2018 Queb: Les rééditions

Dans les dernières semaines, il y a eu une quantité phénoménale de rééditions québécoises. On fait le tour pour vous! Attention, certains de ces disques ne sont plus disponibles, ou difficilement disponibles, ou ne le sont qu’en pleurant devant votre disquaire préféré ou hors de prix à travers un service de revente. Certains de ces disques ne seront plus jamais disponibles, d’autres seront là pour de bon.

Sur la sellette : Les Colocs, Douze Hommes Rapaillés, Fiori-Séguin et Daniel Bélanger. Et je vous le dis, j’en ai passé d’autres vertes et des pas mures, dont l’excellent Leloup! Et je ne vous ai pas encore parlé du dernier Lhasa sorti il y a quelques mois déjà… bref, il y a beaucoup de matière à une suite ! Vous êtes prêts?

Album : Douze Hommes Rapaillés chantent Gaston Miron, Volume 1 et 2
Artistes divers

V.O. Volume 1 : 2008; CD; Équipe Spectra; SPECD7809
V.O. Volume 2 : 2010; CD; Équipe Spectra; SPECD7820

En Test : 2018; Vinyle double de couleur en encart; 180 g; Édition limitée à 400 copies

Étiquette : Ad Litteram; ALV0218

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Avertissement honnête : Celui-ci, c’est un 400 copies, il est indiqué édition limitée et elle le restera probablement. Si vous le désirez, c’est pas mal votre seule chance.

Cette compilation a été sortie pour le dixième anniversaire du premier volume. Ce regroupement a vraiment fait énormément de vagues lors de la sortie du premier volume. On ne parle pas de deux de piques ici. Pour les nommer : Jim CorcoranLouis-Jean Cormier (ce dernier qui est responsable du rematriçage pour cette réédition), Michel RivardRichard SéguinDaniel LavoieMartin LéonYann PerreauMichel FaubertPierre FlynnVincent VallièresGilles Bélanger, ainsi que Plume sur le premier volume et Yves Lambert sur le deuxième. Et tous ces grands ont prêté leur talent d’interprètes sur les textes de notre grand Gaston Miron à travers ce projet de Gilles Bélanger à la musique. On sent le travail de passion, la collaboration de tout ce beau monde afin d’arriver à un résultat d’une qualité incroyable. Et on sent la passion aussi dans la réédition en vinyle pour la première fois de la part de Louis-Jean.

Pour la qualité, c’est très surprenant. Il faut savoir qu’il y a énormément de matériel par face : un peu plus de 25 minutes. Ce qui sauve la qualité, c’est le dynamisme de chaque piste. C’est hautement dynamique, les orchestrations étant fort sobres. N’empêche qu’on doit grimper le volume vraiment plus que bien d’autres albums. Mais l’écoute est vraiment géniale. On ne change pas de face toutes les cinq minutes. Il aurait pu y avoir un troisième disque ceci dit afin de maximiser la qualité. Peu importe, c’est un très bel achat et un tel disque, double, de couleur, 180 g, 400 copies, aurait pu être beaucoup plus dispendieux.

Album : Deux cents nuits à l’heure (XL)
Artistes : Serge Fiori, Richard Séguin

V.O. : 1978; Vinyle en encart; CBS; PFS 90456

En Test : 2018; Vinyle en encart (version noire); 140 g

Étiquette : Sony Music; 19075841161

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Je suis de ceux qui n’a pas vraiment aimé la version vinyle XL de l’Heptade d’Harmonium, sorti il y a quelque temps déjà (je vous invite à y lire ma critique). Le côté où ils se sont débarrassés des couilles de l’album, qui n’a plus de basse, m’a profondément choqué. Aussi, le côté numérique l’a emporté sur le côté vieille sonorité. Alors je suis parti avec ma copie du disque en ayant vraiment beaucoup d’appréhension.

Pour ce disque, on parle de deux de nos légendes, qui avaient auparavant travaillé ensemble à quelques reprises. D’abord en tant que choristes pour quelques disques de Gilles Valiquette, ensuite Richard Séguin a participé en tant que choriste pour l’Heptade avant enfin de sortir ce disque ensemble. Deux grandes voix, deux grands guitaristes, deux grands auteurs-compositeurs-interprètes. Ce n’est pas rien.

Une fois l’écoute démarrée, je peux mettre mon appréhension de côté. Encore une fois, on a droit à une version numérique, plus moderne. Mais cette fois-ci, le transfert en vinyle est vraiment heureux. Le dynamisme de l’œuvre d’origine est demeuré intact, la force, la vitalité, la basse, tout y est. Il est bien entendu trop tard pour obtenir d’un disquaire la version blanche, mais n’hésitez pas à prendre la version noire qui a fait mon bonheur. Un grand disque, une grande réédition de la part des artistes d’origine. Merci, les gars!

Album : Atrocetomique
Artiste : Les Colocs

V.O. : 1995; CD double; BMG Musique; 74321-31976-2

En Test : 2018; Vinyle triple (translucide vert)

Étiquette : Sony Music; 88985366131-2

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Plus tôt cette année, j’ai fait la critique du premier disque de nos Colocs, disque qu’on se doit d’avoir si on est un tant soit peu un admirateur du groupe. Totalement convenu, superbe travail de la part de Sony. Eh bien, je vais vous couper dans le mille rapidement : sautez sur ce disque aussi. C’est un disque triple, alors c’est un peu normal qu’il soit un peu dispendieux, mais on a aussi une copie du livret d’origine du CD, mais version 12 pouces pour le prix.

Le deuxième disque, avec en prime un disque en direct des spectacles du 19 et 20 mai 1995 au regretté Spectrum de Montréal, est une référence des Colocs. On a bien entendu la chanson Bonyeu, mais on a aussi la finale du spectacle, la (avant-) dernière chanson, Le Pudding à l’Arsenic, leur reprise de la chanson d’Astérix.

