1990/2016, 2015: Jean Leloup – L’amour est sans pitié, À Paradis City

Petite rétrospective vinyle Jean Leloup.

Un de nos grands, passionné, nerd musical, capoté de composition, Jean Leloup nous a habitués à une qualité de produit. Fort de sa participation au Festival International de la Chanson de Granby et à Starmania, il signa avec Audiogram dès son premier album, qui est accessible en vinyle, mais qui est une « erreur de jeunesse ». Très rapidement, ses vraies couleurs apparaissent avec L’amour est sans pitié.

Album : L’amour est sans pitié
Artiste : Jean Leloup

V.O. : 1993 CD
Audiogram
ADCD 10036

En test : 2016 Vinyle RSD

Étiquette : Audiogram, Sony Music
AD 10036

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Il existe trois écoles de pensées : une qui considère que L’amour est sans pitié est son meilleur album, l’autre, Le Dôme et un dernier qui considère que Les Fourmis est le summum. Encore aujourd’hui, on connaît un bon tiers des chansons de L’amour par cœur, on reconnaît les chansons aux premières notes, il y a un côté sale affaire dans tous ces albums, aucun filtre, paroles limite subversives à haut débit, des compositions à couper à la machette rouillée, et à faire passer la douleur au vin rouge qui tache et aux dattes fraîches.

Et on est chanceux, fort de la sortie vinyle de À Paradis City par Dare To Care, Audiogram en association avec Sony Music sortent enfin L’amour est sans pitié ainsi que Le Dôme en vinyle, ce dernier vinyle double! Ne va rester que nos Fourmis nationales et on va être comblés!

Et ont-ils fait un bon travail ? Oui, c’est un album édition limitée 1000 exemplaires sortis pour le Record Store Day 2016, ils sont rendus très rares. C’est une version 180g, les matrices n’ont pas eu le temps de s’user sur le disque, il est impeccable côté qualité. Pour le contenu musical le disque est très beau, Audiogram a pris le temps de réaliser une belle version pour son 23e anniversaire, autant la guitare électrique est forte et grinçante, autant la guitare acoustique est naturelle et belle, le rythme est fort et bon, la voix en a vu d’autres comme il se doit avec The Wolf. Il y a un côté de ma personne qui aurait préféré un rematriçage avec un côté plus moderne à la compression, le disque étant très similaire au CD et son côté ’90s date légèrement. Mais en même temps, quelle belle écoute ! Si vous pouvez vous le procurer, c’est un univers différent que ce qu’on peut retrouver sur CD, et c’est définitivement une meilleure sonorité que la version en streaming.

Et pour Le Dôme ? Six longues années après l’énorme succès de L’amour, John The Wolf nous revient avec un autre énorme succès. Cet album tombe dans un entre-deux entre avoir vraiment peu de musique par face ou d’avoir une qualité réduite. Ils ont préféré conserver toute la qualité et nous obliger à avoir quatre faces. Je vote pour ça aussi! Après un très bon La Vallée des Réputations (pas encore disponible en vinyle), Jean Leloup quitte le milieu musical avec Exit, son « dernier spectacle », mais revient après deux petites années en tant que Jean Leclerc (son vrai nom de famille) avec Mexico, comme premier disque d’une nouvelle étiquette, La Grosse Boîte, gérée par Dare To Care records. À partir de ce moment, nous avons droit à tous les disques en vinyle! Son suivant, Mille Excuses Milady est aussi disponible en vinyle double… et après six longues années de hiatus pour la deuxième fois…

Album : À Paradis City
Artiste : Jean Leloup

En Test : 2015 Vinyle

Étiquette : La Grosse Boîte, Dare To Care Records
BOITE-45-LP, DTCLP-4445

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Ce disque a connu un succès retentissant, devenant à sa sortie le #1 des ventes au Canada! Le tout, malgré son style musical, plus posé et moins de party que les disques susmentionnés. C’est un disque avec une sonorité simili en direct, avec un style beaucoup plus sous-sol empoussiéré, bar louche. La musique suit les paroles, enfin! Et Dare To Care n’a pas fait dans la propreté côté sonorité non plus, c’est un peu l’équivalent de Blue And Lonesome des Rolling Stones, c’est crasseux jusqu’aux replis des cordes de guitare. C’est le disque à découvrir! À mon avis, on va se rappeler de ces derniers disques comme des grands vins, des disques à écouter en entier un peu comme ceux des Colocs, tandis qu’on va se rappeler des anciens disques comme des succès individuels.

