2019: Flying Hórses – Reverie

Les rêveries métal néoclassique!

Artiste: Flying Hórses
Album: Reverie

En test: Vinyle; 2019

Étiquette: Bonsound; BONAL066

Acheter le disque vinyle chez Fréquences
Acheter le CD chez Fréquences

Projet néoclassique de Jade BergeronFlying Hórses entre dans le tumulte présent chez les disquaires à propos de ce style. Rien qui va jouer sur la radio Top 40 ici! On a eu droit récemment aux excellents Stréliski et Blais, qui sont purement dans le style néo convenu. Mais ici, on est loin de ce compte! Si je devais donner d’autres artistes dont le style se rapproche beaucoup plus, je devrais plus m’expatrier et aller voir un Sigur Rós plus rock qui irait dans le classique, peut-être l’album drone-death metal Terrestrial de Sunn O))) et de Ulver, mais surtout Ólafur Arnalds, qui a un côté disjoint et sortant des sentiers battus beaucoup plus assumé. Il y a une petite touche répétitive et minimaliste rappelant un peu Philip Glass dans ses propositions, et un orchestre disjoncté ultra-dark près du Chants des marais et des morts de Mathieu Bellemare. Rien n’étonne quand on sait que Jade a passé quelques années en Islande pour créer ses disques, a côtoyé Sigur Rós justement, et possède de façon innée ce côté métallique très sombre qui est l’adage de nos amis vikings.

Son premier CD, Tölt, nous présente un voyage dans les souvenirs et de grandir en tant que mouton noir. Ce disque a fait boule de neige internationalement, ce qui a permis à Flying Hórses de jouer dans les festivals les plus prestigieux à travers le monde. Le deuxième disque, Reverie, a été produit suite à une rupture amoureuse. L’atmosphère lourde y est, malgré le fait que ce soit un disque empreint de tendresse et d’intimité. Il y a juste une petite partie faisant mal et qui est en dissonance qui nous sort de l’univers de Candide.

Pour la qualité, la prémisse est vraiment le pied: vrais instruments, réelles et bonnes prises de son, un excellent producteur, des studios de qualité. Le disque a été bien gravé et produit en pensant au média du disque vinyle. Les instruments sont francs, il y a des emportées, des volutes, de la force, parfois de l’imperceptibilité. Certains instruments jouent des notes qui enterrent le reste. La compression est donc conservée minimale, mais elle n’est aussi pas présente de la même façon selon les instruments. Le pied pour n’importe quel amateur de musique néo-classique! Là où je dois enlever des points, toutefois, est dans la qualité de ma gravure: elle est franchement bruyante quand il n’y a aucune raison qu’elle le soit! Beaucoup de grésillement à travers le disque entier, au point ou un passage est carrément enterré par ce bruit sur la première face. Pour ça, je me dois de lui enlever des points hélas.

Qualité du vinyle: 8/10

2017: Pierre Kwenders – Makanda

La force du dépaysement local

Album: Makanda at the end of space, the beginning of time
Artiste: Pierre Kwenders

En Test: 2017 Vinyle rose

Étiquette: Bonsound
BONAL054-LP

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

Acheter le CD chez Fréquences

Pierre Kwenders en est à son deuxième disque. Son premier disque, Le dernier empereur bantou, est un chef d’œuvre de musicalité électro-africaine, à découvrir et à redécouvrir hélas uniquement sur CD. Mais ce disque a propulsé en stratosphère le charismatique Kwenders, il est dorénavant en demande internationale et c’est un de nos grands artistes qui sait rayonner la joie montréalaise. Parce que oui, depuis son adolescence, Pierre Kwenders est québécois d’adoption, et ce qui est passionnant dans son cas musical est que ses cultures s’entremêlent au point où on ne sait pas si c’est de la musique de Seattle, du grand Montréal, du Congo ou d’ailleurs : c’est un amalgame improbable, unique et passionnant. Ce n’est pas pour rien qu’il fait partie des grandes nouveautés à découvrir tant aux États-Unis, à Paris qu’ici et ailleurs.