Choix un peu spécial, l’album lui-même est en deux faces avec une vingtaine de minutes par face, alors que le spectacle est sur des disques avec une quinzaine de minutes par face. J’aurais fait l’opposé personnellement, mais c’est mon côté chipoteux. Le disque live est plus complexe à reproduire, avec bruits de foule, des sonorités plus sales, tandis que le disque principal est beaucoup plus propre en sonorité. De toute façon, on n’a qu’à écouter la dernière chanson de la première face, la chanson-titre Atrocetomique, pour se rendre compte qu’il ne nous manque pas du tout, mais pas du tout de qualité. Le seul défaut semble être quelques faces décentrées. Peut-être malchanceux, mais mes disques un et trois sont décentrés.

Album : Dehors Novembre
Artiste : Les Colocs

V.O. : 1998; CD; Le Musicomptoir Productions; MUS2-1077

En Test : 2018; Vinyle en encart; 180 g

Étiquette : Solodarmo; SOLOLP1811

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Et avec ce troisième disque, le tour des albums studio des Colocs est clos. Avec Les Colocs, on avait droit à l’exubérance du premier album. Avec Atrocetomique, on avait un album de joie, de party. Avec Dehors Novembre, c’est toute la tristesse et l’introspection qui ressort, avec les textes au rendez-vous. Succès à profusion, chansons qui ont su marquer une génération. Le dernier opus a marqué une génération.

Et pour la qualité, on n’a pas droit à du Sony ici. C’est la maison d’édition des ColocsSolodarmo qui a produit lui-même le disque, alors c’est soit excellent, soit c’est tristement mauvais. Sony, j’ai l’habitude, fournissent habituellement une bonne qualité de copie, mais est parfois travaillé par des exigences de productions factices. Ici, c’est plus petit budget, alors on ouvre et on lance un jet de dés. Ma copie de disque est un peu chamoisée, et je ne semble pas être le seul. Je n’ai toutefois pas de bruit de fond supplémentaire (merci, aiguille SFL, j’imagine) tandis que d’autres en ont. Hormis ce problème de reprographie qui semble être directement sur le disque d’impression (mauvaise manipulation d’un technicien?), le reste est vraiment excellent. La qualité y est, c’est clair, c’est fort, c’est beau. Très bon travail de la part de Philip Gosselin au matriçage du vinyle. Déjà de ne pas détruire un disque avec tant de vécu, c’est un défi, mais de nous le faire apprécier de nouveau, il faut quand même le faire.

Album : Rêver Mieux
Artiste : Daniel Bélanger

V.O. : 2001; CD; Audiogram; ADCD 10150

En Test : 2018; Vinyle double en encart

Étiquette : Audiogram; AD-10150

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Daniel Bélanger est un habitué de nos chaumières depuis 1993, date de son premier album solo Les insomniaques s’amusent. Beaucoup de ses disques sont devenus des succès. Même les titres de ses albums sont entrés dans notre subconscient. Son deuxième, Quatre saisons dans le désordre, est tout aussi synonyme de qualité. Le troisième disque ne compte pas, il s’agit d’un album de captations de ses différentes tournées. Et voici le quatrième album, Rêver Mieux. Étrangement, Audiogram a décidé de sortir cet album en première réédition vinyle. Mais avec la qualité de ce disque, le succès des chansons, les prix remportés, je peux parfaitement comprendre leur idée originale.

Pour la qualité… Comme d’habitude, Audiogram nous donne de la qualité, et je peux bien évidemment y mettre le blâme sur Michel Bélanger, l’instigateur de ce grand projet qu’est Audiogram. Que Daniel sonne bien, il fallait s’y attendre un peu. Mais aussi d’avoir ressorti cet album avec toute la qualité nécessaire, en deux disques, des gravures de haute qualité, du volume à profusion, des très belles fréquences bien campées. C’est un superbe travail sur disque… mais pas parfait! Ah! La joie des disques vinyle quand une œuvre n’était pas prévue pour un tel médium. La coupure du pont entre Une Femme, Un Train, Un Homme et Une Gare et Dans Un Spoutnik, avec les petits effets spéciaux de l’espace, juste parce qu’il faut passer de la face A à la face B, c’est un peu un crime de lèse-majesté. Je suis certain que le choix exécutif a dû se faire avec moult sacres et hochements de têtes. Mais en parlant de cette chanson, si on écoute bien la batterie, on entend cette dernière changer de volume selon quand Daniel chante ou non. Sur un tel vinyle, avec une douzaine de minutes par face, il n’y a aucune raison valable de faire de la compression multibande globale. Aucune. On n’est pas sur la version CD d’origine, on est sur le disque vinyle. Aucune raison de maximiser le volume du disque. Aucune raison de ne pas en faire une version ultime. Aucune raison qu’un instrument recule ou avance selon que le chanteur y soit ou non.

Bref : vraiment beau disque, superbe reproduction, mais pas audiophile, et des choix déchirants débatables, nécessitant hélas de réécrire l’histoire peu importe la voie choisie.

2018: Black Moon Boys – Nuthouse !

Le rockabill’ est bien vivant au Québec!

Album : Nuthouse !
Artiste : Black Moon Boys

En Test : Vinyle; 45 RPM

Étiquette : Rebel Music Recordings; RM 12011

Ce disque est disponible en précommande pour le 24 novembre 2018!

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Une autre de mes passions est le rockabilly. J’ai bien entendu mes favoris, entre autres, ce que nous font découvrir Keb Darge et Little Edith dans leurs compilations légendaires. Mais aussi ceux qui se la donnent pour la totale encore aujourd’hui pour faire plaisir aux fanatiques des années plus ou moins 50. La sous-culture du rétro et du vintage y est pour rester! Et le dernier groupe en vogue est les Black Moon Boys, qui vont sortir leur premier disque ce vendredi.

Petits derniers? Ou un groupe qui aurait dû exister bien avant? On peut penser à Marc-André Pilon aux micros, qui a été batteur et qui était connu comme le « gars rockabilly » du groupe punk rock Ordures Ioniques, mais aussi auteur et professeur. À Eric Sandmark à la batterie, qui multiplie les projets rockabilly, entre autres avec ses RumblersOlivier Pomerleau, greaser et bassiste sous plein de projets liés à la culture 50’s. Et un tel groupe n’en serait pas un sans introduire un membre au panthéon de la musique québécoise : Jeff Ray Holmes à la guitare sur son premier vinyle!

