2018: Automatisme – Transit

Retour du glitch et du field recording

Album: Transit
Artiste: Automatisme

En Test: 2018; Vinyle; 180g

Étiquette: Constellation; CST135

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

Automatisme est le projet de William Jourdain, connu chez Fréquences comme un des fous vous proposant ses sélections en travail de jour. C’est un passionné de la théorie musicale, de l’exploration, des artistes poussant la note toujours plus loin. Le 1er octobre 2016, j’avais déjà écrit une publication sur son premier album chez Constellation dans le temps que je les faisais sur mon Facebook. Voici cet article (presque) verbatim (avec quelques fautes d’orthographe corrigées) en encart pour ceux qui ont un intérêt.

Automatisme – Momentform Accumulations

OK, je suis violemment biaisé. Pub copinage! C’est le premier album « grand label » et premier vinyle de mon pote William! C’est aussi son disque le plus accessible. Ses premiers disques autogérés étaient excellents, mais beaucoup plus expérimentaux et cérébraux. Cet album est définitivement d’une autre mouture. En fait, cet album ambiant se danse très bien! Le côté glitch est très assumé, mais il est aussi mis en veilleuse par rapport à l’émotion. Un petit côté assumé industriel et Krautrock-ish viennent conclure le deal.

Côté réalisation, ce disque torche des culs. Il a beaucoup de basses, un noise floor très bas, de la force de caractère. Certaines fréquences ont de la difficulté à certains moments et sont difficiles côté phase, la basse très grave est entre chien et loup. Les aigus sont parfois omniprésents, parfois tronqués. Le choix de laisser une bonne quantité de dead wax afin de préserver au maximum les hautes fréquences au détriment des basses est un choix judicieux, surtout que le matriçage met déjà l’emphase sur ces dernières. La gravure est dynamique et les attaques précises, trait nécessaire à ce type de musique.

Longue vie à Automatisme, Constellation Records et William !

Transit, le dernier volume de la part d’Automatisme, est encore une fois relativement accessible, on y retrouve d’ailleurs un peu la signature post-rock réputée de Constellation, mais avec du glitch et de l’électro à la place de la guitare électrique. Les pièces musicales sont regroupées en un grand tableau pour la première face, un peu comme les fresques à la Slow Riot For New Zero Kanada de GY ! BE, et de plus petits tableaux sur la deuxième face. En stylistique, on se fait plonger dans des ambiances différentes, on se laisse emporter dans différents univers connectés ou disjoints, qu’on peut écouter de manière cérébrale ou naïve. Je vous invite d’ailleurs à écouter un documentaire d’un de nos grands compositeurs à ce propos afin de vous guider à l’écoute plus cérébrale du Field Recording.

Côté sonorité, il y a un intérêt à faire une étude comparative entre le premier album commercial d’Automatisme et ce tout dernier, les deux ayant une signature sonore totalement différente. Malgré que ce soit Harris Newman qui ait réalisé les deux matriçages, les albums ne se ressemblent pas du tout. La version téléchargeable de Transit est d’ailleurs aussi d’une différente sonorité que le vinyle. Après une petite enquête auprès de l’intéressé, le disque vinyle a été matricé avec un prérequis différent de la version numérique, là où la compression est plus accentuée afin de permettre une écoute dans des différentes conditions. En comparaison, le premier disque, Momentform Accumulations, a une spatialisation plus simple et des montages avec des niveaux d’interaction moindres. En d’autres mots, si je dois décrire les albums, Momentform est un album typiquement numérique, même en vinyle. Les plages de fréquences changeant constamment de volume étant une preuve de la maximisation numérique préalable au matriçage. En opposition, on a les deux versions avec Transit. Une première accessible en téléchargement, prêt à l’écoute, avec un volume plus égal à travers l’œuvre, mais avec des fréquences plus variables et un effet de gating plus présent, ce qui se traduit en une plus grande présence de chaque instrument et chaque intervention, qui donne un effet dans notre face.

Et la deuxième, accessible en vinyle, est celle qui mérite notre attention pour cet article. Ce n’est pas un travail simple que de faire un matriçage des albums d’Automatisme. Il faut pouvoir décoder qu’est-ce qui est un effet de volume limité voulu, qu’est-ce qui doit ressortir par-dessus le reste, et qu’est-ce qui est un effet incidental au matriçage numérique à volume élevé. Je vous laisse en écoute de Bureau 1, la deuxième partie du tableau de la face A, pour vous faire une idée du travail d’étude de l’œuvre requis. En plus, la première face est fort bien remplie, avec plus de 20 minutes de musique complexe.

Le niveau d’enregistrement du vinyle est beaucoup plus bas que Momentform ou que la version numérique de Transit, mais en contrepartie, on a droit à un beaucoup plus grand dynamisme. On a aussi droit à des mouvements, le premier Bureau 0 débutant avec un volume faible, avec un ajustement marqué mais naturel vers Bureau 1. Les maximisations et limitations de volume sont limitées à quelques parties les nécessitant, dont la finale avec Bureau 3, dont le glitch maximisé fait partie de l’étude de style de la part de Harris Newman. J’y ai trouvé mon pied : quand la basse omniprésente arrive, les autres instruments ne réagissent pas; quand les glitchs apparaissent, on a soit l’impression qu’ils coulent de souche, ou qu’ils viennent détruire l’ordre établi; quand on a des moments de compression sonore sporadique, ils mettent l’emphase sur un événement en particulier. Ces changements sont heureux si on joue le disque avec un volume plus élevé, mais moins avec une écoute d’ambiance. Si vous avez une bonne chaîne stéréo avec un bon caisson d’extrêmes-graves, sautez sur le vinyle! Très belle gravure!

