1980: Chant grégorien par le Choeur des Moines de l’Abbaye Saint-Benoit-du-Lac

La grandeur d’âme, version québécoise!

Album: Chant grégorien par …
Artiste: Chœur des Moines de l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac

En test: 1980; Vinyle

Étiquette: Radio-Québec; SBL 0880

Nous avons la chance d’avoir une grande abbaye au Québec: Saint-Benoît-du-Lac est un endroit de pèlerinage et de retraite dans laquelle beaucoup se rendent afin de se déconnecter de la vie moderne, se reconnecter à eux-mêmes et au sacré, à ce qu’il y a d’important. Les moines bénédictins de l’abbaye y vivent selon la règle monastique de Saint-Benoit depuis désormais plus de cent années, ce qui ne les empêche pas d’être accueillants. Auberge, fromages, mais surtout pour nous, musique!

À chaque dizaine d’années, un groupe s’intéresse à la mouture du moment du Chœur. Dans les années 70, c’était Radio Canada International. Dans les années 80, c’était l’émission Chant grégorien et orgue de Radio-Québec, dans les années 90, l’étiquette Analekta, en 2000, ATMA Classique. Entrecoupé dans tout ça, le Chœur s’est produit, réalisant des albums depuis les années 60 ou même avant, pour le plus grand bonheur de leurs visiteurs.

Cet album est un des rares qui est produit par Radio-Québec. Ces derniers ne sont pas reconnus pour leurs albums. En fait, ils ont prêté leur nom et le financement afin de produire leur émission, mais le disque est bel et bien enregistré par l’Abbaye, on le remarque d’ailleurs avec l’identification SBL du disque.

Côté enregistrement, c’est bien fait, avec un orgue et un chœur en belle communion, mais une sonorité légèrement métallique, qui n’a pas beaucoup d’espace, de staging et un microphone probablement légèrement mésadapté. La coupure des pistes a aussi été faite à la va-vite, on entend l’atmosphère changer entre plusieurs des pistes, faute d’avoir attendu assez longtemps pour nous laisser respirer avec les chanteurs et d’avoir fait un fondu enchaîné. Et le disque lui-même est gravé avec une technique un peu simpliste. Ça hume la compilation réalisée en plusieurs séances.

Mais pour tous ces problèmes, il y a un côté naïf à la gravure du disque qui donne un résultat qui n’est pas à négliger. L’utilisation d’un ruban simple sans technique de réduction de bruit; l’utilisation d’un disque gravé simplement, sans extras; l’utilisation de la musique sans technique moderne de traitement; la simplicité de la prise de son, la simplicité de l’offre musicale, ça donne un côté accessible, beau et chaleureux, et ça n’a rien à envier à beaucoup de nos albums modernes qui sont au contraire surproduits. Le dynamisme, discret étant donné le style musical, est néanmoins bien présent, et même en abondance si on y porte attention. Un superbe disque! Suggestion: Cherchez-en une copie absolument parfaite, sinon vous allez regretter l’omniprésence des bruits de surface!

2016 – Roberto Musci: Tower of Silence

Enregistrements de terrain, version ambiante

Artiste: Roberto Musci
Album: Tower of Silence

En Test: 2016 Vinyle double en encart

Étiquette: Music From Memory; MFM014

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Le monde de la musique d’enregistrement de terrain (field recording) est assez spécial. Technique résolument moderne, les pionniers sont les passionnés de traitement sur bande magnétique des années 1960, on pense au BBC Radiophonic Workshop – dont l’excellente Delia Derbyshire qui a composée le thème de Dr Who. On peut même reculer plus loin avec, dans les années 50, la composition musicale avec traitement sur film; on pense à l’ONF avec l’extraordinaire Norman McLaren qui fait figure de précurseur du genre. On peut reculer encore avec les tous débuts, peu après l’arrivée de la bande magnétique avec son invention allemande, le style provenant d’explorations sur la musique concrète trouvent leur initiateur avec Pierre Schaeffer en France peu après la Seconde Guerre mondiale. Depuis, le style a été surtout perçu comme étant rébarbatif et cérébral, et ce n’est pas les incroyables Variations pour une Porte et un Soupir de Pierre Henry qui vont changer cette vision (c’est une de mes pièces préférées). Les quelques rares percées commerciales se faisant lors de l’époque du Peace and Love, avec des essais musicaux, dont la fameuse Messe pour le Temps présent de Pierre Henry et Michel Colombier, utilisée récemment pour le thème de l’émission Futurama. Plus près de nous, il y a René Lussier qui composa en 1989 son chef-d’œuvre Le Trésor de la Langue, film auditif dans lequel on suit les protagonistes cherchant s’il est important de parler le français au Québec. La démocratisation de ce style musical s’est faite avec l’arrivée des synthétiseurs Fairlight CMI, permettant de faire jouer des échantillons musicaux de tous genres. Des groupes comme The Art of Noise et Yello en ont fait leur gagne-pain. Aujourd’hui, on se demande bien ce qu’il peut y avoir de difficile à prendre son téléphone portable, enregistrer quelque chose dehors, revenir chez soi, ouvrir Garage Band, ajouter quelques filtres et superposer le tout avec quelques instruments. C’est ici qu’arrive tout le génie exploratoire: on peut penser à l’album de musique de danse Supermodified d’Amon Tobin, composé à l’aide d’échantillonnages musicaux traités au point de ne plus en reconnaître l’origine, mais qui demeure avec un aspect commercial certain. On peut aussi penser, récemment, à Automatisme qui compose avec en base des échantillons de la vie urbaine de tous les jours captés sur le vif, traités au point où ils sont intégrés entièrement à la musique.