Premier disque nécessaire? Surtout après trois longues années de plaisir à faire des spectacles un peu partout, donner des spectacles avec quelques-uns de nos grands du rockabilly (on peut penser aux Greasemarks et aux Hellbound Hepcats pour ne nommer qu’eux). Bref : il commençait à être temps qu’ils le sortent, leur disque.

Et ils savent bien s’entourer, ce ne sont pas des deux de pique. Michel Dagenais, capoté notoire des 50’s, réalisateur et propriétaire et studio depuis plus de 30 ans, et le tout endisqué sur la célèbre maison allemande spécialisée en rockabilly, Rebel Music. Non, sans blague, on va en entendre parler. On en entends parler, avec entre autres l’excellente critique de Sylvain Cormier au Devoir

Côté disque, parce que je dois bien entendu faire mon travail de critique vinyle, c’est un superbe disque 45 tours de plus de 30 minutes, bien gravé et bien réalisé. Très clairement numérique et maximisé numériquement. On remarque que le volume est dans le tapis constamment, ce qui fait « waver » les instruments, où on perd la basse ou la regagne dépendant du volume ambiant, où les intros qui vont jouer vraiment plus fort que les pièces musicales elles-mêmes. En même temps… je vous retourne sur les années du jump blues, du rockabilly, et même du rock n’ roll : le but est que ça torche. Les 45 tours étaient maximisés avec les moyens du bord, les VU dans le tapis, la distorsion pour en donner encore plus, les tape echo pour garder encore plus de présence musicale, tout pour que les gens entendent notre succès dans le jukebox. Bref : est-ce un crime de lèse-majesté que de désirer un volume maximal sur ce style de musique? Et ne vous inquiétez pas, le numérique ne s’entend pas tant que ça. En fait, ce qui s’entend surtout, c’est la quantité de lampes (ça sent le rack à effets vintage), de micros à condensateurs et de réverbération à ressort. Totally nuts!

Si vous désirez vous déhancher, leurs lancements officiels se font à Montréal le 24 novembre 2018, à Sherbrooke le 7 décembre 2018 et à Québec le 8 décembre 2018!

2018: Les Beaux Sans-Cœur – Ton corps est déjà froid

Pierre Lapointe, version rock!

Album : Ton corps est déjà froid
Artiste : Les beaux sans-cœur

En test : 2018; Vinyle; Album en encart

Étiquette : Audiogram; ADCD 10413

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Notre chansonnier déjanté est de retour avec un autre bel album de ballades doucereuses avec une touche yéyé, des paroles d’amour qui donnent le goût de chanter la pomme à sa douce. Ah… tiens… non! Cette fois-ci, c’est du gros rock très sale, violent, des chansons grivoises. Un tout petit exemple de parole : 1-2-3-4 j’aimerais te prendre à quatre pattes ! Mais ça vous donne une idée : il y a bien la voix de Lapointe, mais ça s’arrête ici! C’est un anachronisme a A à Z, en fait, ça serait un anachronisme si ce n’était de ce qu’on connaît de Pierre Lapointe : il faut s’attendre à se faire décoiffer par ce dernier. Et pour ça, c’est réussi!

On a la sonorité du tapis en shag dans le sous-sol de ses parents avec le bar en bois; on a les petites chansons style punk rock aux paroles sorties de son adolescence; on a la porte de garage ouverte parce que ça joue trop fort et qu’on désire que les voisins l’entendent de toute façon; on a le gros spazz de neuf minutes du décompte avec solos en prime. C’est l’alter ego du yéyé propret des sous-sols d’église de ses autres albums. C’est un gros bonbon de plaisir.

Et côté sonorité, récemment, Pierre Lapointe nous a habitués à des albums parfaitement enregistrés avec une sonorité impeccable. C’est totalement l’opposé ici : si le yéyé est propre, le rock de garage est sale, lourd, tape fort, n’est pas clair du tout. C’est de la grosse déchire. En fait, je dirais en comparatifs que le disque vinyle est presque identique à la version numérique, avec un peu moins de compression sur les kick drums, mais avec un assourdissement d’un disque qui a été saturé. Le vinyle ne respire pas, est moins stéréo, manque de définition. C’est comme s’ils avaient pris la même matrice numérique pour le vinyle et pour le CD, et qu’ils l’avaient aplati pour le faire entrer sur deux faces. Et pourtant, ce n’est pas comme s’il n’y avait pas d’espace. Bref : je ne sais pas, je ne comprends pas, ça aurait pu fesser dans le dash tellement plus fort que ça. Mais non. On adore l’objet, on ira sur le CD pour le moment!

PS : je me suis concentré sur le chanteur ici, mais les musiciens de ce groupe sont en feu, ce sont tous, individuellement, des bombes! Et je ne désire pas passer sous silence la contribution du grand, Philippe Brault. Ces deux-là, ensemble, sont fous!

1985: Zipper – Zip

New Wave Progressif québécois des années 80!

Album: Zip
Artiste: Zipper

En Test: 1985; Vinyle

Étiquette: La Collection; P.C.R. 850315

Ce disque est une rareté d’il y a 30 ans. Il se trouve parfois en disque usagé si vous êtes chanceux!

Ce groupe méconnu de Québec est un peu un anachronisme dans le milieu musical québécois. Non seulement le groupe faisait dans un style de new wave plus rock qu’électro, mais il a été produit et enregistré par feu le grand Denis Champoux, auteur-compositeur-interprète tout d’abord connu pour son côté rock avec Les Megatones entre autres, mais ensuite pour être tombé en amour avec la musique country d’ici. À partir de ses interprétations personnels, en passant par son étiquette La Collection, mais surtout avec son studio d’enregistrement de Cap Rouge qui a vu passer les plus grands du country, il a été une figure emblématique de la musique québécoise.