On achète si on aime FenneszSimon ScottThe Synthetic Dream FoundationVladimir ManovskiModeratUwe Schmidt (Lassigue Bendthaus, …).

RSD2018: Matt Holubowski – Epilogue

EP Québ pop folk en deux ambiances!

Album : Epilogue
Artiste : Matt Holubowski

En Test : 2018; vinyle 10po.; 2018 RSD

Étiquette : Audiogram; 190758060415

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

La preuve que La Voix peut parfois mener loin, j’écris bien ici à propos de l’artiste montréalais bilingue qui a été dans l’équipe de Pierre Lapointe en 2014-2015, se rendant jusqu’en finale. Matt Holubowski, ayant clairement touché une corde sensible avec les personnes le découvrant, a été signé peu de temps après la saison par Audiogram. C’était une formalité pour ces derniers, le premier disque de 2014 d’Holubowski, « Ogen, Old Man » s’est écoulé à environ 15 000 exemplaires, tous assemblés à la main par l’artiste lui-même.

Plus tard en 2016, Matt Holubowski sortit un premier album avec Audiogram, « Solitudes ». Il est d’ailleurs toujours en tournée avec le matériel de ce dernier. Mais deux années, c’est long. Alors il a tout de même pensé à nous et a produit un beau petit disque étendu, une première face avec deux chansons avec une plus grande orchestration, et une deuxième face avec des chansons plus simples, avec voix, guitare et très peu d’orchestrations.

Pour la qualité, le disque est impeccablement enregistré, très simple, très efficace. En même temps, le médium du disque vinyle a été plus ou moins créé pour ce genre de pièces, ajoutant juste la bonne quantité de chaleur nécessaire à bien rendre cet artiste bien de chez nous. Malgré une dizaine de minutes par face, le disque de dix pouces s’en sort parfaitement bien, la musique étant très disparate, permettant de bien moduler la gravure et de maximiser l’espace utilisé. Le disque n’est donc pas compressé outre mesure, il n’a pas de bruit de fond, ni une coupure forte sur les hautes fréquences. Très bon travail de Marc Thériault au matriçage, lui qui a été sollicité entre autres par Marie-MaiSafia NolinSteve Hill ainsi que par Ariane Moffatt, et ce, cette année uniquement. [Je ne m’étends que rarement sur l’équipe technique, mais je dois mentionner qu’il a effectué le matriçage de l’excellent CD classique New Worlds d’Ana Sokolovic distribué par Analekta — sautez dessus!] De retour sur notre disque après ce petit aparté, en d’autres mots, par design, ce genre de disque est fait pour les disques vinyle, et à moins de travailler très fort pour massacrer le produit final (ce que beaucoup réussissent hélas – d’où l’utilité de ma chronique), le résultat va être excellent. Hâte de voir le prochain disque!

2018: Orloge Simard – Beuvez Tousjours, Ne Mourez Jamais

Rock trash funky du Saguenay, sans aucune classe et assumé!

Album : Beuvez Tousjours, Ne Mourez Jamais
Artiste : Orloge Simard

En Test : 2018; Vinyle double en encart (300 copies)

Étiquette : Production indépendante (Distribution Select); BFTLP1662

Acheter le disque vinyle double chez Fréquences

Acheter le CD chez Fréquences

Je vais le répéter à chaque fois : j’aime ceux qui s’autoproduisent, j’aime les bibittes étranges et j’aime les produits flyés. C’est pour ça que Orloge Simard entre exactement dans mes cordes. Il faut savoir que Orloge, c’est un personnage fictif : c’est le pendant misogyne, trash, sans aucune classe, parlant de cul, qui dit tout haut et qui sacre comme un charretier de Olivier Simard, preuve que d’aller à l’université en lettres ne t’empêche pas de sortir des textes de la poudrière. Issu d’une union peu recommandable entre Mononc’ Serge et Otarie en trip à trois avec les Horny Bitches et des Cowboy Fringants qui sont découragés en imprésarios, le quintette sort de son bandcamp pour son deuxième album, et persiste et signe sur leur côté trash. Le CD, sorti en 2017, a fait le tour des bars, des cégeps et universités de la province avec des chansons déjantées pour DJ rebelles. Heureux de retrouver ça en vinyle!

Au Cégep, j’étais spectateur à un concours où des jeunes interprètes se donnaient. Un de ces derniers a pris comme chanson Jonquière de Plume Latraverse, il était bien parti avec toute la salle qui chantait avec lui… jusqu’à ce qu’il s’excuse avant de dire « Fou comme une plotte ». Il s’est excusé! Il a perdu toute crédibilité à cet instant. Il n’a absolument pas assumé son choix de chanson. Eh bien, je peux dire avec certitude absolue que jamais ce chanteur-interprète n’aurait pu prendre une seule des chansons de cet album! Voler haut? Si on pose la question, on ne comprend pas le groupe hautement coloré et caricatural. En même temps, c’est bien interprété, mais il ne faut pas chercher la profondeur dans les textes. En fait, si, il faut : c’est une démarche totalement artistique et bien recherchée de la part de Simard, et il faut bien évidemment prendre le tout au second degré, voir la poésie du côté trash assumé et des situations sorties de l’imaginaire collectif du personnage sans classe de son voisinage.