C’est en faisant les comparatifs qu’on va voir le côté numérique et propre des premiers disques d’Audiogram, et de voir le naturel violent et crasse de Jean Leloup ressortir sur les disques de La Grosse Boîte. Je ne peux officiellement dire que c’est mieux, Audiogram, c’est tous les succès, toutes les chansons qu’on connaît par cœur, et le sacrilège d’y toucher. Tandis que ceux de La Grosse Boîte sont des disques à écouter du début à la fin. Et ce dernier disque est d’une sonorité à couper le souffle, ne vous méprenez pas, j’ai pesé mes mots avant de sortir les Stones en analogie. Prenez quelques maigres dollars de plus et achetez la version vinyle, vous ne le regretterez pas!

Réédition 1993/2015: Orbital – Orbital 2

Mortal Kombat!

Album: Orbital (2e album du nom)
Artiste: Orbital

V.O.: 1993 Vinyle double DMM
Internal / FFRR
TRULP2

En test: 2015 Vinyle double 180g

Étiquette: Warner Music Group
TRULP 2

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Dans la lignée des groupes aux noms similaires, il faut mentionner Orbital, The Orb et William Orbit, tous en musique électronique, tous actifs dans les mêmes années, britanniques. Cet album est de Orbital, qui connut un succès retentissant grâce à sa pièce musicale Halcyon+On+On notamment utilisée lors dans la finale du film Mortal Kombat, mais aussi dans bien d’autres films du moment.

C’est bien peu dire de ce duo d’Acid House, dont le succès a été obtenu avant leur premier album dans la scène Rave britannique. Succès assez retentissant pour être passés à Top Of The Pops en promo de l’album Orbital. Deux années plus tard, ils sortirent ce deuxième album, leur meilleur, et une parfaite représentation de musique de danse de ces années. Sonorité vieillie, bien entendu, synthétiseurs du moment, style du moment, mais une sonorité à faire écrouler les murs, à écouter au maximum de son amplificateur avec le caisson graves dans le tapis. Quel album incroyable, et pas seulement pour leur plus grand succès !

Côté sonorité, c’est un album avec une trop grande quantité de musique par face pour être considéré un album pour DJ, il faut se rabattre sur les simples afin d’avoir le maximum. Mais c’est aussi un album avec une sonorité exemplaire, très peu de bruit de fond, une belle qualité sur chacune des chansons. Une première face à onze minutes de musique et une simplicité de produit qui aurait pu en entrer encore plus, une deuxième face avec plus de 20 minutes de musique mixée, c’est un peu un mélange de tout et de rien, mais ça suit la progression de la version originale de 1993 et ça s’écoute superbement. Très belle réimpression de la part de Warner.

2015: Socalled – Peoplewatching

La bibitte montréalaise pour nous faire danser sur un album rap, et plus si affinités.

Socalled - PeoplewatchingAlbum : Peoplewatching
Artiste : Socalled

En test : 2015 Vinyle
Étiquette : Dare To Care Records
DTC056-LP

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J’aime les passionnés, j’aime ceux qui ne font rien comme les autres! C’est simple, je n’aime pas la normalité et Socalled est loin d’être normal. J’aime le décrire comme étant un vrai montréalais, un pure laine (né à Ottawa, mais chut!). Un juif anglophone plein de talent qui parle français, aime ses racines et se fout de faire comme les autres. Un gars fier des autres montréalais, de son quartier, de sa rue. Le genre de personne avec qui tu désires prendre un verre et argumenter sur tel ou tel sujet, juste parce que…

Ce dernier disque est rempli de collaborations et d’échantillonnages, on y retrouve avec plaisir Katie Moore, mais aussi Pierre Perpall et l’incroyable Fred Wesley. On a même droit à Oliver Jones! Et Yves Lambert! – Oui oui la bottine y est! C’est d’ailleurs un thème, si vous n’aimez qu’un seul style de musique, vous êtes bien mal barrés avec Socalled. Il faut le voir et l’écouter pour le croire, mais on passe du rap au piano seul au reel québécois au disco, du sympa au trash. Si vous aimez ce disque, je vous recommande d’aller voir ses spectacles, ça déménage!

Bien entendu, ce n’est pas le dernier disque… Il a un disque d’opéra, un disque de vieux succès yiddish et même une comédie musicale avec Tales From Odessa qui vient de sortir. Ce sont des projets aussi fous que le personnage qui est à découvrir. Vous n’avez qu’à plonger dans son univers loufoque.

