2012 et 2016 Post-Zaricot: Duchess Says

Hier, je vous écrivais à propos de la première partie du spectacle, Technical Kidman. Aujourd’hui, c’est le groupe post-punk expérimental principal, Duchess Says.

Comme n’importe quel genre musical un peu louche, Duchess Says n’est certainement pas un groupe avec 12 chansons dans le Billboard. En fait, si vous n’avez aucun intérêt à l’émergent, aux groupes grinçant et aux perruches, vous n’en aurez jamais entendu parler. Mais pourtant, c’est un groupe qui mérite réellement à se faire connaître (ce n’est qu’une question de temps). Et comme le dirait la chanteuse, «hoon, as-tu peur?» parce qu’il ne faut pas avoir froid aux yeux pour s’aventurer avec ce groupe. C’est aussi, pour moi, ce qui représente un des paliers du son de Montréal: quelque chose qui n’existe pas ailleurs, qui est des années lumières en avance sur ce qui se fait ailleurs. Que ce soit du post-rock à la GY!BE, du post-punk à la Duchess Says, du post-pop à la Socalled. Le terme «post» s’applique parfaitement à ce qui se fait ici. Ce n’est pas pour rien qu’on a appris à aimer le disco et le grunge avant tout le monde.

Album: Anthologie des 3 Perchoirs
Artiste: Duchess Says

En test: Réédition vinyle 2012

V.O.: CD 2008, Alien8 Recordings

Étiquette: Machette Records
MAC12-007

Ce disque n’est plus disponible chez Fréquences et ne sera probablement pas réédité de sitôt. Sautez dessus si vous le désirez!

Leur première offrande vinyle déchire et a été enregistré surtout dans les maisons respectives des musiciens. L’album n’a pas peur de déplaire, de faire grincer les oreilles, n’a pas peur des styles et on aperçoit le talent musical des musiciens se déployer. J’ai habituellement peur pour la qualité …

  1. Un album produit dans des sous-sol
  2. Une étiquette d’origine, Alien8 de qualité mais avec ses hauts et bas (matériel source oblige)
  3. Une étiquette punk qui se tape la réédition vinyle et qui a cessé ses opérations en 2012 peu après la sortie de ce disque. Ils ont d’ailleurs ça en commun avec Technical Kidman, dont le dernier disque de leur étiquette était leur EP.
  4. Une personne faisant le matriçage en téléchargement à distance
  5. Du punk rock

Et pourtant, leur disque est réellement d’excellente qualité! Pas trop de compression, de la force, du travail, des grincements, des aigus, de la torture auditive, une fin toute en instrumental d’oreilles qui frisent, de cheveux hérissés, de se faire cracher dessus par les musiciens, d’avoir peur pour sa vie. Ça c’est du punk rock! Et c’est aussi une excellente raison pour laquelle Bonsound les a récemment fait entrer dans leur écurie. Du talent brut. C’est Raw Power, version Iggy Pop! La voix est inégale, c’est sourd, c’est parfois fort, parfois faible, parfois croche, beaucoup de bruit de fond, on entend le chauffage partir, la voix en arrière-plan et à la place de le cacher, ils mettent l’emphase dessus.

Album: Sciences Nouvelles
Artiste: Duchess Says

En test: Vinyle 2016

Étiquette: Bonsound Records, Slovenly Recordings
BONAL049-LP, 702-187

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Et là entre en action une étiquette connue. Alors on va avoir droit à du léché, du précis, le diamant va se faire entrer dans la manufacture, se faire limer et polir, et on va avoir droit à la version Raw Power de David Bowie. On regarde la promo «du moog rock». On écoute la première chanson Inertia et on a du moog rock. On voit le disque professionnel. Et ça y est, c’est fini. Vous étiez bons, Duchess Says. On va avoir un autre Justice.

Tout comme un bon DJ va faire jouer une progression de chansons et nous emmener ailleurs, là où on ne penserait jamais aller. On commence avec le moog rock dans l’album, et la chanson progresse, nous transporte, et I Repeat Myself avance, et ensuite, on se fait rentrer dedans avec un sac d’un kilo de poudre: Negative Thoughts nous envoie un crachat de plus de 6 minutes en pleine face, qui se continue avec le coup en bas de la ceinture de Poubelle.

Je ne parle habituellement pas de mes goûts musicaux dans mes critiques. C’est accessoire. Vous désirez découvrir des nouveaux groupes, vous désirez savoir ce qui existe sur la planète dans tous les styles, mais surtout lorsque vous allez acheter votre copie, vous désirez savoir si le disque vinyle en vaut la peine ou si vous achetez le CD. Je peux bien être un fan de Miles Davis ’50s, et vous pouvez bien être fan de Lykathea Aflame, on ne s’entendra pas du tout! Alors je n’essaie même pas, et je reste neutre sur l’offrande musicale, je me concentre sur la qualité des objets et à quel point on peut apprécier quelque chose. Mais ici, c’est partie intégrante de la qualité de l’offrande. Autant on peut avoir une chanson squaky clean à la Intertia, on peut avoir de l’expérimental avec I’m an Idea, on peut avoir du pur punk avec Pink Coffin ou se faire traîner dans le dark wave de The Family Physicians. Et chacun de ces styles différents nécessitent un ajustement sonore différent, ce sont des microcosmes dans le même univers. C’est une torture pour une personne réalisant un matriçage et un enregistrement cohérent. C’est un album exclusivement de Revolution 9 d’une chanson à l’autre. Malgré le côté hyper travaillé de la part du groupe et définitivement (en apparence) plus pop et commercial (ma phrase mérite un gros LOL goulu et un relativisons ici…) que l’Anthologie, ce disque va dorénavant siéger dans mes disques de référence côté qualité. Il est parfait de A à Z. Peu de compression, des coups dans la face sonores, de la force brute.

On achète si on aime Suicidal Tendencies, Black Flag, Iggy Pop et The Stooges, le New Wave années 80 (Devo, B-52s, Frankie Goes to Hollywood), Suicide, la scène montréalaise underground.

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