Mais si on revient à de la musique où l’on reconnaît parfaitement les échantillons, arrive Roberto Musci, compositeur milanais ayant une affection pour la sonorité de l’Afrique et de l’Asie, plus particulièrement l’Inde. Le compositeur a voyagé à travers ces continents durant une dizaine d’années dans les années 70 et 80, et a utilisé ses acquis afin de composer ainsi que de produire des émissions radiophoniques de musique expérimentale et indigène jusqu’à la fin des années 90. Depuis 1983, le musicien a aussi enregistré plusieurs albums forts de ces sonorités uniques. C’est une compilation de ces explorations musicales qui nous est offerte ici sur disque vinyle. Le disque offre en quinconce des pièces de 1983 jusqu’à 2015, le tout, avec une belle progression musicale. Le style est introspectif, ambiant, exploratoire, doux tout en restant présent, électronique sans nécessairement le faire paraître aux premiers abords.

Pour la qualité de l’enregistrement, le disque vinyle double est très bien enregistré, la qualité du disque est apparente dès les premiers instants (même s’il y a des commentaires Internet au sujet d’un manque de rigueur lors de la gravure) et la sonorité est superbe. Là où il manque quelque chose, toutefois, c’est que le disque est très précisément monocorde côté volume. Ça sent la limitation numérique à plein nez et il n’y a tellement pas de surprises que ça en devienne maladif. À haut volume, on entend le compresseur se faire aller sur chaque petite note. Évidemment, on ne peut pas non plus s’attendre à avoir une sonorité audiophile sur des enregistrements faits avec un enregistreur portatif dans les années 70, mais ce n’est que rarement un problème, la «pire» des pièces à ce niveau est probablement la toute première de l’album. Non, le problème est que l’album est beaucoup trop limité. Pour le reste, ça s’écoute comme un bon vin: lentement, solennellement, avec déférence, et avec la petite pointe de curiosité que peut nous procurer un album-compilation d’un artiste absolument unique.

2017: Jeremy Soule – The Elder Scrolls V: Skyrim – Atmospheres

Musique de relaxation de jeu vidéo

Album: The Elder Scrolls V: Skyrim – Atmospheres
Artiste: Jeremy Soule

Jeu Vidéo: 2011 Bethesda (PC, PS3, Xbox 360; 2016/2017: PS4, Xbox One, Switch)

V.O.: 4e CD de 2011 Bethesda

En Test: 2017 Vinyle (RSD 2017)

Étiquette: SpaceLab9SL9-2045-1-4 (Distribué par Sony)

Parfois, il faut des jeux vidéos de combat pour faire ressortir une des plus belles trames sonores d’ambiance et de relaxation. Skyrim est l’un des meilleurs jeux vidéos de la décennie, qui a été réédité pour les dernières consoles de jeux vidéos afin de nous en mettre plein la vue. Le jeu, d’une richesse et d’une profondeur incroyable, comprend une trame sonore à couper le souffle. Non seulement beaucoup des personnages parlent, mais l’atmosphère sonore est parfaitement rendue, et la trame sonore, minimaliste, est présente sans chercher à être constamment à l’avant-plan. Je me limite ici à parler du côté sonore, mais c’est un des jeux que j’ai pris la peine de terminer et que j’ai adoré du début à la fin.

