Réédition: L’infonie vol. 333

Un de nos groupes d’avant-gardistes d’il y a 40 ans obtient une réédition de leur disque ayant connu le plus de succès. Qui dit que les inventeurs sont étrangers?

L'infonie vol. 333Album: L’infonie vol. 333

Artiste: L’infonie (Dir. Walter Boudreau)

V.O.: 1974 Vinyle, Kot’ai KOT-3303

En test: 2016 Vinyle
Étiquette: Mucho Gusto Records
MGLP017

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Walter Boudreau fait partie des rares noms qui, lorsque prononcés, nous font penser qu’avec sa notoriété, il doit s’agir d’une personne venant d’un lointain pays. Illustre carrière internationale, plusieurs disques d’influence aux États-Unis, a étudié avec les plus grands et a joué avec les plus grands. Et comme d’habitude, pour nos grands, on n’a pas exporté et on a dénigré. Les mêmes années qu’on a eu droit au duo Péloquin Sauvageau, qui a eu le premier orgue électronique sur lequel on peut jouer plus d’une note en même temps (polyphonique, versus le Moog, qui en a appris de Sauvageau), on a droit à la cinquième année de l’infonie qui produit son troisième disque, le vol. 333. Groupe-école pour la liberté de musique au Québec, pour la musique contemporaine structurée et cérébrale, pour des incroyables artistes, l’infonie a cimenté cet état d’esprit libre au Québec, supporté par les films de répertoire et les émissions de télé du temps.  En contre-balance de tout ce qui est bandes, électronique et montages avec la machine à Sauvageau, on a un brass band, pianos et claviers, guitares et basse avec l’infonie (avec quelques bandes magnétiques ça et là).

L’infonie vol. 333 est de ce genre de disque exploratoire, compositions libres, qui se passent de style. Rock psychédélique par moment, classique avec l’Ode à la joie et le Boléro, consonant agrémenté de dissonant, belle folie suivi de moments de recherche, on a droit au trip d’acide au complet, ne manque que les projections à l’huile et les effets roto de caméra à se jouer dans la tête et on a la totale.

Soyons honnêtes ici. Je serais passé à côté de ce disque. Pour moi, ce disque, aussi séminal soit-il, risquait d’être une tentative de coup d’argent en ressortant un de ces disques oubliés. Ce n’est qu’avec l’insistance de J-F et de la mention de la part de Jordan que le disque était d’une qualité fort honnête que je me suis décidé de l’obtenir. Ils n’ont pas tort! C’est d’ailleurs Mucho Gusto Records qui s’en chargent, et ils se spécialisent dans les rééditions étranges. À date, c’est mon troisième disque avec eux et je n’ai pas été déçu.

Et justement, la qualité? Je n’ai hélas pas l’original de 1974 (si quelqu’un peut m’en prêter/vendre une copie, je serais curieux) alors je ne peux pas faire comparatif. Je peux toutefois dire que le disque est vraiment très beau à écouter, que Mucho Gusto Records a fait un travail de restauration fort intéressé, le son est riche et détaillé (mais un peu écrêté de temps en temps, ceci dit, ça semble plus être avec la bande d’origine), les instruments sont francs. Les bandes ajoutent un peu de bruit, mais c’est normal avec le travail sur bandes magnétiques d’avant-garde. Le disque a quelques marques avec son pressing, il y a des égratignures directement sur le disque maître je crois. Le disque est aussi très légèrement chamoisé, mais ça n’influe pas sur la sonorité, le bruit de fond (qui est bas) et le popcorn (aucun). Ceci dit, sans avoir la référence de l’original, je peux sincèrement dire que vous ne serez pas déçus avec cette réédition. À recommander.

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