Et côté qualité, on parle de quoi? C’est un bel album double avec tous les ingrédients nécessaires afin de créer un parfait album. Une quinzaine de minutes par face ou moins, un disque lourd, peu de disques pour user la matrice de pressage. Hélas, le groupe Orloge n’a pas su faire un matriçage efficace pour les vinyles. Le tout est maximisé comme sur YouTube, les débuts de chansons à la guitare gardent le même volume que la suite plus rockée. On pense au début avec Crescendo qui n’est pas du tout en crescendo, justement. J’ai tout de même l’impression qu’ils ont utilisé un matriçage légèrement différent que leur CD avec une version de plus haute résolution. La chaleur y est, la précision y est, mais ça aurait pu être mieux. En même temps, comme premier vinyle, c’est un bon départ.

Réédition 1987/RSD2018: Voïvod – Too Scared To Scream / Cockroaches

Réédition de notre groupe mythique de thrash!

Album : Too Scared To Scream / Cockroaches
Artiste : Voïvod

V.O. : 1987; vinyle (Picture Disc 12″); Noise International; R 0085; Allemagne

En Test : 2018 Record Store Day; Vinyle (Picture Disc 12″ 45RPM)

Étiquette : Noise International, BMG; NOISET050

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

À l’aide de la pochette de disque passant le plus inaperçue du RSD, on a droit à une réédition d’un simple qui avait été produit à petite échelle en 1987. Je dois l’avouer, j’ai eu à le demander à l’équipe afin de trouver le disque. Sur la pochette, on voit le logo de Noise International, et c’est à peu près tout. Les deux logos Voïvod sont presque cachés par la bordure en carton. Et malgré le prix prohibitif (plus de 20 $ pour un simple de deux chansons de quatre minutes), je me devais simplement de l’avoir.

Pour les intéressés, je suis un fan fini de Voïvod. Ils ont d’ailleurs le prix prestigieux du vinyle le plus dispendieux que j’ai eu à acheter, avec une copie parfaite encore scellée de Nothingface, il y a quelques années. Alors de savoir qu’ils ont une offre internationale, je me devais de sauter dessus.

Maiscékiça Voïvod? C’est un groupe de Jonquière, fondé au début des années 80 par Piggy (Denis D’Amour, 1959-2005), guitariste. Ils font dans la musique surnommée thrash, qui est un mélange de métal, de punk rock et de hardcore, bref, tout dans la subtilité. Mais justement, ce groupe fait dans la subtilité. Il n’y a pas seulement du gros bœuf qui joue à s’en déchirer les tympans, il y a aussi des albums appréciés des amateurs de rock progressif, des albums fort lyriques, avec beaucoup de détails et subtilités. Ça reste du très gros rock, bien évidemment, mais c’est de la musique tout aussi cérébrale que de la musique à se lancer sur son voisin dans le mosh pit. Surtout, nul n’est prophète dans son pays : ils sont adorés en Europe et aux États-Unis, mais peu connus ici. Ils se produisent avec les plus grands à travers les années, on peut penser à Celtic FrostPossessedFaith No MoreRushSoundgarden et Deathrow. Si vous allez faire votre tour sur AllMusic, vous allez y retrouver une discographie étoffée avec moult commentaires et critiques. Les métalleux préféreront bien évidemment aller visiter leur article sur l’Encyclopaedia Metallum.

Je vais tout de même mettre mon chapeau éditorialiste et vais dire que ce disque n’est pas un disque nécessaire, et c’est un brin bâclé hélas. C’est un simple, trop dispendieux, d’une version qu’on peut obtenir à 30-40 $ en original de 1987. C’est un album qui n’avait pas droit à l’étiquette Record Store Day alors il est passé inaperçu. D’autant plus qu’il n’a aucune description sur la pochette. Si le but était de ressortir un chef d’œuvre thrash, ce disque réellement excellent, mais ce n’est pas nécessairement un chef d’œuvre. Si le but est de rappeler à la planète que Voïvod existe encore, eh bien, oui, le groupe roule encore sa bosse, produit encore d’excellents albums et se produit encore en spectacles méritant le détour. Mais ce n’est pas utile. Et surtout, le disque est un picture disc qui a bien sa place dans le palmarès du bruit de fond de disques. Non, je dois dire, pour un Record Store Day, ce n’est pas utile comme sortie, ils auraient pu trouver mieux, preuve est que le disque est dorénavant disponible à plus faible coût que la journée de sa sortie. Néanmoins, le disque possède sa place dans une collection complète de Voïvod, et leur étiquette est en train de passer à travers tous leurs disques depuis le tout premier, et ils les rééditent en 180 grammes lors des trentième anniversaires, y compris ce disque simple. Petite note qualité : ma face A est excellente, ma face B possède beaucoup de bruit de fond. C’est un picture disc, je m’attendais à pire, c’est relativement correct.