SpaceLab9, une entreprise de fanatiques de culture pop, a décidé de mettre la main sur les droits de la trame sonore de Skyrim en entier pour une gravure vinyle. Bethesda avait sorti la version en boîtier de quatre CD lors de la sortie initiale du jeu en 2011, ce boîtier exigeant aujourd’hui un prix stratosphérique. Récemment, les trois premiers disques vinyle ont été vendus à travers ThinkGeek en tant que boîtier de SpaceLab9, mais hélas, étant discontinué, on atteint ici encore des prix ridicules. Et finalement, ce disque, représentant le quatrième des CD initiaux, a été vendu encore une fois en édition limitée au Record Store Day 2017 et est un peu moins dispendieux à travers les sites de revente.

Et côté gravure, ce disque est une perle. Silencieux comme une tombe, belles fréquences, aucune compression apparente. Ce n’est pas le genre de disque qui va vous exciter, cela dit, ça reste de la musique de relaxation. On fait presque le saut avec les quelques instruments clairs qui parsèment de leur présence les deux faces du disque. Je ne peux pas donner la note maximale parce que ce genre de musique est une torture à table tournante et à gravure, des notes soutenues, des graves sans aigus, des sonorités pour lesquelles le moindre défaut va sauter au visage. Il y a deux endroits où ces fréquences provoquent un défaut de phase sur le disque. Oui, il faut bien chipoter!

N’empêche que ce disque est nettement supérieur à la gravure du coffret de trois disques, ce dernier étant légèrement bruyant et relativement passable, l’étiquette ayant opté pour des faces bien remplies de plus de 25 minutes. On aurait préféré un quatrième disque afin de contenir tout le matériel.

Réédition 2005/2014: The Prodigy – Their Law: The Singles 1990-2005

Les originaux du Big Beat Hardcore, sur vinyle!

Artiste: The Prodigy
Album: Their Law: The Singles 1990-2005

V.O.: 2005 CD double, XL Recordings XLCD 190

En Test: 2014 Vinyle double en encart

Étiquette: XL Recordings
XLLP190

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De dire que The Prodigy a été une influence est un euphémisme. Cette sonorité incroyable provenant de Grande-Bretagne a dépoussiéré une génération entière. Le côté plus crasse de The Prodigy faisant contrepartie au côté plus propre de The Chemical Brothers, plus artistique-expérimental de Future Sounds Of London. Auparavant, dans les années 80, la sonorité européenne était plutôt reconnue comme ayant peu de basses, dont ces dernières étaient représentées par des clics dans les aigus (pour reprendre la phrase de Moroder «but I knew I needed a click, so we put the click»). Non contents de cet état de fait, les groupes de Breakbeat y mettent toute la gomme dès 1989 et créent le Big Beat. De la basse, vous en voulez? The Prodigy en ajoute une couche avec ses paroles violentes, des vidéoclips décoiffant et faisant polémique, un style carrément sale.

Ici, à part pour les fanatiques du style, on a surtout connu ces groupes à travers le jeu wipEout XL, version Nord-Américaine de wipEout 2097, nous faisant découvrir des premières pistes de Future Sound of London, Fluke, The Chemical Brothers, Underworld, Daft Punk, Orbital, Leftfield et bien entendu The Prodigy, le tout en version instrumentale. La trame sonore est encore une référence en la matière aujourd’hui. Le disque de compilation Their Law, sortie en 2005, est sorti lors du creux où peu de disques vinyle se faisaient produire. C’est un peu normal qu’on eût uniquement accès à une version CD, et il était temps que XL Recordings y remédie. On avait en effet droit à plusieurs des disques de The Prodigy en vinyle. Surtout que le style se prête parfaitement au vinyle!

D’ailleurs, pour la qualité, si je compare avec The Fat Of The Land, on a des versions des chansons légèrement plus compressées et respirant moins. Il faut dire que, compilation oblige, ils ont mis environ 20 minutes de musique par face, ce qui est énorme pour ce style musical. Le disque, superbe d’ailleurs, a un peu trop de bruit de fond, mais ce n’est pas trop problématique, on l’oublie bien vite quand la musique démarre, à tue-tête, avec tout ce qu’on s’attendrait d’avoir comme basse tonitruante et déchaussante son caisson d’extrêmes-graves, au grand malheur de ses voisins, qui peuvent bien sonner ou frapper du balai, on ne les entendra juste pas, ni les policiers qui vont passer pour demander de baisser le volume. Comme je disais, il y a de la compression, mais elle n’est pas du tout déplacée, les moments doux sont contrebalancés par l’extrême pression de la défonce qui les suit. Les boums de basse ne modifiant pas le niveau des aigus. Si on compare la version vinyle et la version numérique, on ne revient plus au numérique tellement cette dernière est compressée en comparaison!