Et côté qualité, c’est beau, amusant, sans prétention. Le disque suit le personnage : on aime l’écouter, on aime voir où il nous amène, mais ce n’est pas le disque le plus flamboyant du lot. On n’a pas le droit à la précision d’un Dead Obies, on n’a pas la perfection des grands artistes américains, on n’a même pas droit à la trame narrative d’un album conventionnel : c’est comme marcher sur Parc, bifurquer sur Fairmount, aller se chercher des bagels, revenir sur Hutchison (où il habite réellement en passant) et arrêter dans un bar gai pour la finale disco Curried Soul 2.0.

Je recommande le vinyle aussi parce que Socalled est aussi un collectionneur invétéré de vinyles… c’est inutile de l’avoir en vinyles, mais on s’amuse à le mettre à l’ancienne, on le joue avec plaisir, et on a un objet encore plus représentatif de l’artiste.

J’achète si j’aime Random Recipe, Jimmy Hunt, Bernard Adamus, Gigi French et voguer sur les styles différents.

Réimpression 2001/2015: Gorillaz – Gorillaz

Gorillaz dessiné pour vos oreillez!

Album : Gorillaz
Artiste : Gorillaz

V.O. : 2001 Vinyle double

En Test : 2015 Vinyle double

Étiquette : Parlophone
7243 5 31138 1 0

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Gorillaz est un groupe peu commun. C’est un groupe collaboratif entre deux artistes : Damon Albarn, musicien et Jamie Hewlett, dessinateur. C’est tout! Fin! Collaborations, artistes récurrents, aides, mais surtout le record Guinness du groupe virtuel ayant le plus de succès. Damon Albarn est un artiste excessivement connu, mais qui est absolument inconnu par la majeure partie des gens. Blur, ça vous dit quelque chose? Song 2, vous savez? Voilà.

Et Gorillaz, leur premier disque éponyme, a changé la planète! À partir de ce moment, tout le monde avait dans les oreilles le super succès Clint Eastwood. Et c’est sans compter les autres chansons de l’album, tout aussi bonnes, et qui n’ont pas vieilli d’une once, mais résolument moins connues. Et pour la deuxième partie de ce duo, c’est surtout ça qui a fait parler la planète. On désirait savoir qui était en arrière de ces quatre membres du groupe. Qui diantre était 2D, Murdoc, Russel et Noodle, si mauvais garçons dans les vidéoclips.

Pour la qualité, vous allez trouver que je suis un vieux disque qui saute cette semaine, mais la compression Y2K est de mise. Si je prends le premier disque, 5/4, si dynamique, lorsque le groupe s’y met, tous les instruments descendent de volume. Si je prends Clint Eastwood, lorsque certains instruments font compresser le bus de sortie, les instruments se déplacent avec la compression. L’idée de compression avec deux canaux indépendants est morte aussi rapidement que l’idée est arrivée, pour moi, c’est hautement crispant d’entendre les instruments se déplacer au gré du boum de basse. Ce type de compression est aussi la preuve qu’on a droit ici à une sortie avec les disques maîtres de 2001. Ce n’est pas un remaster 2015, ni un travail numérique, c’est bien un son définitivement authentique de 2001. Cette réimpression est superbe, pas de bruit de fond, la sonorité d’origine, tout est beau dessus, et je suis prêt à vivre avec une sonorité compressée comme dans le bon vieux temps afin de conserver une telle qualité de disque. À jouer le plus fort possible!

On achète si on aime Blur, LCD Soundsystem, Alt-J, Franz Ferdinand, Daft Punk, Tame Impala.

Réédition 2001-2015: Mononc’ Serge – Mon Voyage Au Canada

Une expérience de fédéralisme extrême en vinyle!

Bon 150e du Canada!

Album : Mon Voyage Au Canada
Artiste : Mononc’ Serge

V.O. : 2001 CD
Indépendant, MON2-1599

En Test : 2015 Vinyle double

Étiquette : Indépendant
MON5-1599

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Depuis que j’ai fait la sono de son spectacle au Collège Lionel-Groulx, il y a bien des années, je suis devenu admirateur de Mononc’ Serge. Tout d’abord un sympathique personnage, mais surtout un excellent musicien, très bon compositeur, de la joie de vivre et prêt à jouer absolument tout. On l’a bien connu comme étant le premier bassiste des Colocs, mais surtout qu’il était beaucoup plus wild que Les Colocs, qui eux-mêmes n’étaient pas des enfants de chœur. Alors il démarra sa carrière solo bien rapidement, avec spectacles radio et en 2000, un premier album adéquatement intitulé 13 Tounes Trash, qui inclut le succès Marijuana. Le bassiste continua sa lancée trash avec son album Mon Voyage Au Canada avant de participer à des collaborations avec le groupe trash Anonymus sur des albums franchement exceptionnels. Je vais devoir vous parler de leur excellent Musique Barbare qui a aussi eu droit à un retour sur vinyle.