Mais il faut aller plus loin que de parler d’une folie de producteur avec Zipper. Les musiciens ont roulé leur bosse de nombreuses années, d’une collaboration à l’autre, d’un groupe à l’autre. Jacques Perron, le guitariste rythmique et homme à tout faire du groupe, a même fait la première partie de Roxy Music au Palais du Commerce de Montréal en novembre 1975. Après sa formation en 1980, le groupe a été sélectionné au concours Ville de Nuit de 1983, pour ensuite faire son premier concert en 1984 au Café Campus où M. Champoux leur proposa de réaliser leur premier disque avec lui. Le disque Zip, leur seul, fût terminé l’année d’après.

Ce disque est en deux parties vraiment distinctes. La première face est plus composée de chansons style pop-rock new-wave, avec des progressions d’accords parfois un peu douteuses, la voix de Richard Fouquet un peu incertaine comme on les aime (que celui qui n’aime pas Men At Work et The Smiths lance la première pierre). La deuxième face est réellement plus dans le style rock progressif, avec un concept se suivant toute la durée du côté de disque, des solos de guitare, etc. On reste dans la musique relativement simple, on ne réinventera pas le 12 cordes ici, mais ça donne une bonne touche et ça paraît que les musiciens s’amusent.

Pour la sonorité, le disque est très bien enregistré et représente bien une ère musicale. C’est exactement un disque des années 80 comme il se doit. C’est aussi un peu générique, on ne sent pas exactement le meilleur arrangement qu’il soit, c’est un disque réalisé en une vingtaine de jours avec les musiciens du bord. On ne sent toutefois pas qu’il manque quoi que ce soit. Ce n’est pas une hyper-production 200 voix de console avec une centaine de rubans par chanson et un chœur triple juste pour la forme, mais ça colle parfaitement bien avec le style du moment, et ce qu’ils désiraient réaliser.

 

2018: Automatisme – Transit

Retour du glitch et du field recording

Album: Transit
Artiste: Automatisme

En Test: 2018; Vinyle; 180g

Étiquette: Constellation; CST135

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Automatisme est le projet de William Jourdain, connu chez Fréquences comme un des fous vous proposant ses sélections en travail de jour. C’est un passionné de la théorie musicale, de l’exploration, des artistes poussant la note toujours plus loin. Le 1er octobre 2016, j’avais déjà écrit une publication sur son premier album chez Constellation dans le temps que je les faisais sur mon Facebook. Voici cet article (presque) verbatim (avec quelques fautes d’orthographe corrigées) en encart pour ceux qui ont un intérêt.

Automatisme – Momentform Accumulations

OK, je suis violemment biaisé. Pub copinage! C’est le premier album « grand label » et premier vinyle de mon pote William! C’est aussi son disque le plus accessible. Ses premiers disques autogérés étaient excellents, mais beaucoup plus expérimentaux et cérébraux. Cet album est définitivement d’une autre mouture. En fait, cet album ambiant se danse très bien! Le côté glitch est très assumé, mais il est aussi mis en veilleuse par rapport à l’émotion. Un petit côté assumé industriel et Krautrock-ish viennent conclure le deal.

Côté réalisation, ce disque torche des culs. Il a beaucoup de basses, un noise floor très bas, de la force de caractère. Certaines fréquences ont de la difficulté à certains moments et sont difficiles côté phase, la basse très grave est entre chien et loup. Les aigus sont parfois omniprésents, parfois tronqués. Le choix de laisser une bonne quantité de dead wax afin de préserver au maximum les hautes fréquences au détriment des basses est un choix judicieux, surtout que le matriçage met déjà l’emphase sur ces dernières. La gravure est dynamique et les attaques précises, trait nécessaire à ce type de musique.

Longue vie à Automatisme, Constellation Records et William !

Transit, le dernier volume de la part d’Automatisme, est encore une fois relativement accessible, on y retrouve d’ailleurs un peu la signature post-rock réputée de Constellation, mais avec du glitch et de l’électro à la place de la guitare électrique. Les pièces musicales sont regroupées en un grand tableau pour la première face, un peu comme les fresques à la Slow Riot For New Zero Kanada de GY ! BE, et de plus petits tableaux sur la deuxième face. En stylistique, on se fait plonger dans des ambiances différentes, on se laisse emporter dans différents univers connectés ou disjoints, qu’on peut écouter de manière cérébrale ou naïve. Je vous invite d’ailleurs à écouter un documentaire d’un de nos grands compositeurs à ce propos afin de vous guider à l’écoute plus cérébrale du Field Recording.

Côté sonorité, il y a un intérêt à faire une étude comparative entre le premier album commercial d’Automatisme et ce tout dernier, les deux ayant une signature sonore totalement différente. Malgré que ce soit Harris Newman qui ait réalisé les deux matriçages, les albums ne se ressemblent pas du tout. La version téléchargeable de Transit est d’ailleurs aussi d’une différente sonorité que le vinyle. Après une petite enquête auprès de l’intéressé, le disque vinyle a été matricé avec un prérequis différent de la version numérique, là où la compression est plus accentuée afin de permettre une écoute dans des différentes conditions. En comparaison, le premier disque, Momentform Accumulations, a une spatialisation plus simple et des montages avec des niveaux d’interaction moindres. En d’autres mots, si je dois décrire les albums, Momentform est un album typiquement numérique, même en vinyle. Les plages de fréquences changeant constamment de volume étant une preuve de la maximisation numérique préalable au matriçage. En opposition, on a les deux versions avec Transit. Une première accessible en téléchargement, prêt à l’écoute, avec un volume plus égal à travers l’œuvre, mais avec des fréquences plus variables et un effet de gating plus présent, ce qui se traduit en une plus grande présence de chaque instrument et chaque intervention, qui donne un effet dans notre face.

Et la deuxième, accessible en vinyle, est celle qui mérite notre attention pour cet article. Ce n’est pas un travail simple que de faire un matriçage des albums d’Automatisme. Il faut pouvoir décoder qu’est-ce qui est un effet de volume limité voulu, qu’est-ce qui doit ressortir par-dessus le reste, et qu’est-ce qui est un effet incidental au matriçage numérique à volume élevé. Je vous laisse en écoute de Bureau 1, la deuxième partie du tableau de la face A, pour vous faire une idée du travail d’étude de l’œuvre requis. En plus, la première face est fort bien remplie, avec plus de 20 minutes de musique complexe.