Avec Makanda (« La force » en tshiluba, langue de la République Démocratique du Congo), Pierre Kwenders arrête d’être accessible et y va avec un dépaysement total! On y reconnaît bien la musique africaine, les relents d’afrobeat (post-afrobeat?), mais on doit y ajouter aussi le dub, une touche de Lamar avec son hip-hop jazzé, de l’expérimental et on y retrouve aussi des influences montréalaises de Poirier et de Moffat. Mais surtout, influences de Shabazz Palaces de Seattle avec leur hip-hop expérimental. Inaccessible? Absolument pas! Après le dépaysement, on entre dans une musique chaude à faire fondre les hivers, à danser à 40 degrés légèrement vêtus, sourire et joie au visage et au corps.

Et cet album, sonorité du tonnerre ou…? D’emblée, le vinyle est presque le même prix que le CD : sautez dessus. Sans blague. Peu importe si la sonorité est mauvaise ou non, c’est une excellente occasion! Pour moins qu’un petit café, vous avez la version vinyle. Et je vous rassure immédiatement, le vinyle est fantastique! La prémisse est un vinyle rose avec plus d’une vingtaine de minutes par face, avec une quantité impressionnante de basses, donc ça augure mal. Mais il n’y a presque pas de bruit de fond, la sonorité est pure et belle, enregistrée à Seattle avec passion dans le studio de Shabazz Palaces justement avec leur ingénieur de matriçage à Portland, Orégon. L’album a été enregistré sur rubans et ces derniers confèrent toute la chaleur nécessaire à virer complètement fous sur la piste de danse. Oubliez la version numérique, allez-y avec le vinyle! Twasakidilà wa bunyi!

 

2017: Beyries – Landing

La sensation folk rock en vinyle!

Retour aux critiques vinyles – cette critique était prévue il y a quelques semaines déjà mais après avoir pris une petite pause bien méritée, il est l’heure de revenir à ses moutons, tout heureux de critiquer plein d’albums géniaux!

Album : Landing
Artiste : Beyries

En Test : 2017 Vinyle

Étiquette : Bonsound
BONAL052-LP

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

Acheter le CD chez Fréquences

2017 est l’année Beyries. Au début de son parcours musical, l’auteur-compositrice-interprète a, hélas, été visitée par le crabe à deux reprises. Se réfugiant dans la musique, elle se redécouvrit avec le piano familial et commença à écrire. En 2015, après quelques excursions, la chanteuse montréalaise a décidé de tout donner. Trio, un premier album, des compositions qui furent utilisées à la télé, des premières parties, etc. Après avoir signé avec Bonsound, ces derniers lui donnent la visibilité qu’elle mérite et depuis le début de l’été, elle apparait à travers les provinces de l’Est dans de multiples concerts.

Les chansons, sur le thème de la perte, de la solitude et de l’espoir, sont autant de petits bijoux, rappelant beaucoup le style folk de Martha Wainwright, qui d’ailleurs lui donna sa première partie de concert. Intimiste est le mot. Et ensuite, face B et le côté rock aux accents parfois country apparait, plus près de Gogh Van Go.

Pour la qualité, c’est un disque qui surprend de qualité. Bonsound a fait un excellent travail, rappelant un peu le country-folk années 70 pour la qualité. Parfois, ça écrête numériquement un peu, comme la voix qui n’est pas aidée par la sélection de micros sur l’album Soldier. J’ai tendance à en laisser un peu pour les styles intimistes, il y a si peu de jeu entre avoir un album qui est mou, vide et distant versus un album surcomprimé. Là où c’est parfois un peu plus difficile, c’est des chansons comme The Pursuit of Happiness, où la basse compresse avec la chanson, ou la chanson suivante (You Are) avec ses coups de cymbales frappées à main qui compresse toute la musique. Il n’y a aucune raison pour que ça arrive sur un matriçage de disque vinyle. Le volume n’est pas maximisé sur cet album! Vous n’avez qu’à allouer plus d’espace vinyle à ces coups de caisse en utilisant un pas de sillon variable. Encore une fois, c’est des gens produisant une version maîtresse maximisée numériquement sans penser aux avantages que peut procurer le vinyle sur une sonorité. L’album, par ses différents styles, est un cauchemar pour la personne réalisant le matriçage, alors encore une fois j’en laisse un peu. Mais ce n’est pas égal. Parfois, c’est le pied, parfois c’est inadéquat. Somme toute un très bon album.

2012 et 2016 Post-Zaricot: Duchess Says

Hier, je vous écrivais à propos de la première partie du spectacle, Technical Kidman. Aujourd’hui, c’est le groupe post-punk expérimental principal, Duchess Says.