Enfin donc, c’est un artiste trash, et c’est un album trash. Et c’est un album plein d’excellentes chansons toutes plus trash les unes que les autres. Si on s’attend à de la subtilité dans les textes, on n’en trouvera pas beaucoup. Si on s’attend à des compositions hors pair qui nous font danser dans le mosh pit et qui nous font être heureux de la vie, avec des superbes musiciens, ça par contre, on va le trouver. Certaines font carrément penser à du Tom Waits (La Police, B-2)

Et si on achète le disque vinyle double? On va se retrouver avec un album majestueusement gravé, une douzaine de minutes par face au maximum, de la qualité, de la précision, de la plage dynamique, des instruments beaux et honnêtes. Mais aussi une pointe de distorsion lorsque ça joue trop fort hélas, comme sur la chanson Fourrer (B-3) qui a ce petit crépitement dans les moments déjantés qui me fait douter de la provenance numérique de l’album. N’empêche qu’Éric Arbour a effectué un superbe travail au matriçage et je n’ai rien à redire à un album autoproduit qui a autant de mordant dans le son comme dans les propos.

 

2015: Kendrick Lamar – To Pimp A Butterfly

Un album qui peut se targuer d’avoir changé la scène du hip hop en 2015. Il y a un avant et un après To Pimp…

Album: To Pimp A Butterfly
Artiste: Kendrick Lamar

En Test: 2015 Vinyle double 180g (US, République tchèque)

Étiquette: Top Dawg Entertainment, Aftermath Entertainment, Interscope Records
B0023464-01

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Qu’est-ce qui représente la scène black aux États-Unis? Je vais bien entendu y aller avec des gros préjugés mais ils sont basés sur une réalité troublante. Les familles pauvres, la surreprésentation dans les prisons, les ghettos, le manque de possibilités, de ne pas avoir les mêmes opportunités qu’un blanc. Ça va aussi avec les gens qui sont du mauvais bord de la loi et qui vont faire trop d’argent. Ce n’est pas surprenant que d’entendre des chansons sur le sexe, la drogue, les tueries, les gold diggers, les maisons closes, etc.

Et dans les styles musicaux? Il y a bien entendu le rap, le hip hop, mais il y a aussi le jazz. Beaucoup vont prendre le jazz, surtout le free jazz, comme une musique d’esthètes, à écouter en sirotant un scotch hors de prix et de tripper sur … tripper sur quoi en fait? Bah, c’est bon, quel artiste, quel grand. Wow! C’est comme pour l’art contemporain, des tableaux obscurs qui prennent un post-doctorat en art afin de comprendre toute la subtilité. J’ai payé ce tableau 20K, tu imagines? Wow!

Justement … non!!! L’art contemporain, comme on va retrouver au MAC de Montréal, par exemple, est de l’art fait pour être compris et découvert par des gens qui habitent dans le sous-sol de leurs parents, c’est de l’art fait pour être apprécié au secondaire, au cégep, c’est de l’art fait pour être compris par la personne qui attends son chèque du B.S.! Ce n’est pas de l’art fait pour être vu de loin, au contraire, c’est de l’art qui représente une réalité, qui exacerbe une vérité de vie. C’est la même chose pour le jazz: musique noire des États-Unis, musique du ghetto, musique qui est aussi importante que le rappeur du quartier, voire plus. Lorsque certains disent « oui mais ce n’est qu’une borne fontaine », il n’y a aucun génie apparent mais le génie est de représenter une vitrine sur la vie de tous les jours des gens normaux. Même chose pour les styles musicaux, dont le jazz.

Écoutez les films de Spike Lee, vous allez avoir ces thèmes, vous allez avoir en trame sonore constante le hip hop, les DJ, mais énormément de jazz, surtout de free jazz. C’est de la musique qui décrit une émotion, qui est fait pour être ressentie, pas uniquement écoutée. C’est aussi viscéral que le rythme tribal.

Et c’est ici tout le génie de Kendrick Lamar. Cet album a touché une corde sensible. Non content de ne faire que rabâcher le gangsta rap repenti ou non. Non content de seulement parler des femmes d’une façon condescendante. Non content de parler de la dernière personne à s’être fait tirer. Des textes qui reflètent la vie aux États-Unis quand on est black dans les années 2010. Et de la musique hip hop de superbe qualité, des musiciens de jazz et de free jazz, de swing, des relents de tribal, de la musique blues, de la musique funk, disco par extension. Un vrai film de Lee, justement.