Le niveau d’enregistrement du vinyle est beaucoup plus bas que Momentform ou que la version numérique de Transit, mais en contrepartie, on a droit à un beaucoup plus grand dynamisme. On a aussi droit à des mouvements, le premier Bureau 0 débutant avec un volume faible, avec un ajustement marqué mais naturel vers Bureau 1. Les maximisations et limitations de volume sont limitées à quelques parties les nécessitant, dont la finale avec Bureau 3, dont le glitch maximisé fait partie de l’étude de style de la part de Harris Newman. J’y ai trouvé mon pied : quand la basse omniprésente arrive, les autres instruments ne réagissent pas; quand les glitchs apparaissent, on a soit l’impression qu’ils coulent de souche, ou qu’ils viennent détruire l’ordre établi; quand on a des moments de compression sonore sporadique, ils mettent l’emphase sur un événement en particulier. Ces changements sont heureux si on joue le disque avec un volume plus élevé, mais moins avec une écoute d’ambiance. Si vous avez une bonne chaîne stéréo avec un bon caisson d’extrêmes-graves, sautez sur le vinyle! Très belle gravure!

On achète si on aime FenneszSimon ScottThe Synthetic Dream FoundationVladimir ManovskiModeratUwe Schmidt (Lassigue Bendthaus, …).

RSD2018: Matt Holubowski – Epilogue

EP Québ pop folk en deux ambiances!

Album : Epilogue
Artiste : Matt Holubowski

En Test : 2018; vinyle 10po.; 2018 RSD

Étiquette : Audiogram; 190758060415

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La preuve que La Voix peut parfois mener loin, j’écris bien ici à propos de l’artiste montréalais bilingue qui a été dans l’équipe de Pierre Lapointe en 2014-2015, se rendant jusqu’en finale. Matt Holubowski, ayant clairement touché une corde sensible avec les personnes le découvrant, a été signé peu de temps après la saison par Audiogram. C’était une formalité pour ces derniers, le premier disque de 2014 d’Holubowski, « Ogen, Old Man » s’est écoulé à environ 15 000 exemplaires, tous assemblés à la main par l’artiste lui-même.

Plus tard en 2016, Matt Holubowski sortit un premier album avec Audiogram, « Solitudes ». Il est d’ailleurs toujours en tournée avec le matériel de ce dernier. Mais deux années, c’est long. Alors il a tout de même pensé à nous et a produit un beau petit disque étendu, une première face avec deux chansons avec une plus grande orchestration, et une deuxième face avec des chansons plus simples, avec voix, guitare et très peu d’orchestrations.

Pour la qualité, le disque est impeccablement enregistré, très simple, très efficace. En même temps, le médium du disque vinyle a été plus ou moins créé pour ce genre de pièces, ajoutant juste la bonne quantité de chaleur nécessaire à bien rendre cet artiste bien de chez nous. Malgré une dizaine de minutes par face, le disque de dix pouces s’en sort parfaitement bien, la musique étant très disparate, permettant de bien moduler la gravure et de maximiser l’espace utilisé. Le disque n’est donc pas compressé outre mesure, il n’a pas de bruit de fond, ni une coupure forte sur les hautes fréquences. Très bon travail de Marc Thériault au matriçage, lui qui a été sollicité entre autres par Marie-MaiSafia NolinSteve Hill ainsi que par Ariane Moffatt, et ce, cette année uniquement. [Je ne m’étends que rarement sur l’équipe technique, mais je dois mentionner qu’il a effectué le matriçage de l’excellent CD classique New Worlds d’Ana Sokolovic distribué par Analekta — sautez dessus!] De retour sur notre disque après ce petit aparté, en d’autres mots, par design, ce genre de disque est fait pour les disques vinyle, et à moins de travailler très fort pour massacrer le produit final (ce que beaucoup réussissent hélas – d’où l’utilité de ma chronique), le résultat va être excellent. Hâte de voir le prochain disque!

2018: Orloge Simard – Beuvez Tousjours, Ne Mourez Jamais

Rock trash funky du Saguenay, sans aucune classe et assumé!

Album : Beuvez Tousjours, Ne Mourez Jamais
Artiste : Orloge Simard

En Test : 2018; Vinyle double en encart (300 copies)

Étiquette : Production indépendante (Distribution Select); BFTLP1662

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Je vais le répéter à chaque fois : j’aime ceux qui s’autoproduisent, j’aime les bibittes étranges et j’aime les produits flyés. C’est pour ça que Orloge Simard entre exactement dans mes cordes. Il faut savoir que Orloge, c’est un personnage fictif : c’est le pendant misogyne, trash, sans aucune classe, parlant de cul, qui dit tout haut et qui sacre comme un charretier de Olivier Simard, preuve que d’aller à l’université en lettres ne t’empêche pas de sortir des textes de la poudrière. Issu d’une union peu recommandable entre Mononc’ Serge et Otarie en trip à trois avec les Horny Bitches et des Cowboy Fringants qui sont découragés en imprésarios, le quintette sort de son bandcamp pour son deuxième album, et persiste et signe sur leur côté trash. Le CD, sorti en 2017, a fait le tour des bars, des cégeps et universités de la province avec des chansons déjantées pour DJ rebelles. Heureux de retrouver ça en vinyle!

Au Cégep, j’étais spectateur à un concours où des jeunes interprètes se donnaient. Un de ces derniers a pris comme chanson Jonquière de Plume Latraverse, il était bien parti avec toute la salle qui chantait avec lui… jusqu’à ce qu’il s’excuse avant de dire « Fou comme une plotte ». Il s’est excusé! Il a perdu toute crédibilité à cet instant. Il n’a absolument pas assumé son choix de chanson. Eh bien, je peux dire avec certitude absolue que jamais ce chanteur-interprète n’aurait pu prendre une seule des chansons de cet album! Voler haut? Si on pose la question, on ne comprend pas le groupe hautement coloré et caricatural. En même temps, c’est bien interprété, mais il ne faut pas chercher la profondeur dans les textes. En fait, si, il faut : c’est une démarche totalement artistique et bien recherchée de la part de Simard, et il faut bien évidemment prendre le tout au second degré, voir la poésie du côté trash assumé et des situations sorties de l’imaginaire collectif du personnage sans classe de son voisinage.