Sur ce, je dois aller mettre de la glace sur mes oreilles! Et XL, la prochaine fois, faites une compilation en quatre disques et mettez-y tous les succès du CD double, pas uniquement le premier disque!

Rétrospective Atlantic de Portugal. The Man

Alaska Represent! Le groupe de l’État du Grand Nord compose des offrandes musicales depuis plus de dix années et possède un ensemble impressionnant de disques, tous accessibles en vinyles.

Le groupe rock est d’ailleurs incroyablement consistant dans ses offres, on ne peut pas dire qu’il y a un mauvais disque, tous sont appréciés par les fans. Ce qui change est le style musical, passant de rock expérimental indie à post rock, à de plus en plus psychédélique toujours indie, pour finalement avoir un Woodstock qui est pop-rock psychédélique. L’arrivée plus pop, moins indie et plus psychédélique se fait lors de la signature avec Atlantic Records en 2010.

Ayant pris résidence à Portland, Orégon, le groupe se concentre à réaliser des tournées et des nouveaux albums. Le coup de dés Atlantic les a propulsés dans la stratosphère, leur chanson pop Feel It Still leur a permis de gagner un Grammy pour la meilleure chanson pop (groupe). Ils ont aussi récemment visité leurs fans montréalais lors de leur dernière tournée.

Un dernier fait divers. En 2014, ils sortirent une chanson sur les tigres du Sumatra, dont il ne reste que 400 représentants sur la planète. Ils ont donc réalisé une chanson en voie d’extinction, en 400 vinyles qu’ils ont distribués à des personnalités. Il n’existe aucune copie vendue, aucune copie numérique ou sur ruban. La chanson va disparaître au fil des années, les vinyles vont se dégrader par les écoutes successives. Ils suggèrent d’ailleurs aux fans de bien vouloir copier la chanson afin de la préserver.

Album: In The Mountain In The Cloud
Artiste: Portugal. The Man

En Test: 2011 Vinyle

Étiquette: Atlantic
EVR 211

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L’album de 2011, le plus rock des trois, est un album qui est constant. J’ai beaucoup de difficulté à dire à quel point cet album est bon, mais en même temps est uniforme. Il n’y a pas de sautes d’humeur comme les albums précédents, c’est un tout, presque un album-concept cher au rock progressif. Album produit avec l’aide de John Hill qui donna une cohésion au groupe. Ce dernier continuera d’ailleurs à suivre le groupe de loin, coproduisant Feel It Now sur Woodstock. C’est le genre de disque qu’on peut faire jouer en sourdine et tous vont demander qui est le groupe. Bonnes chansons, bel univers. Du P.TM comme on l’aime!

Côté qualité pour le vinyle, hélas, c’est un peu plat. Le style musical fait penser à du 70’s, mais n’a pas la chaleur et la profondeur de ces derniers. Il manque de basse et les hautes fréquences tombent un peu sur les oreilles. Ça reste une belle écoute, mais quand on met le disque, on n’est pas impressionné. C’est peut-être un disque produit «parce qu’il faut produire un disque vinyle», dans les années un peu plus creuses des disques.

Album: Evil Friends
Artiste: Portugal. The Man

En Test: 2013 Vinyle en encart avec CD

Étiquette: Atlantic
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L’album de 2013, tournant musical pour le groupe, est un album qui est tout sauf constant. Il est de notoriété publique que Portugal. The Man était en plein enregistrement de leur futur album quand ils ont tout effacé afin de se rendre travailler avec Danger Mouse. Ce dernier, plus hip-hop, a sorti le groupe de ses sentiers battus de rock indépendant, les menant dans des styles plus accessibles en rock moderne. Une partie rock, une partie hip-hop, une partie pop, une touche funk.

Pour la qualité du vinyle, c’est beaucoup mieux que In The Mountain In The Cloud, mais ce n’est toujours pas le nirvana. Parfois, on y a approché, et parfois, on retourne dans un univers plus fermé. Je suis cependant vraiment heureux de vouloir grimper le volume à un niveau décent, avec parfois des pointes que je désire descendre hélas. Comme le style musical est plus moderne, je m’attends et ai reçu un matriçage moderne, aucunement teinté des années 70, comme il aurait dû être dans leur album précédent. Très bel achat.