Réédition 1993/RSD2018: Les Colocs + Retour RSD

Le premier disque à écouter après un tel RSD, c’est bien évidemment l’album «des Colocs»! Mais avant, un petit retour sur la dernière mouture du Record Store Day.

Quelle belle journée, un peu fraîche à l’attente devant le magasin, mais avec plein de gens passionnés qui y tient des conversations toutes plus intéressantes les unes que les autres, les sourires au visage, la joie de revoir les amis des années précédentes ! Surtout, quelle belle quantité de matériel, quels bons disques et tellement de beaux disques, des éditions pour tout le monde ! Plusieurs n’ont eu aucun disque en commun avec moi, d’autres, quelques un. La majeure partie des gens sont repartis avec beaucoup de ce qu’ils recherchaient, ce qui est génial.

Avertissement: ceci est écrit par Michel, je ne suis pas employé par Fréquences, j’écris pour le compte de Fréquences avec une liberté littéraire absolue. Je peux démolir un album tout comme l’encenser, je peux parler de ce que je désire (dans des limites respectables) et personne de chez Fréquences ne sait que je vais écrire cet article. Je ne suis dans aucun secret des Dieux, et ne paye pas mes bills avec de tels articles. C’est juste normal pour moi de l’écrire. Peut-être que JF va me dire que j’y suis allé un peu fort, peut-être que je suis dans le champ, peut-être qu’il va être heureux, peut-être qu’il va devoir faire affaire à Mirador. Prenez donc le tout avec le grain de sel nécessaire.

C’est l’heure de rafraîchir les pendules par rapport à beaucoup de points sur le Record Store Day. Depuis 2 ans, on a droit à un barrage de gens qui sont fièrement hors de cet événement mercantile s’il en est un. C’est bien correct, et je peux concevoir, sur les plus gros magasins, que le Record Store Day semble être mercantile, avec des files d’attente parsemées de scalpers à partir de minuit, dont eux et leurs familles se séparent les rangées et ramassent tout ce qui peut être légèrement rare. Parfois, des magasins avec une seule copie de Pink Floyd, ou avec une pile de disques minables qui ne méritent aucune réédition vinyle, disques qui se retrouvent dans le bac à un dollar quelques mois après leur sortie.

C’est vrai qu’il y a plusieurs années, le RSD était synonyme de qualité, et les disquaires tentaient de mettre la main sur tout ce qu’ils pouvaient de cet événement. Une de ces années, il y a eu beaucoup plus de disques, et les gens ont tout acheté. L’année d’après, il y en a eu encore beaucoup plus, les disquaires se sont montés des bills de plusieurs dizaines de milliers de dollars, et les gens ont compris que ce n’était pas seulement des disques en or… alors les disquaires sont restés avec leur stock. Le hic, et ce qu’il faut comprendre, c’est que les disques vinyle ne peuvent que rarement être retournés aux distributeurs, surtout quand c’est pour le Record Store Day. C’est vente ferme pour les disquaires! Pris avec des dettes et un lot de matériel dont même Discogs ne voulait pas, quelques-uns ont hélas fermé leurs portes. Et hélas, l’année d’après, les gens ont eu les sarcasmes dans le tapis, avec des disquaires qui ont refusé de supporter l’événement, avec des gens qui ne voient que des versions à cinquante dollars de disques qu’ils peuvent trouver dans une boîte à un dollar, version originale, en parfait état. Vous savez, la journée qu’ils vont ressortir Guilty de Barbra Streisand, que je dois avoir en douze exemplaires chez moi (et je ne suis pas disquaire! Imaginez ces derniers!), je vais vraiment crier en chœur moi aussi!

Et vous savez quoi? Ça va arriver un jour [sacres]! Et je suis content de ça! Pourquoi?

Parce que depuis ce jour, les disquaires qui sont restés de mèche avec le Record Store Day, ils ont compris qu’ils devaient faire leur travail de disquaire! Si vous avez un gros magasin, vous désirez probablement ratisser large, faire plaisir aux revendeurs avec leurs disques qu’ils vont pouvoir revendre avec profit sur Discogs, ensuite d’avoir amplement de copies de ce que leurs clients risquent désirer avoir, et quelques disques spéciaux pour se faire plaisir. Si vous avez un disque spécialisé en musique électro, vous allez probablement récupérer quelques sorties électro pour leurs admirateurs, ainsi que quelques valeurs sûres, juste parce que. Et si vous avez un magasin de région comme Fréquences, vous allez surtout y aller avec votre expérience, et votre connaissance de vos clients, de leurs goûts. Au diable les revendeurs, qu’ils viennent et qu’ils se rendent compte eux-mêmes qu’ils n’y trouveront pas leurs disques. En d’autres mots, que le disquaire fasse son travail de nettoyage des listes de vente, qu’ils n’aillent pas chercher cinquante copies du simple de Grace Jones qui se retrouvera en revente à 1$ quelques mois après, mais qu’ils en aient une copie pour moi parce que moi je l’aime.