Et côté qualité, on parle de quoi? C’est un bel album double avec tous les ingrédients nécessaires afin de créer un parfait album. Une quinzaine de minutes par face ou moins, un disque lourd, peu de disques pour user la matrice de pressage. Hélas, le groupe Orloge n’a pas su faire un matriçage efficace pour les vinyles. Le tout est maximisé comme sur YouTube, les débuts de chansons à la guitare gardent le même volume que la suite plus rockée. On pense au début avec Crescendo qui n’est pas du tout en crescendo, justement. J’ai tout de même l’impression qu’ils ont utilisé un matriçage légèrement différent que leur CD avec une version de plus haute résolution. La chaleur y est, la précision y est, mais ça aurait pu être mieux. En même temps, comme premier vinyle, c’est un bon départ.

Réédition 1987/RSD2018: Voïvod – Too Scared To Scream / Cockroaches

Réédition de notre groupe mythique de thrash!

Album : Too Scared To Scream / Cockroaches
Artiste : Voïvod

V.O. : 1987; vinyle (Picture Disc 12″); Noise International; R 0085; Allemagne

En Test : 2018 Record Store Day; Vinyle (Picture Disc 12″ 45RPM)

Étiquette : Noise International, BMG; NOISET050

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À l’aide de la pochette de disque passant le plus inaperçue du RSD, on a droit à une réédition d’un simple qui avait été produit à petite échelle en 1987. Je dois l’avouer, j’ai eu à le demander à l’équipe afin de trouver le disque. Sur la pochette, on voit le logo de Noise International, et c’est à peu près tout. Les deux logos Voïvod sont presque cachés par la bordure en carton. Et malgré le prix prohibitif (plus de 20 $ pour un simple de deux chansons de quatre minutes), je me devais simplement de l’avoir.

Pour les intéressés, je suis un fan fini de Voïvod. Ils ont d’ailleurs le prix prestigieux du vinyle le plus dispendieux que j’ai eu à acheter, avec une copie parfaite encore scellée de Nothingface, il y a quelques années. Alors de savoir qu’ils ont une offre internationale, je me devais de sauter dessus.

Maiscékiça Voïvod? C’est un groupe de Jonquière, fondé au début des années 80 par Piggy (Denis D’Amour, 1959-2005), guitariste. Ils font dans la musique surnommée thrash, qui est un mélange de métal, de punk rock et de hardcore, bref, tout dans la subtilité. Mais justement, ce groupe fait dans la subtilité. Il n’y a pas seulement du gros bœuf qui joue à s’en déchirer les tympans, il y a aussi des albums appréciés des amateurs de rock progressif, des albums fort lyriques, avec beaucoup de détails et subtilités. Ça reste du très gros rock, bien évidemment, mais c’est de la musique tout aussi cérébrale que de la musique à se lancer sur son voisin dans le mosh pit. Surtout, nul n’est prophète dans son pays : ils sont adorés en Europe et aux États-Unis, mais peu connus ici. Ils se produisent avec les plus grands à travers les années, on peut penser à Celtic FrostPossessedFaith No MoreRushSoundgarden et Deathrow. Si vous allez faire votre tour sur AllMusic, vous allez y retrouver une discographie étoffée avec moult commentaires et critiques. Les métalleux préféreront bien évidemment aller visiter leur article sur l’Encyclopaedia Metallum.

Je vais tout de même mettre mon chapeau éditorialiste et vais dire que ce disque n’est pas un disque nécessaire, et c’est un brin bâclé hélas. C’est un simple, trop dispendieux, d’une version qu’on peut obtenir à 30-40 $ en original de 1987. C’est un album qui n’avait pas droit à l’étiquette Record Store Day alors il est passé inaperçu. D’autant plus qu’il n’a aucune description sur la pochette. Si le but était de ressortir un chef d’œuvre thrash, ce disque réellement excellent, mais ce n’est pas nécessairement un chef d’œuvre. Si le but est de rappeler à la planète que Voïvod existe encore, eh bien, oui, le groupe roule encore sa bosse, produit encore d’excellents albums et se produit encore en spectacles méritant le détour. Mais ce n’est pas utile. Et surtout, le disque est un picture disc qui a bien sa place dans le palmarès du bruit de fond de disques. Non, je dois dire, pour un Record Store Day, ce n’est pas utile comme sortie, ils auraient pu trouver mieux, preuve est que le disque est dorénavant disponible à plus faible coût que la journée de sa sortie. Néanmoins, le disque possède sa place dans une collection complète de Voïvod, et leur étiquette est en train de passer à travers tous leurs disques depuis le tout premier, et ils les rééditent en 180 grammes lors des trentième anniversaires, y compris ce disque simple. Petite note qualité : ma face A est excellente, ma face B possède beaucoup de bruit de fond. C’est un picture disc, je m’attendais à pire, c’est relativement correct.

Réédition 1993/RSD2018: Les Colocs + Retour RSD

Le premier disque à écouter après un tel RSD, c’est bien évidemment l’album «des Colocs»! Mais avant, un petit retour sur la dernière mouture du Record Store Day.

Quelle belle journée, un peu fraîche à l’attente devant le magasin, mais avec plein de gens passionnés qui y tient des conversations toutes plus intéressantes les unes que les autres, les sourires au visage, la joie de revoir les amis des années précédentes ! Surtout, quelle belle quantité de matériel, quels bons disques et tellement de beaux disques, des éditions pour tout le monde ! Plusieurs n’ont eu aucun disque en commun avec moi, d’autres, quelques un. La majeure partie des gens sont repartis avec beaucoup de ce qu’ils recherchaient, ce qui est génial.