Si je parle de ce disque autant, c’est que c’est la bombe. Mais aussi il est très long. Plus de 70 minutes. Lamar est trop prolifique probablement, hyperactif un peu. Je le vois un peu comme moi, qui prends trop de temps à écrire des critiques et des articles quand j’ai déjà des dizaines d’autres projets qui occupent mon temps, qui va en produire beaucoup à la place de produire une très grande qualité. On se perd d’ailleurs dans ses autres disques. Je suis fou de son autre disque Untitled Unmastered mais je suis plus froid sur son dernier, ou plutôt, je le trouve inégal. N’empêche que malgré sa longueur, To Pimp est bon de A à Z. Certains y voient un disque aussi important que Nevermind de Nirvana, j’ai tendance à leur donner raison. Il y a un avant et un après ce disque. La musique hip hop ne sera plus jamais pareille.

Et est-ce que ma table tournante, elle, va être heureuse? Il existe trois versions du disque. Une de la République Tchèque pour le marché des États-Unis, une des États-Unis et une d’Europe. J’ai eu vent que les trois versions sont très différents et que la version Euro serait la meilleure des trois. Je n’en sais rien. Ce que je sais, toutefois, c’est que cette version que je possède (Tchèque) est fort appréciable. Il y a parfois de petits manquements au son, parfois les aigus s’emballent un peu. Aussi, je le trouve très réservé, la basse est à sa place, les instruments sont à leurs place. Il ne semble pas y avoir de surprise. En fait, je dirais que la différence est que la version numérique ne semble pas avoir de suite logique, toutefois la version vinyle possède cette chaleur et ce point rassembleur qui en fait un album se suivant du début à la fin. C’est tellement prévu pour du vinyle qu’il y a même à quelques reprises des bruits de vinyles (dont le début du disque – ne vous inquiétez pas s’il semble y avoir du popcorn, même le CD en possède!). Votre table tournante va être très heureuse.

Rétrospective Le Couleur et Lisbon Lux Records

Ok, je l’avoue, je suis fan fini de certains groupes. Le Couleur est un de mes groupes préférés depuis leur premier vidéoclip. Et Lisbon Lux Records, anciennement faisant partie de l’écurie DEP, est un exemple parfait de groupe se donnant à fond pour leur Art.

Commençons par leur tout premier album

Album: Voyage Love EP
Artiste: Le Couleur

En Test: 2013 Vinyle 45RPM

Étiquette: Lisbon Lux Records
LLR0004

Vous pouvez acheter le disque vinyle sur le site de l’étiquette directement.

Belle mise en bouche pour ce groupe synthpop montréalais. C’est avec leur vidéoclip Voyage Amoureux que je les ai découverts. Dans des années où j’étais fanatique de The Chromatics et de l’étiquette Italians Do It Better (je devrai vous parler d’eux un jour) m’est arrivé directement de ma petite ville un groupe complètement fou. Chanteuse voix sulfureuse, synthés italo, basse proéminente et compositions pop bonbon style ancien avec une touche parfaitement moderne. Wow. Et ils ont produit leur premier disque EP en vinyle!

Côté disque, c’est une première étape pour nos protagonistes avec plusieurs impairs de composition, mais aussi toute la joie et fougue d’un excellent commencement. Des chansons qu’ils jouent encore avec plaisir dans leurs spectacles. Et un disque vinyle légèrement bruyant, mais malgré tout le côté numérique, reste qu’il se défend fort bien. C’est un beau petit disque qui nous donne le goût d’en écouter encore plus.

Album: Dolce Désir EP
Artiste: Le Couleur

En Test: 2015 Vinyle 45RPM

Étiquette: Lisbon Lux Records
LLR0020

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Vous pouvez acheter le disque vinyle sur le site de l’étiquette directement,

Deuxième disque, deuxième EP. Décidément. Mais cette fois-ci, le groupe a pris du galon, nouveau bassiste (French Fox, qui co-réalise le disque) donnant un style beaucoup plus disco. Moins de guitares, plus de synthé; le côté italodisco est définitivement assumé, ce qui est d’ailleurs parfaitement clair avec la chanson Concerto Rock. Mais ce qui est tout aussi clair, c’est que malgré le fait d’être un EP, c’est aussi un disque avec une face B. Les chansons de la deuxième face sont prévues moins à succès. Malgré tout, les chansons du disque ont toutes eu des vies, sont jouées lors de leurs spectacles et sont bien produites avec passion.