Et vous savez quoi? Les clients ont depuis décidé de faire leur travail de clients! Ce n’est pas parce qu’il y a une copie ultra-belle d’un disque rare Deutsche qu’il faut nécessairement l’acheter à 70$ pour un disque simple. C’est parfaitement correct de ne pas acheter le dernier Madonna parce qu’on en a déjà une copie d’origine. Ou même si j’adore Tom Waits, j’ai déjà le coffret Bastards, alors que d’en acheter une copie colorée, je peux passer à côté, même si c’est foule plusse de bon meilleur que le coffret [sic]. Je peux même passer à côté d’un Pink Floyd Mono juste parce que pourquoi? Ce n’est pas parce qu’on croît qu’un disque va valoir des sous qu’on devrait l’acheter: ça s’appelle de la spéculation, et à moins que ce ne soit votre travail, vous devriez laisser faire cette idée. C’est un peu comme les monnaies crypto, les Bitcoins, Litecoins, Ripple et alias à la mode présentement: mettez-y des sous si vous le désirez, mais c’est de la spéculation pure et dure à propos d’un objet qui ne sert à rien et ne vaut rien par défaut! Peut-être que vous allez payer votre maison et plus, peut-être (probablement) que vous allez tout perdre. Même chose pour la bourse. Même chose pour les vinyles. Ça peut valoir beaucoup ou non. Moi je crois que le coffret de Johnny Cash est très peu dispendieux, et qu’il va valoir beaucoup de sous à terme, tant qu’ils n’en sortent pas une autre copie illimitée. C’est une méchante offre spéciale! Mais c’est de la spéculation, et ce n’est pas mon travail. Ça peut valoir 20$ dans quelques mois, comme ça peut valoir 2000$. Ce que je sais, c’est que je n’ai pas pu avoir le coffret, j’aurais aimé l’avoir, parce que j’aime le Country et que je trouve que c’est une sale belle offre! Ça, ce n’est pas de la spéculation!

Bref: je suis heureux de mes disques, beaucoup avaient le gros sourire, c’était un beau happening et je suis tout aussi heureux pour ceux qui s’y sont rendus et qui n’ont acheté absolument rien du RSD, c’est génial aussi! C’est votre choix après tout. Mais je ne jetterai pas le bébé avec l’eau du bain, simplement parce que certains se sont fait flouer et ont laissé de côté leur sens critique pour quelques instants et en ont gros sur le cœur.

Sur ce…

Album: Les Colocs
Artiste: Les Colocs

V.O.: 1993 CD; BMG Musique; 74321-10557-2

En Test: 2018 Vinyle Translucide (RSD)

Étiquette: BMG Musique Canada, Sony; 74321 10557 1

Acheter le CD chez Fréquences

Acheter le disque vinyle orange chez Fréquences

Acheter le disque vinyle transparent chez Fréquences

Alors il y a 1500 copies du tout premier album des Colocs en vinyle! Quand on parle de la raison d’être du Record Store Day, c’est exactement ça. Un disque de 1993, qui a toujours été un bon vendeur, qui, après 25 ans, a droit à une très belle sortie vinyle. Je vais passer très rapidement sur le disque, c’est le premier du groupe Les Colocs, c’est la première fois qu’on les a vus arriver dans le paysage médiatique, et quelle impression ils ont faits! Qui ne connaît pas quelques paroles d’une des chansons de cet album?

Non, je vais surtout me concentrer sur une des réalités des disques du Record Store Day: je suis chanceux, mon disque est impeccable. Mais selon ce que j’ai lu sur les médias sociaux, je suis chanceux, certains ayant des faces du disque qui ne sont pas dignes de mention. En fait, un des coins de ma pochette intérieure était plié, c’est l’étendue de mes dommages. Problèmes de gravure, problèmes de manutention, problèmes de montage des disques (à la main) en usine? Avec des carnets de commandes bondées et prévues des mois à l’avance pour préparer le RSD, il faut s’attendre à avoir des ratés de production hélas. Ça arrive. Et ça dénote un petit manque de vérification de qualité aussi chez les étiquettes de disque.

Sinon, le plastique d’un disque transparent va tendre à être un peu plus dur que le plastique des disques noirs, donc il va conserver beaucoup plus de poussière et de résidus de pressage. Je recommande toujours de consciencieusement nettoyer les nouveaux disques avec votre procédé préféré (eau, aspirateur, spinclean, ultrasons, colle si vous voulez; traitement Last même si vous voulez) avant une première écoute. Vous allez voir votre niveau de bruit de fond descendre de façon notable, et en plus, vous risquez de protéger votre aiguille préférée des gros morceaux de plastique coupant qui peuvent être restés pris dans les sillons.

Et pour moi, avec l’écoute, c’était le nirvana! Quelle belle gravure! Pas parfaite, mais vraiment excellente! Si vous avez un beau disque, c’est réellement le pied, on se retrouve plongés dans les années 90 et les larmes ressurgissent avec les souvenirs. À partir de là, est-ce que ça pourrait être mieux? Peut-être … mais ça serait difficile!

1980: Chant grégorien par le Choeur des Moines de l’Abbaye Saint-Benoit-du-Lac

La grandeur d’âme, version québécoise!