Avertissement: ceci est écrit par Michel, je ne suis pas employé par Fréquences, j’écris pour le compte de Fréquences avec une liberté littéraire absolue. Je peux démolir un album tout comme l’encenser, je peux parler de ce que je désire (dans des limites respectables) et personne de chez Fréquences ne sait que je vais écrire cet article. Je ne suis dans aucun secret des Dieux, et ne paye pas mes bills avec de tels articles. C’est juste normal pour moi de l’écrire. Peut-être que JF va me dire que j’y suis allé un peu fort, peut-être que je suis dans le champ, peut-être qu’il va être heureux, peut-être qu’il va devoir faire affaire à Mirador. Prenez donc le tout avec le grain de sel nécessaire.

C’est l’heure de rafraîchir les pendules par rapport à beaucoup de points sur le Record Store Day. Depuis 2 ans, on a droit à un barrage de gens qui sont fièrement hors de cet événement mercantile s’il en est un. C’est bien correct, et je peux concevoir, sur les plus gros magasins, que le Record Store Day semble être mercantile, avec des files d’attente parsemées de scalpers à partir de minuit, dont eux et leurs familles se séparent les rangées et ramassent tout ce qui peut être légèrement rare. Parfois, des magasins avec une seule copie de Pink Floyd, ou avec une pile de disques minables qui ne méritent aucune réédition vinyle, disques qui se retrouvent dans le bac à un dollar quelques mois après leur sortie.

C’est vrai qu’il y a plusieurs années, le RSD était synonyme de qualité, et les disquaires tentaient de mettre la main sur tout ce qu’ils pouvaient de cet événement. Une de ces années, il y a eu beaucoup plus de disques, et les gens ont tout acheté. L’année d’après, il y en a eu encore beaucoup plus, les disquaires se sont montés des bills de plusieurs dizaines de milliers de dollars, et les gens ont compris que ce n’était pas seulement des disques en or… alors les disquaires sont restés avec leur stock. Le hic, et ce qu’il faut comprendre, c’est que les disques vinyle ne peuvent que rarement être retournés aux distributeurs, surtout quand c’est pour le Record Store Day. C’est vente ferme pour les disquaires! Pris avec des dettes et un lot de matériel dont même Discogs ne voulait pas, quelques-uns ont hélas fermé leurs portes. Et hélas, l’année d’après, les gens ont eu les sarcasmes dans le tapis, avec des disquaires qui ont refusé de supporter l’événement, avec des gens qui ne voient que des versions à cinquante dollars de disques qu’ils peuvent trouver dans une boîte à un dollar, version originale, en parfait état. Vous savez, la journée qu’ils vont ressortir Guilty de Barbra Streisand, que je dois avoir en douze exemplaires chez moi (et je ne suis pas disquaire! Imaginez ces derniers!), je vais vraiment crier en chœur moi aussi!

Et vous savez quoi? Ça va arriver un jour [sacres]! Et je suis content de ça! Pourquoi?

Parce que depuis ce jour, les disquaires qui sont restés de mèche avec le Record Store Day, ils ont compris qu’ils devaient faire leur travail de disquaire! Si vous avez un gros magasin, vous désirez probablement ratisser large, faire plaisir aux revendeurs avec leurs disques qu’ils vont pouvoir revendre avec profit sur Discogs, ensuite d’avoir amplement de copies de ce que leurs clients risquent désirer avoir, et quelques disques spéciaux pour se faire plaisir. Si vous avez un disque spécialisé en musique électro, vous allez probablement récupérer quelques sorties électro pour leurs admirateurs, ainsi que quelques valeurs sûres, juste parce que. Et si vous avez un magasin de région comme Fréquences, vous allez surtout y aller avec votre expérience, et votre connaissance de vos clients, de leurs goûts. Au diable les revendeurs, qu’ils viennent et qu’ils se rendent compte eux-mêmes qu’ils n’y trouveront pas leurs disques. En d’autres mots, que le disquaire fasse son travail de nettoyage des listes de vente, qu’ils n’aillent pas chercher cinquante copies du simple de Grace Jones qui se retrouvera en revente à 1$ quelques mois après, mais qu’ils en aient une copie pour moi parce que moi je l’aime.

Et vous savez quoi? Les clients ont depuis décidé de faire leur travail de clients! Ce n’est pas parce qu’il y a une copie ultra-belle d’un disque rare Deutsche qu’il faut nécessairement l’acheter à 70$ pour un disque simple. C’est parfaitement correct de ne pas acheter le dernier Madonna parce qu’on en a déjà une copie d’origine. Ou même si j’adore Tom Waits, j’ai déjà le coffret Bastards, alors que d’en acheter une copie colorée, je peux passer à côté, même si c’est foule plusse de bon meilleur que le coffret [sic]. Je peux même passer à côté d’un Pink Floyd Mono juste parce que pourquoi? Ce n’est pas parce qu’on croît qu’un disque va valoir des sous qu’on devrait l’acheter: ça s’appelle de la spéculation, et à moins que ce ne soit votre travail, vous devriez laisser faire cette idée. C’est un peu comme les monnaies crypto, les Bitcoins, Litecoins, Ripple et alias à la mode présentement: mettez-y des sous si vous le désirez, mais c’est de la spéculation pure et dure à propos d’un objet qui ne sert à rien et ne vaut rien par défaut! Peut-être que vous allez payer votre maison et plus, peut-être (probablement) que vous allez tout perdre. Même chose pour la bourse. Même chose pour les vinyles. Ça peut valoir beaucoup ou non. Moi je crois que le coffret de Johnny Cash est très peu dispendieux, et qu’il va valoir beaucoup de sous à terme, tant qu’ils n’en sortent pas une autre copie illimitée. C’est une méchante offre spéciale! Mais c’est de la spéculation, et ce n’est pas mon travail. Ça peut valoir 20$ dans quelques mois, comme ça peut valoir 2000$. Ce que je sais, c’est que je n’ai pas pu avoir le coffret, j’aurais aimé l’avoir, parce que j’aime le Country et que je trouve que c’est une sale belle offre! Ça, ce n’est pas de la spéculation!