Et qualitatif pour le deuxième vinyle, je vais répéter le même refrain que pour le premier disque: le vinyle est bruyant et ma copie est légèrement décentrée. Sonne légèrement plus numérique que le premier disque, sans que ça n’occasionne de gène.

Album: P.O.P
Artiste: Le Couleur

En Test: 2016 Vinyle

Étiquette: Lisbon Lux Records
LLR0049

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Enfin un album! Enfiiiin! Pacific Ocean Park est le premier album complet de Le Couleur, premier (et dernier) disque avec le distributeur DEP, et aussi un retour aux sources en même temps qu’une progression. Dorénavant beaucoup plus 70’s pop et une touche 80s avec des 404, 808 et synthés assumés, avec la même touche de grooves disco qui font leur charme. L’expérience French Fox restera en tant qu’ami, cofondateur de l’étiquette LLR et en coécriture pour Underage. Malgré sa présence, ça paraît côté basse, qui est beaucoup moins présente, mais c’est avec joie qu’on retrouve les trois sbires d’origine, qui resteront unis pour leur premier long jeu! L’inspiration de Daft Punk – RAM est claire sur cet album. Ce n’est pas que du disco, ceci dit. Beaucoup de pop et chansons radiophoniques d’une autre ère agrémentent aussi le disque, qui est un petit bonbon à écouter.

Côté sonorité, le disque vinyle est plus compressé que les deux premiers EP, l’influence DEP j’imagine. Mais aussi, il ne semble y avoir eu qu’un seul matriçage, autant pour la version numérique que pour la version vinyle. Je ne suis pas totalement certain si j’aime réellement le disque vinyle pour être franc. Il joue très bien, il possède une bonne qualité, mais il sonne beaucoup plus Protools que les deux premiers EP qui avaient une qualité organique allant fort bien avec ce style musical.

Et la suite…? Félicitations à Laurence, la chanteuse du groupe, d’avoir eu un superbe petit bébé. Comment changer une vie en une leçon, et comment rendre plus difficiles les tournées à travers le monde? N’empêche que les vidéoclips fonctionnent bien et la compo, ça se fait bien en studio à gauche ou à droite. Il y a donc peut-être des chances pour une suite au groupe!

Mais Lisbon Lux Records, ce n’est pas que Le Couleur. Voici deux autres petits disques achetés récemment, en rafale.

Album: #Followme
Artiste: Fonkynson

En test: 2016 Vinyle

Étiquette: Lisbon Lux Records
LLR0044

Encore une fois, ce disque peut être acheté directement sur le site de l’étiquette.

Après ses deux premiers LP en numérique et quelques années de spectacles, il commençait à être temps que Fonkynson sorte son premier disque. J’ai connu Fonkynson lors de la Nuit Blanche de Montréal 2015 où il a joué avec ses sbires de Lisbon Lux dans la salle de l’ONF. Comment danser en une leçon avec ce DJ Future Disco synthpop. Côté sonorité, le vinyle est un peu comme pour P.O.P hélas, il a une sonorité très numérique quand ce genre de disque aurait fort besoin de plus de cette chaleur du vinyle. N’empêche que je ne le reléguerai pas aux oubliettes, c’est le genre de disque qu’on adore mettre juste comme ça dans un party chez soi, l’oublier sur la table tournante et se retourner pour voir tout le monde danser et s’amuser règle générale.

Album: Jeunes Instants
Artiste: Paupière

En test: 2016 Vinyle 10po

Étiquette: Lisbon Lux Records, Entreprise
LLR0034, ENTRE29V

Bien sûr, ce disque peut être acheté directement sur le site de l’étiquette

Premier disque d’un projet de Pierre-Luc Bégin, mieux connu pour le groupe We Are Wolves, Paupière est une découverte récente de ma part (merci Julien).

Synth-pop hard à paroles, avec une overdose de basse, Jeunes Instants ne peut être décrit comme étant sympa, c’est des paroles crues, de la musique crue, de la profondeur musicale sur un disque 10 pouces parfaitement bien enregistré. Il y a de l’amour dans la production de ce disque vinyle, mes amis. La pochette semble louche, c’est louche, mais c’est un premier balbutiement plein d’avenir. C’est beaucoup plus près du groupe Perturbator que du bonbon dans ce cas-ci. Si vous cherchez plus de mordant et moins de disco, ce disque est le vôtre.