Album: Woodstock
Artiste: Portugal. The Man

En Test: 2017 Vinyle

Étiquette: Atlantic
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Pour la première fois, le groupe prit quatre longues années pour sortir une offrande. Leur style changeant et de moins en moins indépendant est peut-être un indice, que le groupe a été en crise musicale. L’album a été produit deux fois, la première fois avec Mike D, des Beastie Boys. Le disque était musicalement terminé lorsque le groupe décida que ce n’est pas ce qu’ils recherchaient. Introspection, questionnements. Dans un vidéo, le groupe a dit que le déclic s’est fait lorsque le père d’un des membres du groupe leur sortit une anecdote et un billet d’entrée pour le festival Woodstock original. Enregistrant de nouveau toutes les pièces (décidément, ils aiment tout effacer!) et faisant coproduire les pièces par une demie-douzaine de producteurs, ainsi qu’une demie-douzaine d’écrivains, de chanteurs et musiciens supplémentaires, le groupe nous sort ici leur album le moins rock, et le plus pop radiophonique. Chaque chanson possède son style original, chaque chanson est un tout, et malgré certains qui disent que c’est un album rock psychédélique, je mets mon pied à terre et dit que c’est un album pop.

Et pour la qualité du vinyle, on est dans la même veine que Evil Friends: c’est une excellente gravure, mais le disque est franchement inégal. On passe d’un style brouillon pour les deux premières pièces à une clarté pop avec Live In The Moment et Feel It Still, à un jupon numérique qui dépasse franchement sur la très bonne Rich Friends. La version numérique du disque a droit à une passe de compression qui aide à normaliser le tout, ce qui n’est pas disponible sur la version vinyle (merci!) alors les univers restent entiers. Pas du tout parfait, mais ce disque-ci, je l’ai fait jouer à tue-tête!

 

2016: Jain – Zanaka

Un premier album rythmé pour Jain

Artiste: Jain
Album: Zanaka

En Test: 2016 Vinyle double (45t)

Étiquette: Sony Music
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Il y a parfois des albums qui donnent le goût de recommencer à faire des critiques. L’album Zanaka de Jain est un tel album. La chanteuse toulousaine d’expression anglophone sort Zanaka, son premier album, à la fin 2015 et son disque est consacré platine en France une année après.

Ce premier album est de style pop rafraîchissant, un peu reggae, un peu Manu Chao, parfois chansons naïves, comme Hope, parfois acoustiques comme All My Days, voix légèrement nasillarde avec accent français avec une touche jamaïcaine appropriée aux chansons reggae, instruments acoustiques ou électros. Les chansons se suivent et ne se ressemblent pas et représentent bien les facettes de la chanteuse.

Pour la qualité, le disque vinyle double, 45 tours, avec moins de dix minutes par face, est impeccable, et peut être utilisé par un DJ sans problèmes. La gravure est fantastique, amplement de basses, des aigües convaincantes sans être trop fortes. En fait, la gravure est tellement bonne qu’on entend carrément les différentes sessions d’enregistrement, on entend les pistes numériques se faire répéter, arrêter, redémarrer. On entend aussi les compresseurs (relativement subtils pour le style) changer de registre avec les parties plus fortes et plus légères de l’album. Pour la gravure, même la partie glissée avec le filtre passe-bas de la chanson Makeba, habituellement un tueur de disques vinyle, où tout le popcorn réapparaît, reste absolument de glace. Seul défaut: disques un peu en bol à soupe.

On achète si on aime Sofi Tukker, Selah Sue, Miriam Makeba.

NDLA: content de revenir aux critiques, la vie de nouveau papa, ce n’est pas de tout repos!

Réédition 1978 / 2016: Hailu Mergia & Dahlak Band – Wede Harer Guzo

Danse Éthiopienne de 1978

Album: Wede Harer Guzo
Artiste: Hailu Mergia & Dahlak Band

V.O.: 1978 Cassette
SM Recording (Éthiopie)

En Test: 2016 Vinyle double
Awesome Tapes From Africa
ATFA 021LP

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Tout ce que j’ai appris de ce groupe, c’est à travers des recherches Internet et la page informative fournie avec le vinyle. Et c’est bien peu de choses : groupe en vogue auprès des jeunes éthiopiens il y a 40 ans, alors qu’il y avait un régime sévère qui contrôlait le pays avec des couvre-feux. N’en déplaise à ces derniers, les clubs de nuit ouvraient avant le couvre-feu et les gens dansaient jusqu’au lever du jour.