Bref: je suis heureux de mes disques, beaucoup avaient le gros sourire, c’était un beau happening et je suis tout aussi heureux pour ceux qui s’y sont rendus et qui n’ont acheté absolument rien du RSD, c’est génial aussi! C’est votre choix après tout. Mais je ne jetterai pas le bébé avec l’eau du bain, simplement parce que certains se sont fait flouer et ont laissé de côté leur sens critique pour quelques instants et en ont gros sur le cœur.

Sur ce…

Album: Les Colocs
Artiste: Les Colocs

V.O.: 1993 CD; BMG Musique; 74321-10557-2

En Test: 2018 Vinyle Translucide (RSD)

Étiquette: BMG Musique Canada, Sony; 74321 10557 1

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Alors il y a 1500 copies du tout premier album des Colocs en vinyle! Quand on parle de la raison d’être du Record Store Day, c’est exactement ça. Un disque de 1993, qui a toujours été un bon vendeur, qui, après 25 ans, a droit à une très belle sortie vinyle. Je vais passer très rapidement sur le disque, c’est le premier du groupe Les Colocs, c’est la première fois qu’on les a vus arriver dans le paysage médiatique, et quelle impression ils ont faits! Qui ne connaît pas quelques paroles d’une des chansons de cet album?

Non, je vais surtout me concentrer sur une des réalités des disques du Record Store Day: je suis chanceux, mon disque est impeccable. Mais selon ce que j’ai lu sur les médias sociaux, je suis chanceux, certains ayant des faces du disque qui ne sont pas dignes de mention. En fait, un des coins de ma pochette intérieure était plié, c’est l’étendue de mes dommages. Problèmes de gravure, problèmes de manutention, problèmes de montage des disques (à la main) en usine? Avec des carnets de commandes bondées et prévues des mois à l’avance pour préparer le RSD, il faut s’attendre à avoir des ratés de production hélas. Ça arrive. Et ça dénote un petit manque de vérification de qualité aussi chez les étiquettes de disque.

Sinon, le plastique d’un disque transparent va tendre à être un peu plus dur que le plastique des disques noirs, donc il va conserver beaucoup plus de poussière et de résidus de pressage. Je recommande toujours de consciencieusement nettoyer les nouveaux disques avec votre procédé préféré (eau, aspirateur, spinclean, ultrasons, colle si vous voulez; traitement Last même si vous voulez) avant une première écoute. Vous allez voir votre niveau de bruit de fond descendre de façon notable, et en plus, vous risquez de protéger votre aiguille préférée des gros morceaux de plastique coupant qui peuvent être restés pris dans les sillons.

Et pour moi, avec l’écoute, c’était le nirvana! Quelle belle gravure! Pas parfaite, mais vraiment excellente! Si vous avez un beau disque, c’est réellement le pied, on se retrouve plongés dans les années 90 et les larmes ressurgissent avec les souvenirs. À partir de là, est-ce que ça pourrait être mieux? Peut-être … mais ça serait difficile!

1980: Chant grégorien par le Choeur des Moines de l’Abbaye Saint-Benoit-du-Lac

La grandeur d’âme, version québécoise!

Album: Chant grégorien par …
Artiste: Chœur des Moines de l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac

En test: 1980; Vinyle

Étiquette: Radio-Québec; SBL 0880

Nous avons la chance d’avoir une grande abbaye au Québec: Saint-Benoît-du-Lac est un endroit de pèlerinage et de retraite dans laquelle beaucoup se rendent afin de se déconnecter de la vie moderne, se reconnecter à eux-mêmes et au sacré, à ce qu’il y a d’important. Les moines bénédictins de l’abbaye y vivent selon la règle monastique de Saint-Benoit depuis désormais plus de cent années, ce qui ne les empêche pas d’être accueillants. Auberge, fromages, mais surtout pour nous, musique!

À chaque dizaine d’années, un groupe s’intéresse à la mouture du moment du Chœur. Dans les années 70, c’était Radio Canada International. Dans les années 80, c’était l’émission Chant grégorien et orgue de Radio-Québec, dans les années 90, l’étiquette Analekta, en 2000, ATMA Classique. Entrecoupé dans tout ça, le Chœur s’est produit, réalisant des albums depuis les années 60 ou même avant, pour le plus grand bonheur de leurs visiteurs.

Cet album est un des rares qui est produit par Radio-Québec. Ces derniers ne sont pas reconnus pour leurs albums. En fait, ils ont prêté leur nom et le financement afin de produire leur émission, mais le disque est bel et bien enregistré par l’Abbaye, on le remarque d’ailleurs avec l’identification SBL du disque.

Côté enregistrement, c’est bien fait, avec un orgue et un chœur en belle communion, mais une sonorité légèrement métallique, qui n’a pas beaucoup d’espace, de staging et un microphone probablement légèrement mésadapté. La coupure des pistes a aussi été faite à la va-vite, on entend l’atmosphère changer entre plusieurs des pistes, faute d’avoir attendu assez longtemps pour nous laisser respirer avec les chanteurs et d’avoir fait un fondu enchaîné. Et le disque lui-même est gravé avec une technique un peu simpliste. Ça hume la compilation réalisée en plusieurs séances.

Mais pour tous ces problèmes, il y a un côté naïf à la gravure du disque qui donne un résultat qui n’est pas à négliger. L’utilisation d’un ruban simple sans technique de réduction de bruit; l’utilisation d’un disque gravé simplement, sans extras; l’utilisation de la musique sans technique moderne de traitement; la simplicité de la prise de son, la simplicité de l’offre musicale, ça donne un côté accessible, beau et chaleureux, et ça n’a rien à envier à beaucoup de nos albums modernes qui sont au contraire surproduits. Le dynamisme, discret étant donné le style musical, est néanmoins bien présent, et même en abondance si on y porte attention. Un superbe disque! Suggestion: Cherchez-en une copie absolument parfaite, sinon vous allez regretter l’omniprésence des bruits de surface!