Voilà pour cette petite rétrospective. Je vous suggère aussi le CD de compilation «Vol. III» célébrant le quatrième anniversaire de LLR. Et la prochaine fois que je vais croiser Julia Daigle (de Paupière), je vais être heureux de parler de leur disque qui est vraiment excellent… et Laurence Giroux-Do (de Le Couleur), peut-être que je vais oser lui parler un peu plus (tsé quand tu rencontres un artiste que tu aimes vraiment et que t’essaies de juste te rappeler de tes mots de maternelle en français?).

Réédition 2015: Kruder & Dorfmeister – The K&D Sessions

Album de fou de 1988, réédité en cinq vinyles pour DJ et audiophiles en 2015. Si vous connaissez, vous allez dire: Han! Sh**! Je le veux! Appelez au magasin tout de suite pour vous en commander une copie! Si vous ne connaissez pas et que vous aimez le stoner électro, appelez en magasin tout de suite pour vous en commander une copie!

Album: The K&D Sessions
Artiste: Kruder & Dorfmeister

V.O.: 1988, édition 4 vinyles (4e disque mixé) et CD double (mixé)
Stud!o K7, G-Stone Recordings

En test: 2015, édition 5 vinyles (chansons individuelles)
Stud!o K7

Appuyez ici pour commander le disque chez Fréquences, genre maintenant!

Bon, ça va faire le Record Store Day! Une petite pause le temps d’une de mes commandes spéciales.

Et avec ce disque, un exemple en photo. Je vous dis souvent «les enfaaants, nettoyez vos disques avant de les mettre sur votre platine. Même s’ils sont neufs!». Ce disque est un exemple de feu: lorsqu’ils terminent de faire la gravure du disque, ils coupent l’excédent du rebord. Ça produit de petits filaments qui viennent coller dans le sillon du disque et peut rester bloqué solidement. Je peux vous garantir qu’une aiguille ne survivra pas sans dommage à de tels morceaux. C’est un exemple flagrant mais rien n’empêche vos autres disques d’avoir droit à un tel amoncellement de débris, parfois sans que ce soit visible rapidement. Au bas mot, passez la brosse sur votre disque à multiple reprises. Au mieux, un bon vieux bain dans votre nettoyeur préféré. Mais faites attention!

De retour au disque. Je dirais que ce disque est potentiellement un des plus grands disques de stoner downtempo. C’est clairement dans les tops, que ce soit du dub électro, du downtempo, des albums de remix et DJ mixes, des albums d’ambiance, c’est un album parfaitement incroyable. Si vous ne connaissez pas, allez l’acheter (il n’est pas disponible en musique en continu sur Internet) en version mixée sur CD. Le premier CD est plus rythmé et possède une des meilleures chansons downtempo que je connaisse: leur version de Trans Fatty Acid par Lamb (Disque vinyle 1B). Le deuxième CD est beaucoup plus lent et introspectif.

Et pour cette version 2015, on a droit à une version en cinq disques à la place de quatre. Pour l’ancienne version, en fait, le quatrième disque était tout le deuxième CD mais sur un seul disque. Les trois autres disques avaient tout le matériel du 1er CD. Pour la nouvelle édition, c’est un peu plus équitable avec deux vinyles pour le 2e CD, sans mix entre les chansons.

Et côté qualité? Ils disent audiophile… je dirais que ce n’est pas audiophile hélas. C’est DJ mais pas audiophile. Deux problèmes: les disques sont enregistrés à volume très élevé, trop élevé. Mon aiguille est habituellement capable de tracker tout ce qui bouge, y compris les disques démesurément forts. Eh bien ce disque-là réussit à écrêter. J’opte pour que la gravure soit physiquement limitée par l’appareil de gravure en fait à cause qu’il y a trop de matériel par face pour conserver un tel haut niveau de volume. On le remarque très bien sur la première face du disque. Pour les DJ, c’est parfait, c’est incroyable et on ne remarquera pas le peu de distorsion. Pour les audiophiles, on va se poser la question à savoir où est le bobo. Aussi, j’opte pour qu’ils aient utilisé les mêmes fichiers source que la version 24 bits disponible sur les sites de téléchargement une année auparavant… qui d’ailleurs est aussi disponible au même prix en carte de téléchargement gratuite! Bin là!

Le deuxième problème est lié aux disques sales et problèmes clairs de production. Si vous nettoyez les disques dans un bon gros bain, il n’y aura pas trop de problèmes. Sinon, ça va jurer. Autres exemples, j’ai une bulle sur Trans Fatty Acid (B2) justement et il y a des marques de stress sur Useless (D1). Et cette dernière a d’ailleurs une basse phasée qui peut causer potentiellement des problèmes sur certaines aiguilles.