Le style musical représenté ici est un mélange d’afrobeat, de musique très relax et chaleureuse, des longs grooves dignes de Blue Note Lost Grooves, une touche éthiopienne traditionnelle, un soupçon de soul, des chœurs, de la joie. C’est différent, mais aussi c’est une obligation pour les admirateurs d’afrobeat!

Et la qualité ? Disque double, gravure impeccable, disques épais, passion… et aucune qualité! L’étiquette Awesome Tapes From Africa se spécialise dans la réédition de rubans musicaux provenant d’Afrique. Non, il n’y a jamais eu de vinyle; non, la bande maîtresse n’a jamais été conservée. Tout ce qu’on possède de cette tranche de vie, c’est une petite cassette qui avait ses 38 ans bien sonnés lorsqu’ils ont fait le transfert et tenté de récupérer un peu de qualité de ça, cassette fournie par Hailu Mergia lui-même, sa seule copie! La bande était écrêtée, les volumes approximatifs, ce n’est pas du tout quelque chose de haute qualité, sans compter la qualité de base du matériel d’enregistrement. On est loin des Fela Kuti ou des Tony Allen! N’empêche que ça s’écoute comme dans du beurre, fondu à la chaleur des nuits éthiopiennes! Audiophiles, ce n’est pas pour vous!

2015: Socalled – Peoplewatching

La bibitte montréalaise pour nous faire danser sur un album rap, et plus si affinités.

Socalled - PeoplewatchingAlbum : Peoplewatching
Artiste : Socalled

En test : 2015 Vinyle
Étiquette : Dare To Care Records
DTC056-LP

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J’aime les passionnés, j’aime ceux qui ne font rien comme les autres! C’est simple, je n’aime pas la normalité et Socalled est loin d’être normal. J’aime le décrire comme étant un vrai montréalais, un pure laine (né à Ottawa, mais chut!). Un juif anglophone plein de talent qui parle français, aime ses racines et se fout de faire comme les autres. Un gars fier des autres montréalais, de son quartier, de sa rue. Le genre de personne avec qui tu désires prendre un verre et argumenter sur tel ou tel sujet, juste parce que…

Ce dernier disque est rempli de collaborations et d’échantillonnages, on y retrouve avec plaisir Katie Moore, mais aussi Pierre Perpall et l’incroyable Fred Wesley. On a même droit à Oliver Jones! Et Yves Lambert! – Oui oui la bottine y est! C’est d’ailleurs un thème, si vous n’aimez qu’un seul style de musique, vous êtes bien mal barrés avec Socalled. Il faut le voir et l’écouter pour le croire, mais on passe du rap au piano seul au reel québécois au disco, du sympa au trash. Si vous aimez ce disque, je vous recommande d’aller voir ses spectacles, ça déménage!

Bien entendu, ce n’est pas le dernier disque… Il a un disque d’opéra, un disque de vieux succès yiddish et même une comédie musicale avec Tales From Odessa qui vient de sortir. Ce sont des projets aussi fous que le personnage qui est à découvrir. Vous n’avez qu’à plonger dans son univers loufoque.

Et côté qualité, c’est beau, amusant, sans prétention. Le disque suit le personnage : on aime l’écouter, on aime voir où il nous amène, mais ce n’est pas le disque le plus flamboyant du lot. On n’a pas le droit à la précision d’un Dead Obies, on n’a pas la perfection des grands artistes américains, on n’a même pas droit à la trame narrative d’un album conventionnel : c’est comme marcher sur Parc, bifurquer sur Fairmount, aller se chercher des bagels, revenir sur Hutchison (où il habite réellement en passant) et arrêter dans un bar gai pour la finale disco Curried Soul 2.0.

Je recommande le vinyle aussi parce que Socalled est aussi un collectionneur invétéré de vinyles… c’est inutile de l’avoir en vinyles, mais on s’amuse à le mettre à l’ancienne, on le joue avec plaisir, et on a un objet encore plus représentatif de l’artiste.

J’achète si j’aime Random Recipe, Jimmy Hunt, Bernard Adamus, Gigi French et voguer sur les styles différents.