Comme n’importe quel genre musical un peu louche, Duchess Says n’est certainement pas un groupe avec 12 chansons dans le Billboard. En fait, si vous n’avez aucun intérêt à l’émergent, aux groupes grinçant et aux perruches, vous n’en aurez jamais entendu parler. Mais pourtant, c’est un groupe qui mérite réellement à se faire connaître (ce n’est qu’une question de temps). Et comme le dirait la chanteuse, «hoon, as-tu peur?» parce qu’il ne faut pas avoir froid aux yeux pour s’aventurer avec ce groupe. C’est aussi, pour moi, ce qui représente un des paliers du son de Montréal: quelque chose qui n’existe pas ailleurs, qui est des années lumières en avance sur ce qui se fait ailleurs. Que ce soit du post-rock à la GY!BE, du post-punk à la Duchess Says, du post-pop à la Socalled. Le terme «post» s’applique parfaitement à ce qui se fait ici. Ce n’est pas pour rien qu’on a appris à aimer le disco et le grunge avant tout le monde. Continue reading

2016: Misc – Misc

Révélation Jazz Radio-Canada 2013-2014, album et EP jazz de l’année Gamiq 2016, le trio Misc accumule les prix et accroche les cœurs.

Misc - MiscAlbum: Misc
Artiste: Misc

En test: 2016 Vinyle

Étiquette: Bonsound
BONAL043-LP

Acheter le disque vinyle chez Fréquences

Acheter le CD chez Fréquences

Feu le Trio Jérôme Beaulieu, Misc poursuit sa carrière avec un premier disque vinyle avec une musique tout aussi épurée que le disque blanc, que la pochette (dont c’est l’enveloppe protectrice qui contient le côté coloré), que la captation, que le groupe lui-même. Pourquoi j’ai résisté aussi longtemps avant d’acheter ce disque, nul ne le saura. Mais ce que je sais, c’est que c’est dorénavant dans ma rotation d’écoute. Un des meilleurs albums de 2016.

Pour moi, le trio jazz, c’est un peu la forme ultime. Juste assez de musiciens pour faire passer le message, pas trop afin de brouiller les cartes, et surtout cette impression de proximité avec les artistes. Mais c’est évidemment avec le couteau à double tranchant d’arriver à du convenu, ou pire, d’arriver à du sans intérêt musical. Un trio jazz, ça peut autant s’élever dans la stratosphère que de se perdre dans la musique de fond d’un restaurant, que de désirer trop en mettre et avoir de l’expérimental débridé. Misc n’est pas ça du tout. Misc mérite fortement ses prix, autant pour son imagination que son côté parfois conventionnel, parfois fou. Leur album est majoritairement de style jazz classique, mais à la fin nous emmène dans un monde de plus en plus débridé, électronique et différent.

Psst ils ont laissés planer le doute d’un second album sous peu… à suivre!

Bon c’est assez les fleurs, détruis un peu leur vinyle pour voir! Commençons par la version numérique. Elle est vraiment bonne! Sans blague! C’est un disque qui s’écoute superbement. Pas trop de compression, pas de surtravail, une sonorité fort naturelle. Je déplore qu’il y a un nettoyage des sources qui ait été effectué, parce que parfois il y a un léger suintement de bruit de fond, parfois il disparaît.

Et pour le vinyle, la qualité est incroyable! La sonorité est naturelle, douce, le son est planant et chaleureux. Le matériel est parfaitement réussi, à l’exception d’une petite bulle lors du moment le plus fort du disque (ça sent une inversion de phase dans l’enregistrement). Seulement une chose me tracasse: la quantité de bruit de fond du disque. C’est au point où on perd la première note de Overgrown. Et normalement, je n’en ferais pas de cas si je savais que c’était dans l’impression du vinyle. Mais non, en fait, c’est dans la source utilisée pour imprimer le vinyle! Il y a une demie-seconde de blanc absolu à la fin du disque dans le sillon concentrique (locked groove). Et soudainement, dans ce blanc absolu, on perd tout le bruit de fond! Mon avis est qu’ils ont fait le disque en entier avec un enregistrement sur bandes magnétiques, qu’ils ont envoyé le disque en réplication à travers un ruban magnétique aussi et qu’ils ont enregistré ce ruban final avec un volume trop faible, ce qui nous donne du bruit de fond exagéré.

Reste que si vous aimez le jazz, la version numérique ainsi que le vinyle sont deux excellents choix!