Album: Chant grégorien par …
Artiste: Chœur des Moines de l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac

En test: 1980; Vinyle

Étiquette: Radio-Québec; SBL 0880

Nous avons la chance d’avoir une grande abbaye au Québec: Saint-Benoît-du-Lac est un endroit de pèlerinage et de retraite dans laquelle beaucoup se rendent afin de se déconnecter de la vie moderne, se reconnecter à eux-mêmes et au sacré, à ce qu’il y a d’important. Les moines bénédictins de l’abbaye y vivent selon la règle monastique de Saint-Benoit depuis désormais plus de cent années, ce qui ne les empêche pas d’être accueillants. Auberge, fromages, mais surtout pour nous, musique!

À chaque dizaine d’années, un groupe s’intéresse à la mouture du moment du Chœur. Dans les années 70, c’était Radio Canada International. Dans les années 80, c’était l’émission Chant grégorien et orgue de Radio-Québec, dans les années 90, l’étiquette Analekta, en 2000, ATMA Classique. Entrecoupé dans tout ça, le Chœur s’est produit, réalisant des albums depuis les années 60 ou même avant, pour le plus grand bonheur de leurs visiteurs.

Cet album est un des rares qui est produit par Radio-Québec. Ces derniers ne sont pas reconnus pour leurs albums. En fait, ils ont prêté leur nom et le financement afin de produire leur émission, mais le disque est bel et bien enregistré par l’Abbaye, on le remarque d’ailleurs avec l’identification SBL du disque.

Côté enregistrement, c’est bien fait, avec un orgue et un chœur en belle communion, mais une sonorité légèrement métallique, qui n’a pas beaucoup d’espace, de staging et un microphone probablement légèrement mésadapté. La coupure des pistes a aussi été faite à la va-vite, on entend l’atmosphère changer entre plusieurs des pistes, faute d’avoir attendu assez longtemps pour nous laisser respirer avec les chanteurs et d’avoir fait un fondu enchaîné. Et le disque lui-même est gravé avec une technique un peu simpliste. Ça hume la compilation réalisée en plusieurs séances.

Mais pour tous ces problèmes, il y a un côté naïf à la gravure du disque qui donne un résultat qui n’est pas à négliger. L’utilisation d’un ruban simple sans technique de réduction de bruit; l’utilisation d’un disque gravé simplement, sans extras; l’utilisation de la musique sans technique moderne de traitement; la simplicité de la prise de son, la simplicité de l’offre musicale, ça donne un côté accessible, beau et chaleureux, et ça n’a rien à envier à beaucoup de nos albums modernes qui sont au contraire surproduits. Le dynamisme, discret étant donné le style musical, est néanmoins bien présent, et même en abondance si on y porte attention. Un superbe disque! Suggestion: Cherchez-en une copie absolument parfaite, sinon vous allez regretter l’omniprésence des bruits de surface!

Réédition 2004/2018: Les Cowboys Fringants – La Grand-Messe

La Grand-Messe en 500 vinyles!

Album: La Grand-Messe
Artiste: Les Cowboys Fringants

V.O.: 2004 CD; La Tribu TRICD-7233

En Test: 2018 Vinyle double (trois faces) en encart

Étiquette: La Tribu
TRILP-7233

Acheter le CD chez Fréquences

Il y a des albums dont on discute encore près de 15 ans après leur sortie. La Grand-Messe des Cowboys Fringants est un de ces albums. Le groupe a eu sa période de grands succès avec cet album, ainsi que Break Syndical, les deux disques ayant été réédités en 500 copies vinyles par leur étiquette La Tribu.

On ne peut pas dire que le disque possède énormément de succès, comme Break Syndical peut l’avoir, succès qui jouent encore à la radio. En fait, là où La Grand-Messe brille, c’est dans la qualité continue de l’offre, les chansons étant toutes meilleures les unes que les autres. On peut penser à Plus Rien et La Reine. Uniquement pour ces deux chansons, le disque mérite d’être acheté, et les autres chansons ne sont pas dans l’ombre des premières.

Côté qualité, la gravure du disque est excellente, la qualité est impeccable de A à Z. Là où ça se corse légèrement, c’est le matriçage dont la base date de 2004, qui parfois fait mal. Je vais parler justement du crescendo de Plus Rien, qui démarre avec un volume relativement élevé, et pour lequel on entend de plus en plus la compression arriver «au hasard», la voix perdre de plus en plus sa basse. Ce type de compression est valable pour le numérique, mais n’a aucune raison d’être sur un vinyle. Encore plus, si le disque utilise une technologie de sillons à taille variable. Le disque aurait pu avoir plus de dynamisme, garder plus de naturel, et avoir des crescendos tonitruants avec des moments introspectifs d’une grande douceur.

N’empêche que je suis extrêmement heureux d’avoir ce disque dans ma collection, et que je vais l’écouter avec plaisir. Un de nos grands albums québécois qui a enfin sa version vinyle!

1990/2016, 2015: Jean Leloup – L’amour est sans pitié, À Paradis City

Petite rétrospective vinyle Jean Leloup.

Un de nos grands, passionné, nerd musical, capoté de composition, Jean Leloup nous a habitués à une qualité de produit. Fort de sa participation au Festival International de la Chanson de Granby et à Starmania, il signa avec Audiogram dès son premier album, qui est accessible en vinyle, mais qui est une « erreur de jeunesse ». Très rapidement, ses vraies couleurs apparaissent avec L’amour est sans pitié.