1970, 2003: The Beatles – Let It Be & Let It Be… Naked

Sur la nudité des Beatles…

En 1968, les Beatles prenaient une tangente beaucoup plus complexe dans leurs compositions. Tout chaud de leur Album Blanc, en préparation pour Yellow Submarine, et en composition de Abbey Road, certains des membres rêvaient des chansons simples de leurs premiers albums. Un clin d’œil à ce qui a créé leur gloire. Ce projet a été relégué plus ou moins aux oubliettes, n’ayant que des sessions disparates pour y travailler. Encore plus, lorsqu’ils ont désiré finaliser quelque chose digne des Beatles, les guerres intestines avec le mécontentement des membres, le duo Lennon-Ono, la tournure mystique de Harrison, plus rien ne faisait. Les sessions ont malgré tout été terminées avec une centaine de chansons à moitié enregistrées, mais aucun produit réel. En 1969, ils enregistrèrent leur dernier album réel, Abbey Road. Restait cette pile de chansons sans aucun fil conducteur, de qualité différente.

Arriva Phil Spector, en sauveur de ce projet. Après avoir passé des mois de travail, de réécriture, de remixage, ajouté sa saveur locale, dont des orchestrations supplémentaires, des échantillons de discussions en studio, etc., il arriva à un album avec un fil conducteur. Beaucoup vont dire que ce n’est pas un vrai album des Beatles, vu que George Martin n’y est pas producteur, mais je doute qu’on ait eu un album sans Spector. On peut être contre Spector suite à sa condamnation, mais on ne peut être contre son génie.

Album : Let It Be
Artiste : The Beatles

En Test : 1970 Vinyle (Canada)

Étiquette : Apple Records
SOAL 6351

Acheter la version avec boîtier et livre originale 1970 chez Fréquences (rare)

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Vous pouvez aussi bien entendu trouver des versions originales 1970 de moins haute qualité au gré des arrivages de disque usagés, comme celle que j’ai en critique ici.

You’re damned if you do… Cet album est totalement différent de tous les autres albums des Beatles. Tout d’abord, on y entend des séquences de voix enregistrées en studio démontrant une bonhommie entre les différents Beatles. On a aussi beaucoup de différents styles, allant de rock doux représentatif de McCartney avec Get Back, du rock plus fort avec Dig A Pony, des chansons plus spirituelles à la Across The Universe, la chanson Let It Be représentative de Lennon, ainsi que des chansons-gag à la Maggie Mae. Le tout se termine avec une petite pièce d’anthologie, les dernières paroles de leur dernier spectacle sur le toit de Apple Corps : « I’d like to say « thank you » on behalf of the group and ourselves, and I hope we passed the audition. ».

Bien entendu, les critiques ont été mitigées. On a droit à des chansons avec une stylistique ancienne, avec le traitement in your face de Spector, aucun fil conducteur, des gags de studio, un air démontrant un manque de finition des pièces, des gags, de la bonhommie, un laisser-aller, et des chansons orchestrales. Il était de notoriété publique que Paul McCartney n’était pas heureux du résultat, que George Martin s’était fait tasser, bref : est-ce réellement un bon album des Beatles? Les critiques se sont entre-déchirées sur le sujet. En rétrospective, McCartney a dit un peu plus tard que malgré ses divergences, Spector a tout de même réussi un tour de force avec cet album, qui mérite sa place dans les albums des Beatles. De mon bord, je peux donner deux raisons pour lesquelles je me suis intéressé à l’univers de l’enregistrement musical : les bobines de mon père avec son Revox A77 et de m’avoir fait jouer avec ces dernières… et cet album, pour lesquelles les petits bouts de paroles en studio m’ont fasciné dès mon plus jeune âge. Je ne savais pas c’était quoi, mais je savais que j’en voulais dans ma vie.

Et côté qualité sonore, c’est un album des Beatles moderne. Multiples pistes, sessions à peu près en direct, exercices de style. Les anciennes versions ont plus de popcorn, leur âge paraît, et c’est habituellement des gravures de masse. Ça n’empêche pas une bonne écoute, mais ce n’est pas un disque de très haute qualité. La version est uniquement disponible en stéréo, toutefois, si vous désirez avoir une version mono originale, vous pouvez aller chercher le ruban mono, introuvable à des prix adéquats. D’ailleurs, je dirais que les meilleures versions de n’importe quel disque des Beatles sont les rubans d’origine. Toutefois, leurs prix sont prohibitifs pour des copies de qualité adéquates… quand ce ne sont pas des faux. De toute façon, la version mono d’Abbey Road et de Let It Be ne peut être considérée une version originale, ces deux albums ayant été prévus en stéréo dès le début. Ils ne sont pas disponibles dans le Mono Box, d’ailleurs.