C’est peut-être ce qui explique le coût du coffret … moins de 100$ pour les cinq disques, épais, dans un coffret digne de l’œuvre avec téléchargement haute résolution en prime. Mais ça explique aussi pourquoi dans le fond, tous ces problèmes sont bien minimes. On s’en fout assez royalement des petits problèmes. La gravure est très belle, les disques sont excellents, la musique est excellente, il n’y a pas beaucoup de bruit de fond, ça joue fort, ça joue bien, on dit wow à chaque chanson, on redécouvre… et parfois on découvre des subtilités cachées comme la fin de Useless justement qui possède un petit deux minutes de plus qui est caché par le mix des CD. Et si vous vous dites oui mais il y a du popcorn de disque, il faut se poser la question si ce n’est pas dans leur matériel source. C’est un disque à avoir, à posséder et à chérir.

On achète si on aime Thievery Corporation, Tosca, Jazzanova, Nightmares on Wax, The Herbaliser.

Réimpression 2015: Godspeed You Black Emperor! ‎– Slow Riot For New Zero Kanada E.P.

Disque «simple» de deux chansons, Slow Riot a quelque chose de spécial.

Album: Slow Riot For New Zero Kanada E.P.
Artiste: Godspeed You Black Emperor!

V.O.: 1999 Vinyle, Constellation

En Test: (2015?) Vinyle avec insert brun

Étiquette: Constellation
CST006

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GYBE! est un de ces groupes mythiques, tel qu’on les aime au Québec. Collectif plus ou moins stable de musiciens, groupe entrant et sortant en activité comme ils le désirent, groupe de musiciens ayant décidé de rester dans la scène musicale locale et d’investir dans les groupes prometteurs de Montréal. Connus pour leur intérêt avec l’étiquette Constellation, les salles d’enregistrement comme Hotel2Tango, les salles Casa Del Popolo et La Sala Rossa, c’est le genre de groupe qui fait rayonner le tout Montréal avec une attitude totalement bohème du f*ck it let’s do this.

Groupe politisé s’il en est un, on n’a qu’à prendre la face B de Slow Riot avec ses rubans anarchistes pour s’en convaincre. On pourrait aussi ajouter leur texte de remerciements au prix Polaris gagné en 2013, dans lequel ils mentionnent entre autres l’ironie de donner à des musiciens de carrière des péccadilles en pleine crise d’austérité. Ou leur arrestation par le FBI en pleine tournée. Bref: ils ont des opinions et n’ont pas peur de les exprimer.

Disque bien enregistré, comme d’habitude. Je ne devrais pas faire des critiques de GYBE!, après tout, leurs disques sont habituellement très bien enregistrés avec comme source des bandes magnétiques. Leurs vinyles ont tout le dynamisme nécessaire et ils n’en produisent des rééditions que lorsque c’est nécessaire. Bref: ça sonne comme une tonne de brique post-rock. La face A est 45 tours. La face B est 33 tours. Le disque est maximisé côté qualité et c’est tant mieux. Je vais déplorer toutefois la bonne quantité de bruit de fond du disque qui cache les passages plus doux. Je crois que leur disque mère commence à être un peu vieux près de 20 ans après sa première utilisation.

On achète si on aime A Silver Mt. Zion, Glenn Branca, Labradford, Shalabi Effect

2011 & 2015: Lindi Ortega – Little Red Boots et Faded Gloryville

Artiste Country canadienne méconnue, je vous présente ici son premier et son dernier vinyle.

Lindi Ortega roule sa bosse depuis une quinzaine d’années dans la musique country, roots et folk, et malgré son rare prix de l’artiste Roots de l’année au Canadian Country Music Association, des dizaines de nominations à tout ce qui se fait comme remises de prix l’ont laissée deuxième. D’ailleurs, ses albums sont toujours produits avec des budgets relativement menus, son unique excursion avec une grande étiquette s’est soldée par un unique simple, peu radiophonique. Ses chansons sont un peu l’équivalent du blues, des chansons sur des cœurs brisés, des déceptions amoureuses, des peines d’amour, ça ne passe juste pas comme chanson de l’été CKOI. Comme il est écrit dans l’insert de Little Red Boots: «I drank to drown my sorrows, but the damned things learned how to swim – Frida Kahlo». C’est aussi bien entendu définitivement indie malgré que Last Gang Records la suit depuis le début. Continue reading