit. Si vous allez chez Fréquences, ce sont surtout des consignes pour les spectacles des petites salles adjacentes, comme l’Anti et le Zaricot. On a aussi le matériel des artistes locaux de St-Hyacinthe. Si vous allez ailleurs, vous allez avoir la scène d’ailleurs. Quelles découvertes à faire! Ce ne sera certainement pas mon dernier article sur les disques autoproduits et autodistribués, il y en a juste trop dans ma collection et elle s’agrandit à chaque semaine, à chaque spectacle que je vais voir. Mais je vais débuter par 3 disques pour aujourd’hui, 2 pour demain et 2 pour mercredi, en rafale.

Artiste: Offside
Album: Brotherhood
Style: Punk hardcore old-style

En test: 2016 Vinyle 7″ 45 tours #151

Étiquette: LSC Records
LSC 004 

Site Facebook du groupe

Ce disque est la raison pour laquelle j’ai écrit cet article. En fait, j’ai rencontré deux des membres (vraiment sympa et passionnés) du groupe vendredi soir avant leur spectacle, qui ont d’ailleurs bien voulu signer mon disque. S’ensuivit une longue discussion avec Will sur les disques en consigne. Et voilà. Alors ils figurent en premier dans mon édition spéciale en consigne.

L’album est du bon vieux punk rock hard core, bien classique et bien traditionnel, comme pour Minor Threat dont je vous avais parlé précédemment. C’est un petit EP de 4 chansons, en 45 tours quand même alors la qualité est au rendez-vous. Pour les fans, c’est très très bien enregistré pour le style. Le rythme est omniprésent versus les instruments et voix, c’est compressé de souche, mais ça respire et ça sent la prestation studio-live. Il n’y a pas 56 000 micros pour capter chaque instrument et il n’y a pas une omniprésence de Protools. Le numérique ne s’entend pas beaucoup. Et leur disque sentait la cigarette quand je l’ai acheté! Si ce n’est pas hardcore, je ne sais pas c’est quoi!

J’ai lu une critique de l’album récemment sur Internet qui parlait du côté un peu brouillon du disque. Si je compare avec les deux disques des Horny Bitches (dont on a justement parlé ensemble), leur premier disque n’est pas du tout tight et est réellement brouillon, mais il est passionné. Même chose ici. Je ne trouve pas que ça nuit à l’intention du disque personnellement. Et c’est à charge de revanche pour un meilleur deuxième disque même si j’ai vraiment aimé l’écouter. Prometteur en sale!

Artiste: Un Premier Mai
Album: No. 6: Untitled; No. 8: 20 Of August Just Another Day
Style: Métal hardcore

En test: 2008(?) Vinyle 7″ 33 tours

Étiquette: Aversion Records

Site Myspace du groupe

Vous comprendrez que ce groupe semble défunt. Non seulement l’étiquette (sur Vidéotron) semble ne plus avoir de site actif, mais le site Myspace n’a plus été mis à jour depuis belle lurette. Même chose pour les spectacles, les vidéos et les autres activités en-ligne, dont la dernière présence est de 10 ans. Mais côté hardcore, c’est quand même somme toute assez bien réussi.

Et ce disque est une rareté. 33 tours 7 pouces! Comme les vieux groupes punk! Je dirais ceci dit que le groupe est plus de facture métal que punk réellement. Entre autres, leur No. 6 est une chanson très longue (D’où le 33 tours j’imagine) et plus progressive que le hardcore traditionnel. Et malgré tout, le disque possède une très bonne sonorité. De style studio maison, les effets sont très simples et minimalistes, c’est dans ta face. Mais c’est fort efficace. Un peu de destruction numérique dans le lot hélas mais comme le disque date d’un bon bout de temps déjà, celle-ci est tout de même minime, juste faite avec les moyens du bord en grimpant le volume!

Album: Résurrection! Rock chrétien et messes rythmées du Québec (1964-1978)

Artistes variés

En test: 2012 Vinyle

Étiquette: Mucho Gusto Records
MGLP013

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Après deux disques sur le thème de la défonce crue, prions un instant pour notre âme. Un disque que j’ai adoré écouter à sa sortie, qui a fait tapage nocturne chez mes amis. C’est le début de plein d’artistes qui ont eus parfois de grandes carrières, parfois non. C’est la suite des partys de sous-sol d’église qui égayaient les baby boomers, mais avec du gros rock sale totalement propre et convenable. Ça passe de chansons priant les louanges de Jésus à un duo post-Baronnets, à des petits simples, à des grands déploiements avec chœur et folie.

Mucho Gusto, malgré sa petitesse, y va dans la qualité pour ses réimpressions. Leur disque vol. 333 de l’infonie est dans mes excellentes rééditions, et ils font de plus en plus souvent la manchette. Reste que ce qu’ils réimpriment est fort bizarre et c’est tant mieux! Il s’agit de pièces d’anthologie qui ne doivent pas rester dans les collections privées des gens. Faisons réapparaître nos grands disques d’autrefois.

Et côté disque, c’est, comme pour sa musique, totalement convenable. Bien entendu, c’est rigoureusement inégal mais à quoi s’attendre. C’est un émule québécois de Light In The Attic: de très beaux produits sortis des boules à mites pour notre plus grand plaisir, avec la passion et la joie du travail bien réalisé.

Suite demain!