Album : L’amour est sans pitié
Artiste : Jean Leloup

V.O. : 1993 CD
Audiogram
ADCD 10036

En test : 2016 Vinyle RSD

Étiquette : Audiogram, Sony Music
AD 10036

Acheter la version vinyle chez Fréquences

Acheter le CD chez Fréquences

Il existe trois écoles de pensées : une qui considère que L’amour est sans pitié est son meilleur album, l’autre, Le Dôme et un dernier qui considère que Les Fourmis est le summum. Encore aujourd’hui, on connaît un bon tiers des chansons de L’amour par cœur, on reconnaît les chansons aux premières notes, il y a un côté sale affaire dans tous ces albums, aucun filtre, paroles limite subversives à haut débit, des compositions à couper à la machette rouillée, et à faire passer la douleur au vin rouge qui tache et aux dattes fraîches.

Et on est chanceux, fort de la sortie vinyle de À Paradis City par Dare To Care, Audiogram en association avec Sony Music sortent enfin L’amour est sans pitié ainsi que Le Dôme en vinyle, ce dernier vinyle double! Ne va rester que nos Fourmis nationales et on va être comblés!

Et ont-ils fait un bon travail ? Oui, c’est un album édition limitée 1000 exemplaires sortis pour le Record Store Day 2016, ils sont rendus très rares. C’est une version 180g, les matrices n’ont pas eu le temps de s’user sur le disque, il est impeccable côté qualité. Pour le contenu musical le disque est très beau, Audiogram a pris le temps de réaliser une belle version pour son 23e anniversaire, autant la guitare électrique est forte et grinçante, autant la guitare acoustique est naturelle et belle, le rythme est fort et bon, la voix en a vu d’autres comme il se doit avec The Wolf. Il y a un côté de ma personne qui aurait préféré un rematriçage avec un côté plus moderne à la compression, le disque étant très similaire au CD et son côté ’90s date légèrement. Mais en même temps, quelle belle écoute ! Si vous pouvez vous le procurer, c’est un univers différent que ce qu’on peut retrouver sur CD, et c’est définitivement une meilleure sonorité que la version en streaming.

Et pour Le Dôme ? Six longues années après l’énorme succès de L’amour, John The Wolf nous revient avec un autre énorme succès. Cet album tombe dans un entre-deux entre avoir vraiment peu de musique par face ou d’avoir une qualité réduite. Ils ont préféré conserver toute la qualité et nous obliger à avoir quatre faces. Je vote pour ça aussi! Après un très bon La Vallée des Réputations (pas encore disponible en vinyle), Jean Leloup quitte le milieu musical avec Exit, son « dernier spectacle », mais revient après deux petites années en tant que Jean Leclerc (son vrai nom de famille) avec Mexico, comme premier disque d’une nouvelle étiquette, La Grosse Boîte, gérée par Dare To Care records. À partir de ce moment, nous avons droit à tous les disques en vinyle! Son suivant, Mille Excuses Milady est aussi disponible en vinyle double… et après six longues années de hiatus pour la deuxième fois…

Album : À Paradis City
Artiste : Jean Leloup

En Test : 2015 Vinyle

Étiquette : La Grosse Boîte, Dare To Care Records
BOITE-45-LP, DTCLP-4445

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

Acheter le CD chez Fréquences

Ce disque a connu un succès retentissant, devenant à sa sortie le #1 des ventes au Canada! Le tout, malgré son style musical, plus posé et moins de party que les disques susmentionnés. C’est un disque avec une sonorité simili en direct, avec un style beaucoup plus sous-sol empoussiéré, bar louche. La musique suit les paroles, enfin! Et Dare To Care n’a pas fait dans la propreté côté sonorité non plus, c’est un peu l’équivalent de Blue And Lonesome des Rolling Stones, c’est crasseux jusqu’aux replis des cordes de guitare. C’est le disque à découvrir! À mon avis, on va se rappeler de ces derniers disques comme des grands vins, des disques à écouter en entier un peu comme ceux des Colocs, tandis qu’on va se rappeler des anciens disques comme des succès individuels.

C’est en faisant les comparatifs qu’on va voir le côté numérique et propre des premiers disques d’Audiogram, et de voir le naturel violent et crasse de Jean Leloup ressortir sur les disques de La Grosse Boîte. Je ne peux officiellement dire que c’est mieux, Audiogram, c’est tous les succès, toutes les chansons qu’on connaît par cœur, et le sacrilège d’y toucher. Tandis que ceux de La Grosse Boîte sont des disques à écouter du début à la fin. Et ce dernier disque est d’une sonorité à couper le souffle, ne vous méprenez pas, j’ai pesé mes mots avant de sortir les Stones en analogie. Prenez quelques maigres dollars de plus et achetez la version vinyle, vous ne le regretterez pas!