Les versions 180g? Si le popcorn est quelque chose qui vous horripile et si vous préférez ne pas avoir à payer 50 $ ou plus pour une copie d’origine de qualité, la nouvelle édition est parfaitement valable. La copie ultime, à mon avis, reste le ruban… mais sinon, c’est la deuxième meilleure version disponible. La troisième serait la version en boîtier, vu qu’elle est ancienne et d’édition très limitée, et a probablement été bien entretenue par ses possesseurs. Il y a plus de chances que l’enregistrement ait été bien fait sur le disque.

Album : Let It Be… Naked
Artiste : The Beatles

En Test : 2003 Vinyle

Étiquette : Parlophone
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You’re damned if you don’t… McCartney a tout de même eu sa chance de refaire le disque. À peu près les mêmes pistes, mais on enlève les ficelles du studio, on enlève les gags, on ne garde que les chansons valant la peine, on en ajoute qui n’ont pas été sélectionnées, et surtout, on enlève les orchestrations et la surproduction de Spector. Bien évidemment, les critiques ont été mitigées encore une fois : exit le plaisir apparent de l’album, ce qui ne reste, c’est des chansons avec un fil conducteur mitigé. Parfois, aussi, Spector a bien réussi des versions, et de vouloir modifier la chanson sans aucune raison valable est juste du révisionnisme. Bref : ces satanées critiques ne seront jamais contentes!

Mon opinion est que la version originale a sa place, et est une des raisons pour lesquelles cet album a fonctionné. Je ne crois pas que la version Naked… aurait eu un si grand succès. Toutefois, les versions qui nous sont proposées sont vraiment meilleures musicalement parlant. Au prix du disque, je ne suis pas certain… mais autant l’objet, le livre, le petit disque supplémentaire que la musique du disque principal sont autant d’attentions à produire un bel objet que les collectionneurs seront heureux de posséder.

Côté sonorité, c’est un travail d’amour. La sonorité est aussi bonne qu’elle puisse l’être. C’est non seulement un beau moment pour redécouvrir cet album, mais c’est aussi quelque chose qui s’écoute aussi bien (sinon mieux, dépendant de votre système) que la version 180 g.

Compilation 2008 (Nb 001): Eccentric Soul: The Capsoul Label

Les rééditions, bien faites!

Album : Eccentric Soul: The Capsoul Label

V.O. : 2004 CD, Numero Group, NUM001

En Test : 2008 Vinyle double

Étiquette : Numero Group
NUM001

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Je crois que je suis un admirateur de l’étiquette Numero Group. Bien entendu, j’ai leur premier disque, mais aussi j’ai des plus grosses pièces, dont leur superbe coffret de White Zombie, fort peu dispendieux et d’une qualité exceptionnelle. Ce ne sont pas les seuls à réaliser des rééditions, chacun a leur propre petit créneau. On peut penser aux compilations funky de Soul Jazz Records, aux collections thématiques et louches de Light In The Attic, aux produits parfaits de Strut, aux produits léchés de Now-Again, les compilations stylistiques de Rough Guide, tout comme les étiquettes à produits spécialisés pleines de passion, comme Tidal Waves, Medical Records etc. Alors de s’attaquer à des rééditions de qualité comme ils le font, ce n’est pas rien. Ce qu’ils nous offrent ici en premier disque met l’eau à la bouche.

L’étiquette Capsoul provient de la capitale du soul : Columbus, Ohio! … Oui, bon, quand on parle du soul, on ne s’attend pas à l’Ohio. Et pourtant! Capsoul nous en a fait la preuve lorsqu’ils ont démarré leur étiquette à la fin des années 60. Ils ont produit beaucoup d’artistes locaux, numéros un. Mais aussi une fermeture quelques années plus tard, rubans détruits, disques dorénavant introuvables, tout y est. Du soul? Oh que oui! Numero Group s’est attaqué à un défi de taille avec Capsoul!

Et cette première version vinyle, c’est quelle sonorité ? C’est clairement du même matériel que la version CD. Il y a une compression des fréquences moderne qui est un anachronisme des années 70. On peut voir par exemple le kick drum de I Want To Be Ready ne pas avoir toute la basse qu’on s’attendrait. Certaines fréquences vont parfois réduire inutilement lors des moments forts. Mais le disque de compilation est heureusement parsemé de moments jouissifs qui font penser qu’un souci du détail a été préservé à travers le disque, la compression semble moins présente que la version présentée en CD.

Et c’est le premier des nombreux disques de Numero! Le meilleur est à venir, quelques centaines de sorties plus tard, ils sont meilleurs que jamais. On leur souhaite longue vie!