2017: Pierre Kwenders – Makanda

La force du dépaysement local

Album: Makanda at the end of space, the beginning of time
Artiste: Pierre Kwenders

En Test: 2017 Vinyle rose

Étiquette: Bonsound
BONAL054-LP

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

Acheter le CD chez Fréquences

Pierre Kwenders en est à son deuxième disque. Son premier disque, Le dernier empereur bantou, est un chef d’œuvre de musicalité électro-africaine, à découvrir et à redécouvrir hélas uniquement sur CD. Mais ce disque a propulsé en stratosphère le charismatique Kwenders, il est dorénavant en demande internationale et c’est un de nos grands artistes qui sait rayonner la joie montréalaise. Parce que oui, depuis son adolescence, Pierre Kwenders est québécois d’adoption, et ce qui est passionnant dans son cas musical est que ses cultures s’entremêlent au point où on ne sait pas si c’est de la musique de Seattle, du grand Montréal, du Congo ou d’ailleurs : c’est un amalgame improbable, unique et passionnant. Ce n’est pas pour rien qu’il fait partie des grandes nouveautés à découvrir tant aux États-Unis, à Paris qu’ici et ailleurs.

Avec Makanda (« La force » en tshiluba, langue de la République Démocratique du Congo), Pierre Kwenders arrête d’être accessible et y va avec un dépaysement total! On y reconnaît bien la musique africaine, les relents d’afrobeat (post-afrobeat?), mais on doit y ajouter aussi le dub, une touche de Lamar avec son hip-hop jazzé, de l’expérimental et on y retrouve aussi des influences montréalaises de Poirier et de Moffat. Mais surtout, influences de Shabazz Palaces de Seattle avec leur hip-hop expérimental. Inaccessible? Absolument pas! Après le dépaysement, on entre dans une musique chaude à faire fondre les hivers, à danser à 40 degrés légèrement vêtus, sourire et joie au visage et au corps.

Et cet album, sonorité du tonnerre ou…? D’emblée, le vinyle est presque le même prix que le CD : sautez dessus. Sans blague. Peu importe si la sonorité est mauvaise ou non, c’est une excellente occasion! Pour moins qu’un petit café, vous avez la version vinyle. Et je vous rassure immédiatement, le vinyle est fantastique! La prémisse est un vinyle rose avec plus d’une vingtaine de minutes par face, avec une quantité impressionnante de basses, donc ça augure mal. Mais il n’y a presque pas de bruit de fond, la sonorité est pure et belle, enregistrée à Seattle avec passion dans le studio de Shabazz Palaces justement avec leur ingénieur de matriçage à Portland, Orégon. L’album a été enregistré sur rubans et ces derniers confèrent toute la chaleur nécessaire à virer complètement fous sur la piste de danse. Oubliez la version numérique, allez-y avec le vinyle! Twasakidilà wa bunyi!

 

2015: Socalled – Peoplewatching

La bibitte montréalaise pour nous faire danser sur un album rap, et plus si affinités.

Socalled - PeoplewatchingAlbum : Peoplewatching
Artiste : Socalled

En test : 2015 Vinyle
Étiquette : Dare To Care Records
DTC056-LP

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

Acheter le CD chez Fréquences

 

J’aime les passionnés, j’aime ceux qui ne font rien comme les autres! C’est simple, je n’aime pas la normalité et Socalled est loin d’être normal. J’aime le décrire comme étant un vrai montréalais, un pure laine (né à Ottawa, mais chut!). Un juif anglophone plein de talent qui parle français, aime ses racines et se fout de faire comme les autres. Un gars fier des autres montréalais, de son quartier, de sa rue. Le genre de personne avec qui tu désires prendre un verre et argumenter sur tel ou tel sujet, juste parce que…

Ce dernier disque est rempli de collaborations et d’échantillonnages, on y retrouve avec plaisir Katie Moore, mais aussi Pierre Perpall et l’incroyable Fred Wesley. On a même droit à Oliver Jones! Et Yves Lambert! – Oui oui la bottine y est! C’est d’ailleurs un thème, si vous n’aimez qu’un seul style de musique, vous êtes bien mal barrés avec Socalled. Il faut le voir et l’écouter pour le croire, mais on passe du rap au piano seul au reel québécois au disco, du sympa au trash. Si vous aimez ce disque, je vous recommande d’aller voir ses spectacles, ça déménage!

Bien entendu, ce n’est pas le dernier disque… Il a un disque d’opéra, un disque de vieux succès yiddish et même une comédie musicale avec Tales From Odessa qui vient de sortir. Ce sont des projets aussi fous que le personnage qui est à découvrir. Vous n’avez qu’à plonger dans son univers loufoque.

Et côté qualité, c’est beau, amusant, sans prétention. Le disque suit le personnage : on aime l’écouter, on aime voir où il nous amène, mais ce n’est pas le disque le plus flamboyant du lot. On n’a pas le droit à la précision d’un Dead Obies, on n’a pas la perfection des grands artistes américains, on n’a même pas droit à la trame narrative d’un album conventionnel : c’est comme marcher sur Parc, bifurquer sur Fairmount, aller se chercher des bagels, revenir sur Hutchison (où il habite réellement en passant) et arrêter dans un bar gai pour la finale disco Curried Soul 2.0.

Je recommande le vinyle aussi parce que Socalled est aussi un collectionneur invétéré de vinyles… c’est inutile de l’avoir en vinyles, mais on s’amuse à le mettre à l’ancienne, on le joue avec plaisir, et on a un objet encore plus représentatif de l’artiste.

J’achète si j’aime Random Recipe, Jimmy Hunt, Bernard Adamus, Gigi French et voguer sur les styles différents.